«Safer Internet Day»: «Nous sommes tous devenus des cyber-victimes potentielles», alerte un expert en sécurité numérique

INTERNET À l’occasion de la journée mondiale pour un « Internet plus sûr » (« Safer Internet Day »), « 20 Minutes » a interrogé un expert en sécurité numérique pour faire le point sur les principaux dangers d’Internet

Hakima Bounemoura

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Site Internet (illustration)
Site Internet (illustration) — GREG BAKER / AFP
  • À l’occasion du « Safer Internet Day » qui se déroule ce mardi, 20 Minutes a interrogé l’auteur du livre Vous êtes fous d’aller sur Internet ! qui sort mercredi.
  • Internet nous facilite la vie en matière de communication, mais nous expose aussi quotidiennement à des menaces et à des intrusions dans notre vie privée.
  • Sébastien Dupont, expert en sécurité numérique, passe en revue tout ce qu’il faut savoir en matière de sécurité numérique.

Piratage de données, divulgation de notre vie privée, cyber-harcèlement, escroquerie, usurpation d’identité… Les dangers liés à l’usage d’Internet se sont multipliés ces dernières années. Les outils numériques nous facilitent la vie en matière de communication, mais ils nous exposent aussi quotidiennement à des menaces et à des intrusions dans notre vie privée. Selon un sondage réalisé par YouGov France pour l’agence de cybersécurité UBCOM* que révèle 20 Minutes, plus de deux tiers des Français (67 %) jugent la confidentialité de leurs données insuffisantes sur Internet en général, un chiffre qui grimpe à 72 %  sur les réseaux sociaux.

À l’occasion de la journée mondiale pour un Internet plus sûr, « le Safer Internet Day » qui se déroule ce mardi, 20 Minutes a interrogé l’auteur du livre Vous êtes fous d’aller sur Internet ! qui paraît ce mercredi aux éditions Flammarion. Sébastien Dupont, expert en sécurité numérique auprès de grands groupes industriels, passe en revue dans cet ouvrage tout ce qu’il faut savoir en matière de sécurité numérique en répertoriant les 100 pièges à éviter sur Internet. Quels sont les risques de consulter sa banque en ligne ? A quel nouveau danger s’expose-t-on en effectuant ses achats sur Internet, en consultant ses mails ou encore comment se servir correctement des réseaux sociaux ? Petit tour d’horizon des principaux dangers du Net…

Votre livre est assez angoissant. Au bout du 10e chapitre, on se dit effectivement, qu’on est « fous d’aller sur Internet » ?

« Ce livre est un peu flippant, je le reconnais. Mais c’est important que les gens soient sensibilisés aux réels dangers du Net, qu’ils aient connaissance des pièges mais surtout des solutions pratiques qui existent pour s’en prémunir. Je ne cherche surtout pas à faire peur aux gens. Au contraire, Internet et les réseaux sociaux sont un formidable outil. Le numérique est une aventure incroyable, c’est l’aventure de la sociabilisation, de la liberté. On n’a jamais été aussi libres aujourd’hui grâce aux outils numériques. Mais il est important d’en connaître les codes, les usages mais aussi les risques ».

Vous expliquez, quel que soit notre âge, que nous sommes tous victimes d’Internet…

« Les dangers, les arnaques, y en a malheureusement pour toute la famille. La personne âgée ne va pas être confrontée aux mêmes risques que la jeune fille de 14 ans. L’adolescente peut être victime de cyber-harcèlement, d’arnaques à l’effeuillage, de revenge porn… Les jeunes actifs, d’escroquerie sur les sites bancaires ou d’usurpation d’identité. La mère de famille se fera davantage piéger lors d’achats en ligne, ou lors d’arnaques à la romance. Nous sommes tous devenus malgré nous des cyber-victimes potentielles. Depuis que nous nous sommes placés sous la dépendance des systèmes d’information, nos modes de vie n’ont jamais été aussi connectés, tout en étant aussi fragiles. L’urgence est donc de nous protéger, d’appliquer certaines règles indispensables à notre survie digitale. Et il n’est plus possible aujourd’hui d’affronter seuls ces menaces ».

Vous consacrez tout un chapitre au cyber-harcèlement. Pour vous, c’est un réel problème de société ?

