«Le Journal de l'Elysée», le compte Twitter qui énerve les députés LREM

PARODIE Plusieurs élus de la majorité réclament la suppression d’un compte Twitter parodique, qui selon eux, propage des fake news et « abîme la parole politique et le débat public »…

Hakima Bounemoura

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Capture d'écran du compte parodique Le journal de l'Elysée.
Capture d'écran du compte parodique Le journal de l'Elysée. — Capture d'écran Twitter
  • « Le Journal de l’Elysée » est un compte Twitter ouvertement parodique.
  • Les députés LREM Aurore Bergé et Amélie de Montchalin, réclament sa suppression.
  • Le créateur du compte, qui souhaite rester anonyme, se défend de faire de la désinformation.

« Officine partisane », « propos mensongers », « comique du dimanche »… Accusé de propager des fake news, Le Journal de l’Elysée, un compte Twitter ouvertement parodique est dans le collimateur de plusieurs députés LREM qui réclament sa suppression de Twitter. « Depuis des semaines, un compte prétendument parodique inonde Twitter faisant croire à des déclarations que des membres d’En Marche auraient prononcées », s’insurge  Aurore Bergé, la porte-parole des députés LREM. Avant elle, la députée LREM Amélie de Montchalin s’était indignée de se voir attribuer par ce compte « une citation indécente » sur les personnes âgées. « Qui que vous soyez, officine partisane ou comique du dimanche, merci de supprimer ce tweet qui n’a rien de la parodie et tout du mensonge », a tweeté la députée de l’Essonne.

Interrogé par 20 Minutes, le fondateur du Journal de l’Elysée, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui souhaite garder l’anonymat, se défend de faire de la désinformation. « Il est impensable que des élus de la République demandent la suppression de tweets ou de comptes parodiques juste parce qu’ils ne partagent pas le même humour ! Mais je m’en amuse ! »

« Ils nous ont habitués à tant de sorties ridicules que les gens peuvent être pris de doutes »

« Il est explicitement indiqué dans mon pseudo et dans ma biographie que je suis un compte parodique. Je suis identifiable en deux secondes. Le problème vient que certaines personnes ne vérifient pas leurs sources. Et aussi que ce gouvernement et ses députés nous ont habitués à tant de sorties ridicules que les gens peuvent être pris de doutes. Si mes tweets ont donné lieu à tant de réactions, c’est que j’ai peut-être visé juste. Mais il s’agit de dénoncer avec humour, en aucun cas de nuire », explique à 20 Minutes le créateur du compte parodique.

Ce qui agace surtout les députés marcheurs, c’est que ce site parodique ne s’en prenne qu’aux députés de la majorité et aux membres du gouvernement. « Mais ce sont eux qui sont au pouvoir. Et ce sont eux qui usent à outrance d’éléments de langage, cette sorte de "novlangue" qui vise à dire exactement la même chose, mais en d’autres termes, alors qu’il n’y a rien de nouveau ! C’est la politique de la communication, il fallait s’attendre à ce que quelqu’un joue également sur ce terrain », ajoute le fondateur du Journal de l’Elysée.

Un appel à la censure ?

Les élus LREM craignent surtout que les fausses citations qui leur sont attribuées soient prises au sérieux par les internautes. Contrairement au Gorafi, le Journal de l’Elysée ne joue pas la carte de l’exagération. Le compte s’amuse aussi à reprendre les codes des médias, et chaque fausse citation est associée à une capture d’écran de son auteur. « Je pars du réel que je pousse jusqu’à l’absurde. Si des gens prennent ces citations au premier degré, c’est à LREM de s’interroger ».

Le créateur du site, qui affirme n’appartenir à aucun courant politique, juge « abusif » et « inquiétant » les appels à la suppression de son compte. « Si certains sites, comptes ou personnes diffusent volontairement des fausses informations pour nuire, je comprends qu’il puisse y avoir des sanctions. En revanche, ce n’est pas au gouvernement de décider que sa vision est la seule légitime, il est là le danger (…) Le gouvernement n’a ni le monopole de la vérité ni celle de l’humour ».

Le fondateur du compte tient toutefois à remercier chaleureusement ses détracteurs. « Si les députés concernés n’avaient pas relayé les tweets, ils seraient restés confidentiels. Grâce à eux, j’ai gagné des milliers de followers ».