Liverpool - PSG : « Pas une saison normale »… Huit mois après, la gestion encore douloureuse du deuil de Diogo Jota
his name is diogo•Huit mois après la disparition tragique de Diogo Jota dans un accident de la route, la question du deuil de l’équipe de Liverpool continue de se poser dans une ville où le Portugais reste omniprésentWilliam Pereira
L'essentiel
- Le Paris Saint-Germain est de retour à Liverpool, un an après s’être qualifié à Anfield en 8es de finale de la Ligue des champions 2024-2025.
- Mal en point depuis le début de la saison, les Reds font l’expérience du deuil et gèrent tant bien que mal la perte tragique de Diogo Jota dans un accident de la route au mois de juillet 2025.
- Les joueurs d’Arne Slot doivent se reconstruire dans un environnement où l’image du joueur portugais reste omniprésente, des chants des supporters aux hommages aux abords du stade.
De notre envoyé spécial à Liverpool,
Le PSG repose ses valises à Anfield, un an après y avoir arraché la qualification pour les quarts de finale de Ligue des champions au bout d’une soirée fondatrice, et prêt à rejouer le même sale coup aux Scousers. A première vue, Liverpool est restée Liverpool : une ville de musique bercée par les chanteurs de rue, ceux des bars, et le rire omniprésent des mouettes. Mais à y voir de plus près, plus rien n’est pareil. Les joueurs de Luis Enrique reviennent auréolés du statut de champion d’Europe, supplément d’aura doublé d’une avance de deux buts sur des Reds bien loin d’inspirer la même crainte que l’année dernière, malgré un mercato estival à 500 plaques.
Les supporters les plus impitoyables y voient l’échec d’Arne Slot, de plus en plus vivement contesté, mais un grand nombre de Scousers continue de s’interroger du bien-fondé de toute analyse critique de la saison en cours, dès lors qu’il était acté qu’elle ne ressemblerait à aucune autre depuis la mort de Diogo Jota dans un accident de la route le 3 juillet 2025. « Je pense que le club sait exactement dans quelle période nous nous trouvons, déclarait encore le Néerlandais vendredi dernier. En attendant, je me sens pleinement soutenu. »
Robertson, Salah et l’expression spontanée du chagrin
Depuis le début de la saison, la justesse des observateurs du club est mise à l’épreuve d’un contexte unique qui oblige à une forme d’agilité morale. Car on ne blâme pas une équipe en deuil dès le premier jour de sa présaison comme on le ferait avec n’importe quel club lambda. « Ça a été difficile, c’est presque impossible de considérer cette saison comme une saison normale, car il s’agit d’un événement d’une telle ampleur qu’il continuera à avoir des répercussions tout au long de la saison, prédit Mo Stewart, journaliste pour The Anfield Wrap. Ce traumatisme est profondément ancré en eux [les joueurs]. Et ce n’est pas toujours facile de s’en souvenir dans le feu de l’action quand on suit le football, mais je crois que chaque fois que je les ai critiqués, j’ai toujours essayé de garder cela à l’esprit. Et je pense qu’une grande partie des gens partagent ce sentiment. »
Si le poids du deuil dans les performances des Scousers est devenu plus difficile à appréhender, c’est que l’exercice manifeste de la tristesse au plus près du drame a fini par se draper de pudeur à mesure que l’on s’en éloignait. Quant au management de Slot, il est resté secret. « C’est une situation difficile, car ce n’est plus un sujet dont on parle souvent », complète Stewart.
Les indices du chagrin ont continué d’exister, mais de manière plus éparse. Ils ont souvent été spontanés, à l’image des larmes de Mohamed Salah seul face au Kop après une victoire contre Bournemouth, ou du craquage d’Andy Robertson après la qualification de l’Ecosse pour la Coupe du monde, dont la teneur reste à ce jour l’expression la plus fidèle de ce à quoi ont pu ressembler les journées des joueurs d’Arne Slot tout au long de la saison. « Je ne pouvais pas m’arrêter de penser à lui toute la journée, confiait alors l’Ecossais. J’étais un peu nerveux dans ma chambre avant le match, je suis tellement fier que ça se termine comme ça. »
Les chants à la 20e minute, entre hommage et entrave au deuil
Le deuil collectif est par nature plus complexe à gérer, surtout dans le cas d’un groupe de personnes surexposées comme l’équipe de Liverpool. Les joueurs passent au quotidien devant le casier vide du joueur au centre d’entraînement comme à Anfield, et vivent dans un environnement où pullulent fresques et affiches en hommage au défunt international portugais.
Un point soulevé par le psychologue du sport Gary Bloom dans le podcast The Sport Agent au mois de novembre, lequel alertait à ce titre sur la possibilité que les chants entonnés par le public d’Anfield à la 20e minute de chaque match en hommage à Diogo Jota représentent un frein au travail de deuil de certains joueurs, sans remettre en cause la bonne volonté de la démarche.
« C’est très différent du deuil individuel. Quand les fans et les joueurs sont impliqués cela devient différent. Quand vous essayez de surmonter votre deuil de manière personnelle, il n’y a pas 20.000 personnes pour crier le nom [de la personne que vous avez perdue]. Vous n’êtes pas présents lors des hommages. Dans la tribune principale d’Anfield, on vous la rappelle constamment. »
Désormais membre de l’équipe des légendes de Liverpool, où il a évolué de 2000 à 2005, Grégory Vignal a fait l’expérience de l’hommage collectif lors d’un match caritatif contre le Borussia Dortmund au mois de mars. « On s’est tous arrêtés à la 20e minute pour applaudir. C’est un joueur qui a fait partie d’une génération qui a marqué ce club. Honorer la mémoire des joueurs fait partie de l’adn de ce club, du respect et de l’attachement des supporters envers leurs joueurs. » Ce jour-là, et comme beaucoup d’autres avant lui, le jeune retraité Thiago Alcantara a pleuré. Il était arrivé chez les Reds en même temps que Diogo Jota en 2020.
Des fleurs, des manettes et un mur rempli de mots
A en croire les déclarations de Virgil Van Dijk dans une interview à The Times, le temps a fait son œuvre, et les chants ne font plus le même effet aux joueurs de l’effectif. « On en a discuté [des chants à la 20e] minute avec les cadres du vestiaire, et on est à un stade où ça ne nous affecte pas. C’est évidemment un signe de respect de la part de nos fans. Donc c’est aux fans de décider de ce qu’il va se passer. »
Les joueurs n’auraient de toute façon pas eu le choix. Eu égard aux drames passés du club, la culture de la mémoire est devenue non négociable à Liverpool. Ce n’est pas un hasard si le coin de pelouse faisant face au mémorial des victimes d’Hillsborough a été choisi comme lieu de recueillement, où s’accumulent écharpes, drapeaux, portraits de Diogo Jota et même des manettes de playstation - rapport à sa passion pour le jeu Fifa. C’est ici que les quatre joueurs portugais du Paris Saint-Germain ainsi que Luis Campos sont venus déposer des fleurs, lundi après-midi.
Pas un hasard non plus, si, une rue plus loin, toutes les briques du mur « Jota 20 Forever » sont remplies de messages de supporters au point que les retardataires ont décidé de poursuivre l’œuvre sur le vieux mur délabré de la maison qui lui fait face - « du vandalisme », rappelle une plaque clouée par le club. Les supporters aussi, avaient besoin de faire le deuil de la disparition de Diogo Jota.



















