Marion Seclin, comédienne et YouTubeuse
Marion Seclin, comédienne et YouTubeuse — Maxime Bruno

INTERVIEW

«Les réseaux sociaux ont démocratisé le fait de raconter des histoires», selon Marion Seclin

Marion Seclin, vidéaste, comédienne, chroniqueuse et réalisatrice nous parle du storytelling 2.0...

Quelle est la différence entre The Handmaid’s Tale et une vidéo beauté sur YouTube ? Entre Game of Thrones et la story Instagram de Booba ? Le festival Are you series ?, qui se tient du 10 au 16 décembre à  festival, a programmé, au milieu de projections exclusives, rencontres et conférences, une journée au genre autobiographique, «The Serial Self», vendredi.

On assiste aujourd’hui à une multiplication des séries autobiographiques comme Sense of Tumor, ou encore Miguel, qui réinventent la narration et questionnent la fabrique de l’auto-fiction. Cette journée se conclura par l’intervention de Marion Seclin autour du storytelling ou l’art de se raconter en histoires. Comme de nombreux storyteller du web, elle a plusieurs cordes à son arc. À la tête d’un compte Instagram suivi par plus de 250 000 followers, elle met en scène tous les jours sa vie, son travail et ses luttes féministes. Elle a développé un langage 2.0 pour se raconter soi et son époque. Cette adepte du storytelling moderne a répondu à nos questions.

Est- ce que les réseaux sociaux ont permis de créer de nouvelles formes de narration ?

Oui, des formes de narration plus spontanées. Aujourd’hui, on a moins besoin de mettre en scène, on a juste à raconter. Une caméra suffit. Les réseaux sociaux ont démocratisé le fait de raconter des histoires. Mais je pense qu’on n’a toujours pas changé en tant qu’être humain. On aime toujours qu’on nous raconte les histoires de la même manière. On aime toujours les mêmes choses dans le storytelling, on aime quand il y a du suspens, quand le personnage évolue entre le début et la fin… Il y a des formes nouvelles qui sont arrivées, comme le format des stories sur Instagram. Mais finalement, ce n’est pas hyper moderne.

Vous ne pensez pas que ces formats ont créé un nouveau langage ?

Dans mes vidéos, je parle comme si je parlais à tous mes amis mais en réalité à plein de gens qui ne me connaissent pas. C’est un langage avec beaucoup moins de mise en scène, moins léché, moins apprivoisé. Instagram a rendu le storytelling beaucoup plus accessible. J’ai la chance d’avoir trouvé une manière de m’en servir qui me convient et qui me permet de raconter beaucoup plus que si je devais attendre à chaque fois d’avoir monté une vidéo, tourné, écrit un scénario etc.

Quelle est la particularité de ce langage du web ?

C’est le côté spontané, le côté immédiat, fast-food… Mais ça ne veut pas dire pour autant que ce n’est pas intéressant. Je ne réfléchis pas à ce que je vais dire. C’est une manière de relâcher mon système de pensée.

Comment choisissez-vous les histoires que vous racontez ?

Je fais ce que je veux à partir du moment ou ça me semble pertinent et important. Je me dis « ça pourra toujours aider quelqu’un ». Ça m’énerve d’être hyper bien-pensante. J’ai choisi d’être politiquement correcte parce que je n’ai envie de blesser personne dans mes propos. Je fais très attention à ma manière de m’adresser aux gens parce que je me dis que sur un malentendu ils pourraient se sentir mal à l’aise. Dans ma vie privée, je n’aime pas m’autocensurer. J’ai tendance à en faire des caisses et à faire pleins de blagues parce que ça me fait un bien fou. J’ai une communauté jeune et influençable. Instagram et mes vidéos me forcent à m’imaginer ce que vont dire les gens.

Comment captez-vous l’attention de votre communauté ?

Ma communauté, c’est principalement des 18-25 ans. Je ne fais pas semblant quand je leur parle. Je m’adresse à eux avec beaucoup d’authenticité et ça change du cinéma. Physiquement, je ne suis pas dans une mise en scène. Je suis dans un truc un peu brut. Je dis beaucoup de bêtises et je ne me filtre pas. Plus les choses qu’on dit sont policées, moins c’est intéressant.

Quelle place laissez-vous à l’improvisation ?

Il n’y a presque que ça. Je ne peux pas écrire avant de faire une story sinon je tue cette authenticité. Plus les choses sont prévues à l’avance, dites et répétées, moins je les trouve incroyables. J’ai plein de cartons chez moi et je ne les ouvre jamais en avance quand je dois faire du placement de produit. Si je les ouvre en avance, je ne sais pas quoi dire dessus. Je préfère être spontanée. Je n’aime pas avoir le temps de réfléchir. D’ailleurs, je recommence rarement les stories que je fais.

Est-ce que ça vous arrive de vous perdre entre identité réelle et identité digitale ?

Non puisque j’ai fait en sorte qu’elles soient très similaires. Mais ça m’est déjà arrivé d’être frustrée parce que quelque chose que je voulais dire n’avait pas eu l’impact que j’avais imaginé. Les gens se rendent compte que je ne joue pas un personnage. Je suis la même quand on me croise, quand on me voit, quand on me parle.

Quelle est la clé du succès pour créer des récits authentiques ?

Il faut qu’il y ait une partie de mise en scène parce qu’il faut que ça parle aux gens. Mais sans que ça semble trafiqué. Pour écrire une bonne histoire, il suffit de regarder un peu autour de nous et d’écouter les histoires qui sont arrivées aux autres. Je note systématiquement les discussions que j’ai eues avec les gens. Le meilleur moyen de parler aux gens, c’est de parler d’eux. Personne n’est extraordinaire. Je m’appuie tout simplement sur ce qu’il y a autour. Ce qui fait que ça fonctionne aussi bien, c’est que je reste près des gens.