Deux visages des «gilets jaunes» sont-ils journaliste et salarié d’En Marche?

FAKE OFF Deux « gilets jaunes » particulièrement médiatisés sont respectivement accusés d'être journaliste et salarié de La République en marche...

Alexis Orsini

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Les « gilets jaunes » Clément Jomie et Jason Herbert.
Les « gilets jaunes » Clément Jomie et Jason Herbert. — capture d'écran
  • Clément Jomie et Jason Herbert sont deux visages connus des « gilets jaunes ».
  • Des affirmations virales sur les réseaux sociaux affirment que le premier est salarié de La République en marche et le second journaliste.
  • Ces accusations censées porter atteinte à leur légitimité s'appuient sur des informations parcellaires ou datées.

En tant que « gilets jaunes », Jason Herbert et Clément Jomie ont connu, ces dernières semaines, une certaine visibilité médiatique. Le premier en tant que l’un des huit porte-parole désignés par le mouvement. Et le second pour avoir participé à une action des « gilets jaunes » à la porte Maillot, le 24 novembre dernier.

Mais cette soudaine notoriété s’accompagne aussi de différentes critiques et accusations à leur encontre sur les réseaux sociaux. « Ce serait la moindre des choses de préciser que Jason Herbert le pseudo #giletjaune qui crache dans la soupe est non seulement journaliste mais membre à la fois de la CGT et de la CFDT » affirme ainsi un tweet aux plus de 600 reprises, illustré de captures d’écran censées illustrer son propos.

Le blogueur d’extrême droite Boris Le Lay allait pour sa part encore plus loin dans un post Facebook aujourd’hui supprimé mais publié peu après l’interview remarquée du porte-parole charentais des « gilets jaunes » sur le perron de Matignon, vendredi 30 novembre : « ATTENTION : le pseudo Gilet Jaune reçu à Matignon par Edouard Philippe et qui attaque maintenant le mouvement est JOURNALISTE et SYNDICALISTE CFDT. Les agents du gouvernement essaient de détruire la révolte populaire en l'infiltrant avec des professionnels de la désinformation. »

Le post Facebook de Boris Le Lay, aujourd'hui supprimé.
Le post Facebook de Boris Le Lay, aujourd'hui supprimé. - capture d'écran

Quant à Clément Jomie, il est accusé, sur la foi d’un profil Facebook à son nom, de « travailler actuellement pour [La République en marche] ». Autant d’affirmations qui mêlent le vrai et le faux à partir d’informations trouvées en ligne sur ces deux « gilets jaunes ».

FAKE OFF

Une simple recherche autour du nom de « Jason Herbert » permet ainsi de retrouver les informations relayées sur les réseaux sociaux, notamment par le biais de son profil sur le site de la CFDT.

Mais certaines ne sont plus d’actualité, comme l’explique l’intéressé à 20 Minutes : « J’ai bien été journaliste pendant deux ans et demi pour la Charente Libre mais je ne le suis plus, j’ai gagné mon procès contre eux et je suis actuellement chargé de communication. » Contacté, son employeur actuel confirme qu’il compte bien parmi ses salariés.

Jason Herbert reconnaît en outre « [exercer] encore un mandat au sein du Conseil national de la CFDT Journalistes », une activité qu’il « exerce sur [son] temps libre ». Pour autant, même s’il n’exerce plus le métier de journaliste, il juge ces accusations « indécentes » : « Je trouve ça absurde d’accuser des journalistes de ne pas pouvoir être "gilets jaunes". »

Si les critiques à son encontre ont connu une viralité particulièrement forte après son intervention du 30 novembre, il précise que « ce genre d’infos circulait dès lundi et ma nomination en tant que porte-parole ».  

Le chargé de communication charentais indique enfin : « Contrairement à ce que j’ai pu lire, je ne suis pas non plus un soutien des black blocs, ni de Dieudonné ou des médias russes Sputnik et RT. Je ne suis pas un casseur : au contraire, en tant que "gilet jaune", je veux faire entendre une cause pacifiste. »

Clément Jomie sur LCI le 29 novembre 2018.
Clément Jomie sur LCI le 29 novembre 2018. - capture d'écran

Clément Jomie, adhérent LREM (mais pas salarié)

« Organisateur [des] gilets jaunes porte Maillot », « gilet jaune » : c’est sous ces attributs qu’était présenté Clément Jomie lors de deux interventions télévisées récentes. Respectivement le 24 novembre lors d’un duplex sur BFM-TV, avant une opération escargot sur le périphérique parisien, puis le 29 novembre en tant qu’invité de l’émission « Le Grand Dossier » sur LCI, consacrée à la grogne des manifestants.

L’encadré d’un profil Facebook à son nom porte toutefois la mention « a travaillé à En Marche » et on trouve, dans son fil d’actualité, une photo de profil de mai 2017 aux couleurs d’En Marche 94 ». Autant d’éléments qui amènent plusieurs internautes à accuser Clément Jomie – qui n’a pas répondu à nos sollicitations – d’être salarié du mouvement dont Stanislas Guérini vient de prendre la tête

Contactée par 20 Minutes, La République en Marche (LREM) indique : « Il est bien adhérent mais il ne travaille pas pour nous et [nous ne connaissons pas] son niveau de militantisme. »

Le profil Facebook au nom de Clément Jomie.
Le profil Facebook au nom de Clément Jomie. - capture d'écran

Peut-on être militant au sein du mouvement présidentiel et « gilet jaune » ? Pour LREM, les deux engagements ne sont pas nécessairement incompatibles : « Ce n’est pas forcément contradictoire tant qu’il n’appelle pas à la démission d’Emmanuel Macron, même si c’est un peu cocasse. […] Ce type d’engagement est possible, autour de revendications comme le pouvoir d’achat par exemple, tant qu’il est conforme à la charte des valeurs LREM. »

Si Clément Jomie a longuement évoqué les difficultés économiques en Outre-Merlors de son passage, en gilet jaune, sur LCI, il se montrait particulièrement critique quelques jours plus tôt sur BFM-TV : « Pour ma part, hors de question de rentrer dans Paris à la hauteur des Champs-Elysées parce que [je] suis sûr qu’il va y avoir des casseurs, on en a trop parlé dans les médias, on n’a fait que ça. [...] Et le gouvernement a tout fait pour pourrir notre organisation sur Paris, je le dis bien. »

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