« Internet nous a apporté énormément de choses, mais nous a aussi amenés à une forme d’intolérance généralisée, et le cyber-harcèlement en est une conséquence. Les cyber-violences sont un véritable fléau pour notre société, elles ne touchent pas que des ados, mais aussi des personnes plus âgées, et notamment beaucoup de femmes. Il faut que chacun ait un usage responsable d’Internet. Il faut arrêter de cliquer de manière intempestive à chaque fois que nous sommes sollicités. Souvent les « harceleurs » n’ont même pas conscience de ce qu’ils font… Et il faut surtout expliquer aux gens qu’une loi existe pour punir le cyber-harcèlement, et que des peines de prison sont de plus en plus souvent prononcées. »

La levée de l’anonymat sur les réseaux sociaux, souhaitée par le président Macron, est-ce une solution ?

« Face à la recrudescence de la délinquance sur le Web, j’aurais tendance à dire "oui". Mais je pense qu’il est indispensable, à certains moments, d’être anonyme sur Internet. Il est urgent d’avoir un débat sur cette question. Je n’ai pas de position tranchée sur le sujet, il faudrait faire un diagnostic précis. Mais il ne faut surtout pas aller trop vite sur ce sujet, car on pourrait y perdre de la liberté ».

On découvre régulièrement de nouvelles failles sur nos smartphones, comme récemment le bug sur FaceTime qui permettait d’espionner ses contacts. Notre téléphone portable est-il un espion en puissance ?

« Bien sûr, notre smartphone peut se transformer en véritable mouchard. Mais il faut relativiser les choses. Les outils technologiques d’aujourd’hui sont bien sécurisés, ce ne sont pas des passoires. Il existe bien sûr des failles, et il y en aura tout le temps. L’an dernier, il y en a eu plus de 18.000, toutes technologies confondues. C’est un record, il n’y en a jamais eu autant ! C’est inquiétant, mais c’est sain, le fait de découvrir une faille permet d’apporter une correction. La stratégie la plus efficace pour s’en prémunir, c’est de les anticiper par les mises à jour qui nous sont proposées par les éditeurs et les fabricants. »

Vous expliquez, dans le livre, que personne ne nous a prévenus de la nature des dangers sur Internet. Que préconisez-vous pour « éduquer » davantage les gens aux risques encourus sur le Net ?

« On est passé un peu à côté de ça. C’est un peu comme la ruée vers l’or. Il y a 20 ans, on a tous voulu s’équiper d’un téléphone portable. Aujourd’hui, tout le monde court après le dernier smartphone à la mode. Mais finalement, on n’a jamais vraiment appris à se servir correctement de ces petits ordinateurs portables. On s’aperçoit aujourd’hui que cette révolution numérique a amené des injustices, des biais, de l’insécurité… pour lesquelles il faut trouver des solutions. Personne aujourd’hui n’a envie de se faire arnaquer, de subir du cyber-harcèlement ou de se faire voler ses données. Il faudrait développer, au sens large, une éthique du numérique. Et pourquoi pas, mettre en place une formation théorique et pratique pour les jeunes à l’école, pour les éduquer aux usages numériques et à l’utilisation des réseaux sociaux. »

Le risque d’une cyber-guerre mondiale, est-ce quelque chose d’envisageable dans un futur proche ?

« Les cyber-conflits entre pays existent déjà. Il s’agit plutôt de cyber-attaques, qui arrivent souvent en soutien d’opération de déstabilisation. Mais ce qui est le plus préoccupant aujourd’hui, c’est ce qu’on appelle les cyber-tempêtes ou les cyber-chaos. On estime par exemple qu’il y aura plus de 400 millions d’objets connectés dans les années à venir au Royaume-Uni. En gros, il va y en avoir partout dans notre quotidien, à la maison, au boulot, dans les transports… Des hackers mal-intentionnés pourraient les pirater et s’en emparer pour constituer de petites armées de « machines zombies » (« botnets »). Le fait de prendre la main sur toutes ces puissances de calcul peut amener à des scénarios catastrophes. Le fait de déconnecter et de reconnecter les systèmes de chauffage d'un pays peut, par exemple, faire tomber tout un réseau national électrique en plein hiver ! Plusieurs études ont déjà été faites sur ce sujet. C’est une vraie menace ».

*L’enquête a été réalisée sur 1.010 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, du 15 au 16 janvier 2019, selon la méthode des quotas.