Etats-Unis: Des sénateurs soupçonnent la Chine d’utiliser le réseau TikTok pour espionner les ados

PIRATAGE Certains démocrates et républicains pensent que l’application de partage de vidéos, très populaire chez les ados, serait utilisée par Pékin pour les espionner.

avec AFP

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En juin 2018, TikTok a atteint les 150 millions d'utilisateurs actifs quotidiens.
En juin 2018, TikTok a atteint les 150 millions d'utilisateurs actifs quotidiens. — Hollandse Hoogte/SIPA

Les vidéos d’adolescents dansant sur Rihanna dans leur chambre intéressent-elles les Chinois ? C’est ce que soupçonne le leader des démocrates au Sénat Chuck Schumer et le républicain Tom Cotton aux Etats-Unis. Dans une lettre, les deux sénateurs ont appelé jeudi l’administration américaine à étudier les menaces que pourrait poser TikTok. Cette application mobile, propriété de l’entreprise chinoise ByteDance, permet aux utilisateurs de visionner des clips musicaux, mais également de filmer, monter et partager leurs propres clips. Cette dernière est particulièrement appréciée des adolescents du monde entier.

« Avec plus de 110 millions de téléchargements rien qu’aux Etats-Unis, TikTok pose un risque de contre-espionnage que nous ne pouvons pas ignorer », ont affirmé les deux ténors du Sénat américain, réclamant à la direction du renseignement national de « conduire une évaluation sur les risques pour la sécurité nationale » que pose l’application.

Un accès secret aux smartphones et ordinateurs des utilisateurs

ByteDance, « qui est obligé de respecter les lois chinoises », pourrait être obligé « de coopérer avec les services de renseignement du Parti communiste chinois », même si les données des utilisateurs sont stockées aux Etats-Unis. Ils craignent également que l’application n’offre aux renseignements chinois un accès secret aux smartphones et ordinateurs des utilisateurs. Les Etats-Unis accusent déjà le géant chinois des télécoms Huawei de ce même procédé.

« Il semblerait que TikTok censure des contenus jugés trop politiquement sensibles à l’encontre du Parti communiste chinois, y compris en référence aux manifestations de Hong Kong, aux événements de la place Tiananmen, l’indépendance taïwanaise et tibétaine, et le traitement des Ouïghours », ont ajouté les sénateurs, estimant que la plateforme pouvait être une « cible potentielle » d’attaques durant la campagne électorale présidentielle de 2020.

« Aucune de nos données n’est soumise à la loi chinoise »

L’affaire rappelle celle de FaceApp. L’application qui permet notamment de se vieillir ou de modifier l’apparence d’un visage à partir d’une photo ou d’un selfie a connu un pic de popularité en juillet 2019. Développée en Russie, cette dernière a suscité un petit scandale lorsque des médias se sont penchés sur ses conditions d’utilisation. En effet, tout utilisateur qui charge une photo sur l’appli, la cède à l’entreprise qui peut décider de la modifier, réutiliser ou exploiter sans un second accord des utilisateurs.

Dans un communiqué publié sur son site internet, TikTok a fermement démenti ces accusations : « Nous ne sommes sous l’influence d’aucun gouvernement étranger, y compris du gouvernement chinois », a martelé l’entreprise. Les centres de données de TikTok sont situés hors de Chine et « aucune de nos données n’est soumise à la loi chinoise », a-t-elle indiqué dans un communiqué. Le réseau social a également démenti supprimer des contenus « sur la base de leur sensibilité par rapport à la Chine ». « Le gouvernement chinois ne nous a jamais demandé de supprimer un contenu et nous ne le ferions pas si on nous le demandait. Point final », a souligné TikTok.

En février 2019, TikTok avait été condamné aux États-Unis à une amende record de 5,7 millions de dollars par la Federal Trade Commission pour avoir illégalement collecté les données de mineurs de moins de 13 ans.