Autriche: Un programme de prévention de la délinquance pour les auteurs de propos haineux en ligne

HAINE EN LIGNE Depuis 2017, l'Autriche teste un programme d'éducation au civisme sur Internet baptisé «Le dialogue plutôt que la haine» («Dialog statt Hass»)

H. B. avec AFP

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L'Autriche teste un programme d'éducation au civisme sur internet baptisé «Le dialogue plutôt que la haine».
L'Autriche teste un programme d'éducation au civisme sur internet baptisé «Le dialogue plutôt que la haine». — F. Lodi / Sipa

A 74 ans, avec son profil de retraitée sans histoire, Madame H. ne s’attendait pas à devoir suivre un programme de prévention de la délinquance. Encore moins à cause d’un message posté sur Facebook. Il y a un an, irritée par un article lu en ligne, cette habitante de Vienne (Autriche) avait réagi par un commentaire aux termes très crus, souhaitant l’empoisonnement de tous les immigrés arrivant en Autriche.

Pour la septuagénaire, c’était un commentaire « spontané », écrit sous le coup de l’émotion. Pour la justice, c’est une « incitation à la haine et à la violence », un délit passible en Autriche d’une sanction pénale. « La police m’a convoquée et m’a dit que je n’avais pas le droit d’écrire ça (…) je pensais que la procédure n’irait pas plus loin », confie l’ancienne sage-femme.

L’idée ? Pacifier l’usage des réseaux sociaux

Mais les autorités autrichiennes, confrontées comme tous les pays européens à une multiplication des contenus haineux sur le Net, musclent leur réponse pour tenter de juguler ce phénomène qui avive les divisions de la société. Depuis 2017, plusieurs juridictions, dont celle de Vienne, testent ainsi un programme d’éducation au civisme sur Internet baptisé « Le dialogue plutôt que la haine » («Dialog statt Hass »).

Aux auteurs de commentaires malveillants comme Madame H., le parquet peut désormais proposer une alternative à la sanction : six mois de sensibilisation aux bonnes manières en ligne et aux thèmes de la désinformation, des droits de l’homme, des techniques d’algorithme de Facebook ou de titraille des tabloïds. L’idée ? Pacifier l’usage des réseaux sociaux en « exprimant son point de vue sans dénigrer l’autre », explique Nikolaus Tsekas, responsable de l’antenne viennoise de Neustart, l’organisme de prévention de la délinquance qui pilote ce projet.

Une quinzaine de modules, individuels ou en groupe

Le parcours mis au point par Neustart comprend une quinzaine de modules, individuels ou en groupe. Les débuts sont souvent difficiles. Rencontrée lors de la cinquième séance, Madame H. n’est convaincue que d’une chose : « la liberté d’expression n’existe pas, on n’a pas le droit de dire ce qu’on pense ».

Un autre « client » raconte être entré dans le programme à reculons pour finir, à l’issue du cursus, par redemander une session. « Mes opinions, mes points de vue, ils n’ont pas changé, explique ce Viennois fort en gueule, mais les échanges avec la conseillère étaient intéressants, ils donnaient à réfléchir et je peux comprendre que certains qualificatifs soient dégradants ». « Prendre le temps de se confronter à cette différence, d’écouter ces gens est indispensable », estime Nikolaus Tsekas. « L’idée n’est pas de transformer des électeurs du FPÖ en militants de gauche ».

73 prévenus pour l’année 2018

Avec les injures contre les homosexuels, les propos racistes et contre les musulmans constituent l’écrasante majorité des cas poursuivis et envoyés à Neustart. L’Autriche a d’ailleurs mis en place plusieurs outils permettant aux particuliers de signaler de tels contenus aux autorités.

Au regard des milliers de propos haineux déversés chaque jour en ligne, « le Dialogue plutôt que la haine » n’a concerné « que » 73 prévenus pour l’année 2018. Il va être étendu à toutes les juridictions autrichiennes cet été.