Attentat, situation de crise: Les réflexes à adopter contre les intox

FAKE OFF « 20 Minutes » vous rappelle les réflexes à avoir pour éviter d'être submergé par les intox (ou d'en relayer) lors d'une situation de crise, comme un attentat...

Alexis Orsini

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Une loupe.
Une loupe. — Pexels
  • A chaque situation de crise, comme un attentat, les intox et détournements prolifèrent sur le web.
  • Photos, vidéos, affirmations infondées... Les réseaux sociaux leur confèrent une grande visibilité.
  • « 20 Minutes » revient, avec Guillaume Brossard de Hoaxbuster, sur les bonnes pratiques à privilégier pour éviter de tomber dans l'intox.

Il aura fallu quelques heures seulement après l'attentat de Strasbourg pour que des intox, et autres détournements de photos se multiplient sur le web. Comme à chaque moment de crise, elles ont connu une amplification importante sur les réseaux sociaux.

20 Minutes vous livre les réflexes à adopter dans ces situations pour s'assurer de la fiabilité des informations qui circulent – et éviter de propager des intox.

  • Les sources à privilégier (et à éviter)

« Le premier réflexe à avoir, c'est de prendre du recul : plus on est sous le choc, plus on va avoir tendance à valider n'importe quel contenu qui semble tout expliquer facilement » conseille Guillaume Brossard, co-fondateur du site de fact-checking Hoaxbuster.com.

« Sur les réseaux sociaux, dès lors qu'on se trouve dans la conviction, l'émotion ou la réaction, on est à peu près sûr de se tromper. Il ne faut surtout pas faire confiance à ses émotions : cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas avoir de compassion ou d'empathie, mais il faut fortement douter de tout ce qui cherche à déclencher une réaction plutôt qu'une réflexion » poursuit-il.

Pour se tenir informé en direct, les sources les plus fiables sont à privilégier, celles des médias reconnus et des autorités « qui sont les plus à même d'avoir une information sourcée plutôt que n'importe quel compte sorti d'on ne sait où », rappelle Guillaume Brossard.

Sur Twitter, le compte Beauvau_Alerte permet ainsi d'être alerté « d'un événement majeur de sécurité publique ou civile » en cours en France, avec les consignes de sécurité appropriées – au même titre que celui du gouvernement. Les comptes des autorités locales s'imposent en outre pour suivre l'évolution de la situation en direct : services de police, représentants de l'Etat, services de secours. Dans le cas de Strasbourg, celui du préfet de la région Grand-Est et du Bas-Rhin ( Prefet67) réalisait par exemple des points de situation réguliers. 

Cette recommandation s'applique également pour les crises à l'étranger, en suivant, dans ces cas-là, les comptes des autorités compétentes.

  • Photos, vidéos... Comment aborder les images qui circulent

La prudence est tout autant de mise autour des nombreuses vidéos ou photos qui prétendent montrer le drame, ses séquelles ou identifier le coupable. « Quand on a un doute sur une image qui circule sans être absolument identifiée par une source de confiance, il n'y a aucune raison de s'y fier, surtout si elle émane du premier venu » rappelle le co-fondateur de Hoaxbuster.

Les informations légales entourant l'origine d'un site qui suscite votre méfiance sont en outre vérifiables grâce à l'outil WHOIS.

Sur une photo comme sur une vidéo, plusieurs détails peuvent potentiellement montrer qu'elle est sortie de son contexte. Il peut s'agir de l'architecture des lieux, des vêtements des personnes visibles, d'informations précises (le nom d'une rue, une plaque d'immatriculation émanant d'un autre pays, un magasin...), de la lumière, de son orientation, des éléments météorologiques qui fournissent des informations sur le moment de la journée.

En matière de photos, une recherche inversée – via Google Images ou TinEye – permet en outre de remonter aux éventuelles occurrences du cliché, et donc de savoir s'il est vieux de plusieurs années.

Les recherches autour du nom présumé du suspect peuvent également servir : si vous entendez parler de « Sam Hyde » lors d'une fusillade aux Etats-Unis (ou ailleurs) vous saurez ainsi qu'il s'agit d'une intox récurrente autour d'un humoriste présenté comme coupable à quasiment chaque nouveau drame de ce genre.

  • Esprit critique contre complotisme facile

Enfin, la méfiance s'impose d'emblée à l'égard des discours les plus simplistes. « Une information n'est jamais binaire, elle est toujours nuancée. Si on vous dit qu'il faut être pour ou contre, doutez de ce qui est dit » souligne Guillaume Brossard.

« Il faut avoir le réflexe de se poser des questions, d'exercer un esprit critique : qu'est-ce qui est le plus probable? Un attentat ou un complot mené par le gouvernement pour discréditer un mouvement comme celui des "gilets jaunes"? Un cas paraît probable, l'autre beaucoup moins. En jouant la thèse de la probabilité, on a moins de risque de tomber [dans l'intox] » poursuit le spécialiste.

Guillaume Brossard s'appuie notamment sur un exemple observé avec l'attentat de Strasbourg : « Dès qu'on vous parle de complot, doutez de la fiabilité de la personne qui le dénonce. Quelle est est sa crédibilité? Pourquoi la croire ? On l'a vu avec Fly Rider pendant son Facebook Live [lorsqu'il sous-entendait que l'attentat tombait bien pour qu'on ne parle plus des "gilets jaunes"] : Quelle est sa légitimité ? Il n'est pas expert en géopolitique, il faudrait le croire juste parce qu'il est célèbre? »

En outre, le fait qu'une information soit « tue » de source « officielle » mais « révélée » par ailleurs n'est pas non plus un gage de fiabilité. « Si les autorités ne diffusent pas la photo ou le nom du suspect, c'est qu'elles ont une raison de ne pas le faire à ce stade. Même si c'est critiqué par certains internautes, il s'agit là encore d'une question de confiance et de bon sens. Ce qui n'empêche pas certains d'aller chercher la photo ou le nom du suspect pour se positionner en "Zorro du web" » conclut Guillaume Brossard.

>> Vous souhaitez que l’équipe de la rubrique Fake off vérifie une info ? Envoyez un mail à l’adresse fakeoff@20minutes.fr.

20 Minutes est partenaire de Facebook pour lutter contre la  désinformation. Grâce à ce dispositif, les utilisateurs du réseau social peuvent signaler une information qui leur paraît fausse.