#NeRestePasATaPlace... Des internautes racontent leur réussite scolaire et professionnelle «malgré la pression sociale»

MANTRA Un nouveau hashtag, mettant en lumière la réussite sociale de certains internautes, a abondamment été partagé sur les réseaux sociaux ces derniers jours

H. B.

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Illustration. — VALINCO/SIPA
  • Lancé par la journaliste Rokhaya Diallo, le hashtag #NeRestePasATaPlace a abondamment été relayé sur les réseaux sociaux.
  • De nombreux internautes ont ainsi raconté et partagé leurs histoires personnelles relatant « leur réussite sociale ».
  • Des expériences et histoires personnelles qui, bien souvent, mettent en cause des professeurs, des éducateurs, des conseillers d’orientation…
  • « La trajectoire et le niveau de vie sont conditionnés par l’origine sociale des individus », confirme une étude publiée l’an dernier.

« Notre vie peut nous conduire loin de ce qu’on aurait pu imaginer à notre naissance ». C’est à partir de cette petite phrase, lancée la semaine dernière sur Twitter par la journaliste Rokhaya Diallo, qu’est né le hashtag #NeRestePasaTaPlace. A l’occasion de la sortie de son livre, un roman autobiographique, l’écrivaine a lancé un appel à témoigner à tous ceux, qui comme elle, ont dû se battre pour s’imposer et arriver à faire aujourd’hui ce dont ils rêvaient, malgré les pressions sociales. « Je vous propose de partager les histoires de ce jour où vous n’êtes pas resté.e.s à votre place ».

Pari réussi. Mettant à mal la théorie du déterminisme social et les thèses de Bourdieu, de très nombreux internautes ont ainsi raconté et partagé leurs expériences personnelles, livrant des récits de « moments difficiles » qu’ils ont réussi à surmonter, grâce à leur volonté et à leur motivation, faisant fi des préjugés et de leur origine sociale. Des expériences et histoires personnelles qui, bien souvent, mettent en cause des professeurs, des éducateurs, des conseillers d’orientation…

« Tu n’y arriveras jamais »

Au collège, on m’a dit que j’avais aucune chance au lycée. J’étais trop lente, trop jeune, je devais partir en CAP. Aujourd’hui je suis ingénieur en aérospatial, et doctorante en astrophysique ».

Je suis arrivée à 8 ans sans parler un mot de français. Des professeurs m’ont répété que c’était normal d’être nulle dans cette matière pour une immigrée et de préférer les chiffres. Aujourd’hui je suis éditrice, j’écris, je corrige et je publie des livres ».

0/20 à un devoir en école de journalisme où j’exposais l’obsession de la France pour le voile. "Ce n’est pas du journalisme, ça ne pourrait être diffusé nulle part" la semaine d’après c’était publié dans le Monde, et moi j’étais en Une »

La conseillère d’orientation avait dit : "Avec tes parents ouvriers, c’est déjà bien si t’as ton bac. "… J’ai bac +5, agreg, j’ai été prof de Lettres, rédacteur en chef de deux mags, éditeur, chroniqueur radio - et j’ai écrit 5 livres. Bref, restez motivés ».

« Le niveau de vie conditionné par l’origine sociale des individus »

Malgré tous ces témoignages, qui mettent en lumière de belles histoires de réussite sociale, la réalité est bien plus contrastée. Une étude, publiée l’an dernier par France Stratégie, le think tank rattaché à Matignon, explique clairement que la trajectoire et le niveau de vie en France sont toujours conditionnés par l’origine sociale des individus. D’après l’auteur de cette étude intitulée Nés sous la même étoile ? Origine sociale et niveau de vie, la France accuse un niveau élevé d’inégalité des chances. L’origine sociale est le principal facteur de ces disparités, loin devant l’âge, le sexe ou l’ascendance migratoire. « Un enfant de cadre supérieur a 4,5 fois plus de chances qu’un enfant d’ouvrier d’appartenir aux 20 % les plus aisés », explique Clément Dhébécourt.

Parallèlement à cela, des sociologues ont révélé un phénomène d’autocensure scolaire chez certains élèves issus de milieux modestes. L’impact décisif du profil socio-économique de la famille sur l’orientation des jeunes a été mis en lumière dans Choix d’orientation et origine sociale : mesurer et comprendre l’autocensure scolaire. Dans cet ouvrage, paru en 2014, deux chercheuses ont comparé les souhaits d’orientations d’élèves de 3e de même niveau scolaire, d’une même classe, mais d’origines sociales différentes. « Le constat est frappant car les élèves issus de milieux défavorisés se projettent beaucoup plus en bac pro qu’ en bac général et ils sont bien moins nombreux que les élèves issus de milieux favorisés à imaginer faire des études postbac », indiquait il y a quelques mois à 20 Minutes Nina Guyon, chercheuse associée à Sciences-Po Paris et co-auteur du rapport. Autant dire qu’il reste encore du travail avant que les individus se libèrent du « carcan social »…

Du « prof bashing » ?

Le hashtag #NeRestePasATaPlace a abondamment été relayé sur les réseaux sociaux ces derniers jours, suscitant au passage quelques critiques. Certains internautes ont tenu à souligner qu’il ne fallait pas blâmer tous les profs et  l’Education nationale dans son ensemble. « Il faudrait y ajouter aussi les milliers d’élèves que les enseignants aident chaque année et ne pas trop accabler l’école dans cette inertie même si son fonctionnement structurel reproduit hélas les relégations ».

Une autre internaute, elle-même enseignante, a également mis en garde contre un phénomène de « prof bashing », publiant une lettre de remerciement envoyée par une élève à une ancienne prof. « Pourquoi le #NeRestePasATaPlace se transforme en prof bashing ? Le dernier suicide ne montre pas qu’on s’en prend suffisamment plein la gueule ? Voici le courrier adressé par un ancien élève à une amie prof à Marseille. Rien de plus émouvant… »

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