Faut-il avoir peur du réseau social Tik tok?

INTERNET Tik Tok est le réseau social à la mode chez les 11-14 ans. Une population extrêmement jeune et particulièrement influençable…

Jean-Loup Delmas

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Des adolescents consultent leur smartphone (illustration).
Des adolescents consultent leur smartphone (illustration). — Francis Dean / Rex Feat/REX/SIPA

Vous qui êtes tentés de faire la blague « Alors, tu es sur Face de bouc ? » à votre neveu de 14 piges au repas de Noël, n’allez pas plus loin dans votre plan machiavélique. Premièrement parce que ça n’a clairement jamais été drôle, mais surtout parce que votre « blague » est périmée : Facebook n’est plus du tout le réseau social à la mode chez les jeunes. Déjà dépassé par Snapchat et Instagram, Facebook s’est fait totalement reléguer en 2018 par Tik Tok, nouvelle application à la mode de plus en plus critiquée... notamment pour certains contenus peu recommandables. 

Tristan Mendès France, enseignant au Celsa des cultures numériques, suit depuis longtemps la mouvance d’extrême droite radicale nord-américaine sur Internet. Et il a bien constaté que l’application qui sert à se filmer en play-back ou en train d’exécuter une chorégraphie était devenue leur nouveau terrain d’influence : « Sur Twitter, ils ont décidé d’aller massivement sur Tik Tok, ayant conscience qu’une population plus jeune et donc plus facilement influençable s’y trouve. » L’enseignant référence toute sorte de propagande se trouvant sur Tik Tok : des pro-Poutine, des pro-armes, etc.

« C’est facile d’utilisation et ça nous permet d’être créatifs »

Le problème, c'est que l'appli est réellement devenue LE réseau des très jeunes : selon une étude de l’association Génération Numérique, 38,8 % des 11-14 ans possèdent un compte sur la plateforme, dont 15 % de garçons et 57 % de filles. 

Du haut de ses 11 ans « et demi » précise-t-elle, Léa* ne voit pas de danger. Elle explique à 20 Minutes le succès de la nouvelle tendance (et nous fait nous sentir vieux) : « C’est facile d’utilisation et ça nous permet d’être créatifs, on peut ajouter plein d’effets de montage rigolos ou artistiques. » Sur Facebook, l’audience est plus facilement limitée à ses seules connaissances, « alors que sur Tik Tok, tout le monde peut réagir aux vidéos de tout le monde », s’enthousiasme Léa*, fascinée par cette possibilité. 

Un réseau pas comme les autres

La rencontre entre ce public très jeune et des contenus pour le moins discutables attirent de plus en plus les critiques. Le site américain de Vice y est également allé de sa petite enquête sur l’influence de l’extrême-droite sur Tik Tok. « C’est tout simplement choquant et dangereux, surtout quand on voit le nombre de jeunes qui se sont radicalisés en ligne et ont basculé vers la violence ces dernières années », expliquait Heidi Beirich, chargée de projet à la Southern Poverty Law, une association américaine de lutte contre la haine et l’exclusion.

Rajoutez à ça de nombreux scandales de pédophilie déjà recensés sur le réseau et vous avez un cocktail bien flippant. Alors oui, on sait, à chaque nouveau réseau social on a peu ou prou les mêmes messages alarmistes et le monde continue finalement de tourner. Mais Tik Tok se distingue de trois façons peu rassurantes :

  • L’âge de ses utilisateurs, donc.
  • Le manque criant de modération sur le réseau. Et encore, récemment Tik Tok a augmenté ses effectifs, passant de 6.000 modérateurs à 10.000. Mais le chiffre est encore extrêmement faible, surtout vu le succès énorme de l’application.
  • L’accessibilité des contenus. « Sur Snapchat, un autre réseau social très primé par les jeunes, il est beaucoup plus difficile d’avoir accès aux contenus de tout le monde ou de faire des recherches. Sur Tik Tok, je tape un mot-clé en rapport au nazisme et j’ai droit à tout le contenu dessus », explique Tristan Mendès France.

On vous rassure pour Léa*, elle jure n’être jamais tombée sur ce genre de phénomène pour le moment et ne défilera pas devant le sapin de Noël au pas de l’oie. Même si son comportement indique qu’elle est loin d’être à l’abri des risques de ce réseau : « Je regarde tout type de vidéos moi. Quand on va souvent vers les autres, ils viennent après voir votre contenu, ça fortifie l’audience. »

Prévention des risques

Petite génie de l’augmentation des vues, Léa*, comme beaucoup d’enfants-ados, n’a pas conscience du danger. Pour éviter tout risque, certains pays prennent des mesures : en juillet, le gouvernement indonésien a par exemple décidé de bloquer temporairement l’application pour « pornographie et contenu inapproprié. »

En France, la police a également averti les parents de se méfier de l’application. Une vidéo du Roi des Rats, youtubeur dénonçant généralement les abus d’Internet, a été publiée en novembre pour avertir des nombreux dangers de l’application. Vous pouvez la voir ici :

Pour Tristian Mendès France, c’est surtout aux parents de faire beaucoup plus attention, et pas seulement en restreignant les paramètres de l’application car il y aura toujours des failles, selon lui. Il recommande plutôt de laisser les enfants utiliser l’application uniquement en présence parentale pour bien vérifier ce qu’ils regardent. Rassurez-vous, vous serez toujours moins perçu comme un adulte lourd qu’en faisant la blague « Face de bouc » de toute façon.