Qui est Amélie de Montchalin, la «Madame budget» d'En Marche! à l'Assemblée?

PORTRAIT La députée macroniste Amélie de Montchalin a été pendant des semaines en première ligne pour défendre le budget qui doit être définitivement adopté ce jeudi...

Laure Cometti

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La députée Amélie de Montchalin dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 24 octobre 2017.
La députée Amélie de Montchalin dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 24 octobre 2017. — Jacques Witt / Sipa/SIPA
  • Elue députée LREM en juin dernier à 32 ans, Amélie de Montchalin a un parcours très «éco», de la grande école de commerce HEC à la banque d'assurance Axa.
  • Les députés de l’opposition lui reconnaissent une grande maîtrise des sujets financiers mais elle est aussi taxée de «caporalisme».

Elle est « une des révélations de ce début de mandature » dixit Christophe Castaner. Amélie de Montchalin aura bientôt accompli sa première mission à l’Assemblée avec le vote sur l’adoption définitive du budget prévue ce jeudi. Inconnue il y a quelques mois, la nouvelle députée de l’Essonne de La République en marche a rapidement pris du galon au sein du groupe parlementaire majoritaire.

Diplômée d’HEC et cadre sup' dans le privé

Amélie de Montchalin a les lunettes rondes et le parcours d’une première de la classe. Elle passe du lycée Hoche à Versailles (Yvelines) à la prépa Sainte-Geneviève avant d’intégrer la prestigieuse école de commerce HEC, en 2005. En parallèle, elle valide une licence d’histoire et une autre d’économie. En 2014, elle complète ce cursus par un Master en administration publique à la Havard Kennedy School aux Etats-Unis.

Elle se construit ensuite un CV solide dans le privé en travaillant chez BNP Paribas, puis comme économiste pour le fonds d’investissement Exane, avant de devenir directrice de la prospective et du suivi des politiques publiques chez Axa.

Une mère dans l’agriculture, un père dans les grands groupes

En parallèle, elle fait de petites incursions en politique, à droite, en rédigeant des notes pour la Boîte à idées, une plateforme de centre-droit au sein des Républicains, proche d’Alain Juppé, qu’elle soutient pour la primaire LR. En janvier 2017, elle finit par s’engager au sein du mouvement En marche !.

Mariée à un diplômé d'HEC qui travaille pour le cabinet de conseil BCG, elle a trois enfants, dont des jumeaux. Elle a évoqué devant son groupe parlementaire ses frais de garde dus aux séances nocturnes. Catholique pratiquante, Amélie de Montchalin défend « une laïcité de liberté ».

Sa biographie sur le site d’En marche ! mentionne qu’elle est « issue d’une famille d’agriculteurs du Plateau de Saclay ». Une information souvent reprise dans les médias qui la présentent comme une « fille de quatre générations d’agriculteurs ». Sa mère avait effectivement repris avec son frère et sa sœur la ferme familiale, à Viltain dans l’Essonne, quand son père a travaillé comme cadre chez Elf, Danone puis Coca-Cola.

Une photo de Marcel Dupré, l'arrière-grand-père d'Amélie de Montchalin, qui fut régisseur de la ferme de Courtaboeuf, aux Ullis.
Une photo de Marcel Dupré, l'arrière-grand-père d'Amélie de Montchalin, qui fut régisseur de la ferme de Courtaboeuf, aux Ullis. - Source : gw.geneanet.org

La référente LREM sur les dossiers budgétaires

Elue députée à 32 ans, Amélie de Montchalin n’a pas débarqué en terre inconnue à l’Assemblée : elle avait été stagiaire de Valérie Pécresse, lorsqu’elle était députée UMP. Elle se fait vite remarquer parmi les plus de 300 députés de la majorité présidentielle, dont beaucoup de novices. Et se retrouve logiquement à défendre la politique du gouvernement sur les plateaux télés et à la radio, avec le sourire. La secrétaire d’Etat Marlène Schiappa n’a pas tari d’éloges à son sujet après son passage sur France Inter fin novembre en marge de l’examen en première lecture du projet de loi de finances :

« Elle est super ! », s’exclame Marie Gévenoux, députée LREM du même département, l’Essonne. « Elle connaît très bien ses dossiers. Défendre le premier budget de ce quinquennat, c’est un exercice difficile qu’elle a mené avec brio, sans ménager ses efforts », affirme-t-elle à 20 Minutes.

Les députés de l’opposition lui reconnaissent une grande maîtrise des sujets financiers. « Elle est libérale, mais elle tient compte des conséquences pour les finances publiques, ce qui n’est pas le cas de la grande majorité des députés LREM », souligne Valérie Rabault, députée Nouvelle Gauche du Tarn-et-Garonne et ancienne rapporteur du Budget contactée par 20 Minutes. « C’est l’une des figures de la majorité. Ils ne sont pas tant que ça à pouvoir argumenter, répliquer », renchérit auprès de l’AFP un autre opposant, Eric Coquerel (LFI).

Une « whip » efficace

Désignée en juillet dernier « whip » de la Commission des finances (de l’anglais « fouet », un terme qui désigne les chefs du groupe majoritaire dans les commissions parlementaires), elle est chargée de coordonner le travail des 38 députés marcheurs qui en font partie. « Elle le fait avec une main de fer, elle est autoritaire et directive avec les députés LREM », observe François Pupponi, député Nouvelle Gauche du Val-d'Oise et membre de la même commission, qui juge qu'« elle fait bien son job, mais [qu'] elle n’est pas dans le dialogue ».

Valérie Rabault s’agace des remarques sur l’autoritarisme de la « whip » LREM. « C’est un rôle un peu ingrat, il faut mettre tout le monde dans le rang et elle s’en sort vraiment bien. Elle est moins autoritaire que son prédécesseur [le socialiste Dominique Lefebvre], mais comme c’est une femme, elle passe pour la mère Fouettard ». « Au début, elle avait parfois un côté un peu donneuse de leçons, c’est moins le cas », nuance auprès de l’AFP Eric Coquerel.