Twitter: Pourquoi le compte parodique de Poutine a disparu plusieurs heures?

ESPIONNAGE @DarthPutinKGB n’est pas le seul. Au moins quatre autres comptes moquant des politiques russes ont aussi été touchés. Faut-il y voir la main du Kremlin ?…

Fabrice Pouliquen

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La photo de profil du compte parodique @DarthPutinKGB.
La photo de profil du compte parodique @DarthPutinKGB. — Capture d'écran / Twitter

Mardi, mieux valait ne pas trop se moquer de Vladimir Poutine et de la Russie sur Twitter. Plusieurs ont été subitement suspendus plusieurs heures pour des raisons qui restent troubles.

Le plus connu est@DarthPutinKGB, qui compte 50.000 abonnés. Sur ce compte, un Vladimir Poutine malicieux, faisant un clin d’œil sur sa photo de profil, y avait pour habitude de raconter son quotidien dans des messages ironiques.

« Conduit au goulag de Twitter »

L’auteur du compte s’est ému de cette censure sur son blog. « Votre président légitime à 146 % a été injustement conduit au goulag de Twitter », déplore-t-il sur son blog, avant de presser « les larbins de la CIA, présents dans cette ancienne région russe illégalement annexée qu’est la Californie, de me libérer de cette injuste détention ».

Mercredi soir, le Financial Times listait quatre autres comptes parodiques ayant fait les frais de suspensions récentes. Comme @SovietSergey, qui se moque du ministre russe des Affaires étrangères, ou encore @AmbYakovenkoNot, qui parodie l’ambassadeur russe en Grande-Bretagne.

Buzzfeed a essayé de sonder Twitter sur les raisons de ses suspensions. Mais l’entreprise américaine n’a pas souhaité faire de commentaires et renvoie à la politique de Twitter en matière de comptes parodiques.

Une campagne de désinformation pilotée depuis la Russie ?

Le Financial Times va plus loin. Selon le quotidien britannique, qui s’appuie sur les conclusions d’analystes politiques, il y a en ce moment un effort tous azimuts de la Russie pour reprendre en main le contrôle des réseaux sociaux. Tant à l’intérieur de ses frontières pour faire taire les voix dissonantes, qu’à l’extérieur pour semer la division au sein de l’Europe. « C’est la campagne [de désinformation] la plus large et la plus intense à laquelle l’Otan doit faire face depuis la fin de la guerre froide », indique une porte-parole de l’organisation.

Le Financial Times cite alors plusieurs techniques mises en place par le gouvernement russe pour arriver à ses fins. Certaines très roublardes. Angela Markel a ainsi demandé à ses services de renseignement d’enquêter sur le rôle jouer par Moscou dans l’étrange affaire de « Lisa », une jeune fille russo-germanique de 13 ans qui a fait croire à son kidnapping par des migrants. L’affaire a fait grand bruit en Allemagne et suscité des manifestations anti-migrants dont l’ampleur a été exagérée par la télévision d’état russe.

Déjà des blogueurs ukrainiens…

La suppression récente de ces comptes parodiques pourrait donc être une nouvelle offensive de Vladimir Poutine sur les réseaux sociaux. C’est d’autant plus crédible qu’il ne s’agit pas de la première vague, note le Financial Times. Au début de l’année 2016, une douzaine de blogueurs ukrainiens avaient ainsi vu leurs comptes Twitter suspendus. « Des trolls russes, employés dans une administration à Saint-Pétersbourg, avaient bombardé Twitter de centaines de plaintes au sujet de ces comptes pour discours haineux et entraînant leur suspension automatique », raconte, au quotidien économique, Ben Nimmo, analyste politique au think-tank Atlantic Council.

Cette roublardise n’est pas pour autant efficace sur le long terme. Après la suppression des comptes, de nombreux internautes ont pris fait et cause pour @DarthPutinKGB, via notamment le hashtag #NoGulagForDarthPutinKGB. Même le président estonien a interpellé Twitter à son sujet. Résultat, @DarthPutinKGB comme @SovietSergey ou @AmbYakovenkoNot ont tous réapparu sur la plateforme de micro-blogging.