Un site anti-avortement échappe aux nouvelles règles Facebook encadrant la publicité

TRANSPARENCE Contrairement à des publications pro-IVG, un site contre l’avortement semble échapper au contrôle de Facebook sur les publicités « de nature sociale, électorale ou politique »

M.F

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Un site pro-IVG échappe au règlement sur les publicités de Facebook.
Un site pro-IVG échappe au règlement sur les publicités de Facebook. — EVRARD JS/SIPA

Faille ou favoritisme ? Le 29 mars dernier, Facebook mettait en place un nouveau dispositif de transparence concernant les publicités politiques au sein de l’Union européenne. La règle est simple : pour pouvoir diffuser des publicités « de nature sociale, électorale ou politique », l’annonceur doit depuis cette date faire vérifier son identité auprès de Facebook. Le réseau diffuse alors l’annonce en précisant aux internautes qui a financé la campagne. Une mesure prise afin de stopper les tentatives de manipulations avant les élections européennes de mai.

Une belle initiative, mais qui ne serait apparemment pas appliquée à tout le monde. Selon une enquête réalisée par le site Numerama, Facebook bloquerait bien les publicités de sites pro- IVG qui n’auraient pas prouvé leur identité, mais pas celles d’un site anti avortement.

Un numéro vert au bout duquel on vous dissuade d’avorter

Sur Facebook, le média a constaté la présence de publications sponsorisées de la page intitulée « IVG : Vous hésitez ? Venez en parler ! ». A aucun moment un quelconque avertissement n’apparaît. Pourtant cette page est tenue par ivg.net, un site avec un numéro vert se présentant comme un service d’écoute et d’aide pour les femmes s’interrogeant sur une interruption de grossesse. Selon une enquête de 2016 du journal Le Monde, le numéro est en réalité celui d’une association, hostile à l’IVG, créée par couple de militants catholiques.

De plus, toutes les publications sponsorisées de la page sont orientées. Il s’agit uniquement de témoignages de femmes expliquant qu’elles regrettent d’avoir avorté, ou qu’elles sont aujourd’hui extrêmement heureuses d’avoir gardé l’enfant malgré leurs doutes ou les pressions extérieures. Le site ivg.net passerait entre les mailles de la réglementation Facebook pour la simple et bonne raison que son contenu écrit reste globalement neutre sur la question de l’avortement. Le Monde rapporte en revanche que de nombreuses femmes ayant composé le numéro vert ont eu des personnes tentant de les dissuader d’avorter.

Moins flexible avec les pros IVG

Numerama souligne que Facebook semble bien plus regardant lorsqu’il s’agit de contenus pro-IVG. Ainsi, le dessin « No Uterus, No Opinion » de la dessinatrice Loupiote a été suspendu sur Instagram car la jeune femme n’avait pas vérifié son identité auprès du réseau appartenant à Facebook. Une publication sponsorisée de Marie Claire qui mettait en avant un article sur les pays où l’avortement est interdit voire passible de la peine de mort a également été suspendue.

Toujours selon Numerama, Facebook a aussi considéré que France Culture avait enfreint les règles publicitaires après avoir posté une vidéo sur Roe contre Wade, l’arrêt de la cour suprême américaine qui protège la liberté des femmes de se faire avorter.