«Gilets jaunes»: Pour dialoguer avec le gouvernement, le mouvement doit-il se structurer?

POLITIQUE La question de la représentativité du mouvement ne fait pas l'unanimité chez les «gilets jaunes»...

T.L.G.
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Des gilets jaunes à Lespinasse, en Haute-Garonne, le 19 novembre 2018.
Des gilets jaunes à Lespinasse, en Haute-Garonne, le 19 novembre 2018. — F. Scheiber / Sipa
  • Les «gilets jaunes» mèneront ce week-end «l'acte 2» de leur mobilisation, avec une manifestation parisienne aux contours gardés secrets qui préoccupe les autorités.
  • Emmanuel Macron devrait annoncer mardi de nouvelles mesures d’aide et une méthode négociation plus horizontale pour répondre à la colère.
  • La question de la représentativité divise au sein du mouvement.

Les « gilets jaunes » toujours sur le pont. Une semaine après la première mobilisation, le mouvement de protestation contre la hausse du prix du carburant et la baisse du pouvoir d’achat appelle à une seconde journée de manifestation à Paris et en régions ce samedi. Les annonces du gouvernement pour apaiser la gronde n’ont pas suffi.

Emmanuel Macron tente donc de reprendre la main : le président devrait dévoiler de nouvelles mesures d’aide mardi prochain. Sont prévues également l’ouverture de négociations, y compris éventuellement sur les taxes écologiques, ainsi qu’une méthode, un « pacte social » et des négociations territoriales, pour les mettre en œuvre de manière efficace et décentralisée. Une façon de répondre au mouvement horizontal et spontané des « gilets jaunes ».

Partout « les citoyens doivent s’emparer » du débat, a plaidé ce vendredi Jacqueline Gourault, la ministre de la Cohésion des territoires. « On doit créer les conditions du dialogue », a abondé François de Rugy lors d'un déplacement.

« Nous sommes plusieurs à vouloir une structure »

« On se heurte à la question délicate de la représentation d’un mouvement diffus et autogéré. Une partie des gilets jaunes ne veut d’ailleurs pas entrer dans le mécanisme classique de la représentation pour dialoguer avec les ministères », assure Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’lnstitut d’études politiques de Rennes. « Les modes de négociation traditionnels avec les corps constitués, très descendants, sont inopérants face à ce mouvement original », ajoute-t-il.

L’une des porte-parole du mouvement, Jacline Mouraud, a estimé ce vendredi sur BFM TV que des représentants du mouvement allaient être désignés, sans donner plus de précision. Mais cette volonté de s’organiser a émergé dans plusieurs endroits en France cette semaine.

« Nous sommes plusieurs à vouloir une structure, qui permettrait d’aller discuter avec le préfet, le ministre de l’Intérieur. Les annonces du gouvernement, tout ça c’est de l’enfumage. On va commencer à en discuter la semaine prochaine. Car sans représentant, nous ne serons pas écoutés », avance Yves Garrec, l’une des figures émergentes à Toulouse. « Si on veut que le mouvement perdure, il faut officialiser le mouvement, même si ça passe par un changement de nom. Pourquoi pas "les Jaunards" ? », explique-t-il.

Une structuration qui ne fait pas l’unanimité

Yves Garrec, gérant d’une société de VTC, reconnaît que cette question divise au sein même des « gilets jaunes ». « Des gens veulent structurer le mouvement, d’autres ne le veulent pas. Forcément, on risque d’avoir une perte de mobilisation en cours de route ». 

Car le mouvement s’est aussi construit par rejet des partis politiques et des forces syndicales traditionnelles. « Les Bonnets rouges étaient plus organisés, avec des syndicalistes du patronat, du syndicat agricole, des leaders bien identifiés. Mais ce manque de leadership est aussi la force des "gilets jaunes" car ils sont insaisissables pour les pouvoirs publics », reprend le chercheur Romain Pasquier.

Selon le Parisien, l'idée d'« une rencontre avec les syndicats, les forces politiques et une représentation de "Gilets jaunes" » aurait même été avancée mardi selon une source ministérielle. Une information finalement démentie par l’Elysée, rapporte le quotidien. A Matignon, on indique à 20 Minutes « ne pas être au courant ».