Jouer n'importe où, n'importe quand... Les ambitions de Google avec son service de jeu en streaming Stadia

JEU VIDEO Le service, qui permettra de jouer sur smartphone, PC ou télé, sera lancé en 2019 en Amérique du Nord et en Europe mais il faudra patienter pour connaître le prix et la liste des partenaires

Philippe Berry

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Phil Harrison, vice-président de Google en charge des jeux vidéo, présent le service de streaming Stadia, le 19 mars 2019.
Phil Harrison, vice-président de Google en charge des jeux vidéo, présent le service de streaming Stadia, le 19 mars 2019. — JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Pas de console, pas de problème. Mardi, Google a dévoilé son service de jeu en streaming à l’occasion de la Game Developer Conference de San Francisco. Si son nom, Stadia (pluriel de stadium, pour accueillir tous les fans de jeu vidéo), n’est pas très inspiré, sa promesse, en revanche, ne manque pas d’ambition : permettre à n’importe qui de jouer n’importe où, sur tout appareil (PC, smartphone, tablette, télé) connecté à Internet grâce à la puissance du Cloud et du navigateur Chrome.

Si Google a prouvé avec son test Project Stream qu’il avait la capacité technologique de faire passer le jeu vidéo dans une nouvelle ère, reste encore à voir quels partenaires le suivront dans l’aventure. Les détails les plus critiques – le prix et la liste des jeux disponibles – seront communiqués cet été, pour un lancement aux Etats-Unis et en Europe annoncé d’ici la fin de l’année.

Stadia, c’est quoi ?

La nouvelle plateforme de jeu vidéo de Google. Elle comprend un service de jeu en streaming, une plateforme permettant aux développeurs de concevoir de nouveaux titres ou d’adapter leurs jeux existants, et un studio maison. Le service sera compatible avec des milliards d’appareils connectés à Internet (smartphone, PC, tablette, télé, Chromecast), dans un premier temps via le navigateur Chrome – mais d’autres devraient suivre.

Tous les claviers et les manettes actuelles USB/Bluetooth sont compatibles, mais Google a présenté une manette wifi maison, optimisée pour minimiser la latence (le délai entre une action à la manette et sa répercussion à l’écran).

A la tête de Stadia, on retrouve l’ancien de Sony et Microsoft Phil Harrison, et c’est Jade Raymond (productrice des premiers Assassin’s Creed chez Ubisoft) qui supervise le studio Stadia Games.

Comment fonctionne le jeu en streaming ?

Pas de téléchargement, pas d’installation. Les jeux tournent dans les data centers surpuissants de Google et sont envoyés jusqu’au terminal du joueur via les tuyaux d’Internet. L’entreprise promet des jeux en 4K, HDR 60 images/seconde mais n’a pas précisé le débit nécessaire. Pour le test de Project Stream en 1080p, il fallait au minimum 25 Mbps. Le point crucial de l’expérience est la latence. Dans la bêta, le lag était acceptable avec une connexion câblée en Ethernet mais plus aléatoire en wifi, dépendant fortement de la performance du routeur et de l’âge de la puce wifi du PC ou du smartphone.

Quel est l’intérêt ?

L’avantage du streaming, c’est qu'on n'a pas besoin de posséder une console à 400 euros ou un PC de gamer à 1.000 euros pour profiter des graphismes dernier cris. Surtout, on peut jouer n’importe où, presque sans transition. Sur scène, le testeur de Google est passé d’un smartphone à un PC à une télé, avec la même manette, en moins de deux secondes. Le jeu, mis en pause, reprend au même endroit. Bref, c’est la vision esquissée par Nintendo avec la Switch poussée à son paroxysme. Grâce au streaming, Google promet également des jeux en multi de type « Battle Royale » avec plusieurs milliers de joueurs à la fois, et la possibilité de voir la perspective de ses coéquipiers en écran partagé.

Les grandes inconnues : le prix et les partenaires

Les jeux, les jeux, les jeux. Ils font le succès d’une plateforme ou la condamnent. Google a visiblement encore du boulot pour négocier des accords avec des partenaires. Id Software était présent sur scène, et Doom Eternal sera disponible sur Stadia (et sur PC/PS4/Xbox One/Switch). Dans le public, le sourire d’Yves Guillemot laisse supposer que le partenariat d’Ubisoft sur Project Stream sera poursuivi.

L’intérêt des partenaires dépendra du modèle économique proposé par Google. Il semble peu probable qu’un éditeur accepte que tous ses blockbusters à 60 euros soient disponibles le jour de leur lancement dans le cadre d’un abonnement en streaming à 15 ou 20 euros mensuels. Pionniers du secteur, les Français de Shadow ont pour cette raison adopté un modèle différent où il faut acheter chaque jeu, en plus de l’abonnement permettant d'accèder au service dans le Cloud. Une autre jeune pousse hexagonale, Blacknut, se concentre, elle, sur les jeux indie.

Les concurrents préparent leur offre

Google dégaine le premier, mais ses concurrents s’activent. Microsoft, qui a récemment fait une démonstration de son projet xCloud, devrait procéder sous peu à un test public. Nvidia continue la bêta de son service GeForce Now. Sony propose déjà 750 jeux – mais peu de nouveautés – avec le Playstation Now. Deux autres géants, Amazon et Apple, semblent préparer une offensive sur le jeu vidéo. Bref, la bataille du jeu dans le Cloud ne fait que commencer. Et dans cette période de transition technologique et économique, les consoles n’ont sans doute pas dit leur dernier mot.