«Gilets jaunes»: Pourquoi les figures de proue du mouvement sont-elles victimes d’un tel «backlash» sur les réseaux sociaux?

SOCIAL Propulsés sur le devant de la scène au gré d’une vidéo devenue virale ou d’une intervention sur un plateau télé, certains représentants des « gilets jaunes » sont victimes d’un « backlash » relativement violent sur le Net…

Hakima Bounemoura

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La « gilet jaune » Ingrid Levavasseur a renoncé à devenir chroniqueuse sur BFMTV après avoir reçu des menaces sur les réseaux sociaux.
La « gilet jaune » Ingrid Levavasseur a renoncé à devenir chroniqueuse sur BFMTV après avoir reçu des menaces sur les réseaux sociaux. — SIPA
  • Certains représentants des « gilets jaunes » sont victimes d’un backlash violent sur les réseaux sociaux.
  • Dernier exemple en date, les pressions et menaces subies par la « gilet jaune » Ingrid Levavasseur qui a dû renoncer à un poste de chroniqueuse sur BFMTV.
  • La désignation de porte-parole a donné lieu à des contestations plus ou moins vives de la part des « gilets jaunes » dès le début du mouvement.

Adulés puis menacés… Depuis le 17 novembre dernier, les figures de proue des « gilets jaunes » sont mises à rude épreuve sur les réseaux sociaux. Au sein de ce mouvement social, né sur Facebook, tout se passe sur Internet : l’organisation des manifestations, la communication, les sondages, mais aussi l’approbation ou la désapprobation de leurs représentants, à coups de publications plus ou moins virulentes à leur sujet.

Propulsés sur le devant de la scène médiatique au gré d’une vidéo devenue virale ou d’une intervention sur un plateau télé, certains représentants des « gilets jaunes » sont victimes d’un backlash relativement violent. Dernier exemple en date, les pressions et menaces subies par la « gilet jaune » Ingrid Levavasseur. Alors qu’elle était censée intégrer dimanche dernier l’équipe d’Apolline de Malherbe sur BFMTV dans l’émission Et en même temps, la jeune femme a finalement renoncé à son poste de chroniqueuse.

« Je suis terriblement désolée de ne pas réussir à être à la hauteur de vos attentes »

L’une des figures de proue des « gilets jaunes » a en effet préféré se retirer à cause de nombreuses attaques et menaces de mort reçues sur les réseaux sociaux. « STOPPPPPPP arrêtez avec vos messages cyniques, j’ai refusé cette offre !! Vous n’imaginez même pas le mal que vous faites aux gens qui se battent pour vous ! (…) Quand je lis les commentaires, je suis terriblement désolée de ne pas réussir à être à la hauteur de vos attentes. Je ne suis qu’un être humain que beaucoup prennent du plaisir à malmener », a expliqué Ingrid Levavasseur dans un message posté sur Facebook.

Le message posté sur Facebook par Ingrid Levavasseur.
Le message posté sur Facebook par Ingrid Levavasseur. - Capture d'écran Facebook

La jeune femme n’est pas la première représentante du mouvement à s’attirer les foudres de ses « collègues » gilets jaunes. Dès le début du mouvement, la désignation de porte-parole du mouvement avait donné lieu à des contestations plus ou moins vives de leur part. Jason Herbert, l’un des deux seuls - sur les huit porte-parole - à avoir accepté de se rendre à Matignon début décembre pour rencontrer Edouard Philippe, avait expliqué la désertion des six autres en raison de menaces de mort reçues sur les réseaux sociaux. « Nous avions tous reçu d’énormes pressions, des menaces d’agressions verbales et physiques. Notre vie était en jeu », explique Jason Gerbert.

Des militants opposés « à toute forme de représentation » et qui « prônent l’horizontalité »

Benjamin Cauchy, l’un des co-fondateurs des « gilets jaunes libres », s’est dit lui tellement acculé qu’il a ressenti l’obligation de se cacher. « J’ai été menacé. J’ai reçu des insultes, des menaces de mort par centaines sur les réseaux sociaux, des intimidations sur mon téléphone portable, notamment de la part des "gilets jaunes" qui ne souhaitaient pas que je parle à leur place. C’est effroyable », avait-il expliqué à La Dépêche. « On a reçu des appels en pleine nuit, des menaces comme "On a ton adresse, t’en as plus pour longtemps"», avait déclaré de son côté Jacline Mouraud, autre figure du mouvement, qui a dû déposer « six plaintes » à la gendarmerie pour menaces de mort.

« Ça a été sur les réseaux sociaux, sur nos téléphones, ça a été des adresses personnelles divulguées », explique également Cédric Guémy, autre figure des « gilets jaunes libres ». « J’ai reçu des menaces implicites sur Facebook (…) J’ai vu tourner des commentaires du type "Elle n’est pas légitime", "D’où sort-elle", "On ne la connaît pas, on ne l’a pas vue sur les barricades" », ajoute de son côté Chantal Perrotin, « gilet jaune » d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Depuis le début du mouvement, une partie des « gilets jaunes » se prononce contre toute forme de représentation et prône « l’horizontalité ». « On se heurte à la question délicate de la représentation d’un mouvement diffus et autogéré. Une partie des "gilets jaunes" ne veut pas entrer dans le mécanisme classique de la représentation pour dialoguer », nous disait Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’lnstitut d’études politiques de Rennes. Un sondage Facebook, réalisé en décembre sur l’une des principales pages du mouvement, avait en effet montré une forte opposition à la nomination de porte-parole et à toute forme de représentation, qu’elle soit médiatique ou politique (14.000 « non » contre 2.300 « oui »).