VIDEO. Quels sont les véritables risques qui entourent le «Momo Challenge»?

CYBERCRIMINALITÉ Qu’est-ce que le «Momo challenge» ? En France faut-il s’en inquiéter ? Quels sont les risques ? « 20 Minutes » a contacté des « Momos », des internautes, la police et une docteure en cybersécurité pour faire le point…

Marie De Fournas

— 

Le Momo communiquerait avec ses victimes via Whatsapp
Le Momo communiquerait avec ses victimes via Whatsapp — Capture portable
  • Sur WhatsApp une personne se faisant appeler Momo lancerait des défis dangereux à des gens et les menacerait de dévoiler leurs informations personnelles.
  • Si aucun cas grave n’a été rapporté en France, le ministère de l’Intérieur surveille de près ce nouveau challenge.
  • Aroua Biri, entrepreneuse en cybersécurité explique à «20 Minutes» en quoi tenter de « jouer » à ce challenge est risqué pour la protection de vos données personnelles.

Depuis plusieurs jours les internautes bouillonnent sur les réseaux sociaux : « C’est quoi le Momo Challenge ? », « Personne n’a le vrai numéro de Momo ? », « C’est qui Momo ? », « Quelqu’un a réussi à lui parler ? ». 20 Minutes a contacté des Momos, des internautes menant l’enquête sur ce mystérieux challenge, potentiellement très dangereux, mais également la police et une experte en cybersécurité afin d’évaluer les véritables risques autour de ce nouveau phénomène.

Le «Momo Challenge», c’est quoi ?

Le « Momo Challenge » ressemble en plusieurs points au «Blue Whale Challenge» qui avait déjà inquiété l’autorité l’année dernière. Il existerait un numéro de téléphone appartenant à un(e) certain(e) « Momo ». Cette personne serait joignable sur la messagerie cryptée WhatsApp. Sur les forums et les réseaux, il se dit que si vous commencez à parler à Momo et que celui-ci vous répond, vous êtes piégé. Ce dernier arriverait à obtenir des informations très personnelles sur vous et s’en servirait pour vous faire chanter et vous menacer. Momo vous demanderait de réaliser des défis parfois extrêmement dangereux.

C’est le suicide d’une fillette de 12 ans en Argentine qui a rendu le challenge viral. Les forces de l’ordre auraient en effet trouvé sur son portable, des discussions pouvant laisser croire qu’elle faisait le «Momo Challenge». Depuis, plusieurs pays comme le Mexique ont tiré la sonnette d'alarme sur le challenge. Autre particularité, Momo utilise comme photo de profil une œuvre (faussement attribuée à l’artiste japonaise Midori Hayashi) représentant une femme poule assez horrifiante : des yeux sortant des orbites, un nez de tête de mort et une bouche très élargie façon « sourire de l’ange ».

En France faut-il s’en inquiéter ?

Lorsqu’un phénomène devient viral il attire forcément d’un côté une foule de plaisantins souhaitant mener les plus crédules en bateau et de l’autre, des internautes avides de faire du buzz. Sur YouTube, les vidéos d’adolescents assurant avoir échangé avec « Momo » fleurissent, capture d’écran à l’appui. Sur les réseaux de très nombreux numéros de « Momos » japonais, russes, chinois ou français, ont circulé. Nous en avons contacté une dizaine et, comme pour la plupart des internautes, aucun n’a donné suite.

Aucun, sauf un Français, qui laisse des énigmes en morse et parle de grand danger pouvant s’abattre sur la terre. « Le soleil va disparaître pour nous tous c’est ça ? Je sais qu’il y a un objet non identifié produisant de la chaleur qui vole. Sais-tu en plus ? », lui demande une internaute sur Twitter (car contrairement aux autres, oui ce Momo a Twitter). « Si nous ne faisons pas quelque chose, oui. L’objet volant n’a pas pu être identifié, mais il fait plusieurs kilomètres de long. C’est dangereux », lui répond-il. 20 Minutes a décidé de ne pas poursuivre cette piste lorsqu’il a confirmé que le mélange bicarbonate de sel et l’eau serviraient à tuer « des grégoriens ».

Pas grand-chose à voir avec de dangereux défis, mais un groupe d’internautes continue de mener leur enquête depuis plusieurs jours. Grâce à des captures d’écran de conversations WhatsApp recueillies auprès de différents internautes, Mysterator (c’est son pseudo) pense avoir identifié le Momo d’origine, mais celui-ci n’est plus actif avec ce numéro depuis le 11 juillet. « Le vrai danger maintenant sont ceux qui se font passer pour Momo », souligne celui qui assure avoir discuté avec certains d’entre eux, dont des hackers. En effet, le buzz autour du «Momo Challenge» pourrait avoir donné l’idée à des personnes mal intentionnées de reproduire avec d’autres le « jeu dangereux ».

20 Minutes a également contacté des sources policières afin de savoir si pour cette raison, le challenge inquiétait les autorités. Si notre source assure « qu’aucun cas de personne mis en danger par ce challenge n’a été signalé en France » et que « le phénomène ne s’est pas étendu sur le territoire », ce challenge est tout de même « pris au sérieux » par le ministère de l’Intérieur. Un bilan de la situation est d’ailleurs fait « chaque matin en réunion depuis le lundi 13 août ». Si autant de précautions sont prises c’est surtout parce que le ministère ne néglige pas ce genre de challenge dont « la démarche consiste à faire peur, à menacer ou forcer des gens à faire des choses dangereuses ». Des campagnes de sensibilisation sont d’ailleurs régulièrement relayées sur les réseaux.

Quels sont les risques ?

Au-delà de la manipulation mentale, la particularité du «Momo Challenge», c’est que son auteur pourrait récupérer les données personnelles de ses victimes. Même si vous ne cédez pas aux chantages d’un Momo et ne réalisez pas ses défis, peut-il en revanche voler certaines de vos informations ou pirater votre portable via WhatsApp ? Pour Aroua Biri, docteure en cybersécurité, la réponse est oui : « Un simple numéro de téléphone peut dévoiler beaucoup de choses. Avec certains outils et logiciels disponibles sur le dark web, il est possible pour un hacker moyen de retrouver facilement mail, nom ou prénom. Comme beaucoup de personne n’utilise pas de pseudo sur les réseaux sociaux, il peut les retrouver et soit les pirater, soit se servir des photos ou données publiques pour obtenir d’autres informations. Par exemple si vous prenez une photo avec votre portable, chez vous, avec la géolocalisation activée, celle-ci se retrouve dans les métadonnées du cliché. Le hacker peut donc connaître votre adresse. »

Pour le cas précis des métadonnées des photographies, Aroua Biri conseille de « désensibiliser » ses photos en « enlevant les EXIF », c’est-à-dire en retirer ce type de données grâce à des outils que l’on trouve sur Internet. Mais selon elle, le meilleur moyen de se protéger c’est d’abord de ne pas dévoiler son numéro de téléphone publiquement ou à des inconnus et ensuite de faire en sorte que ses comptes soient difficiles à hacker : « Il faut que le hacker se décourage en se disant que cela va être trop long ! »

Les règles sont simples. « Choisir un mot de passe compliqué (pas le nom de son chéri), différents selon les réseaux et que l’on change tous les trois mois. Renforcer ces paramètres de sécurité sur les réseaux. Suivre les vieux conseils de ses parents à savoir : ne pas parler à des inconnus, même sur Internet et WhatsApp. Sur Internet il faut vraiment se créer un cocon pour ne pas laisser de prises à des personnes qui pourraient être malveillantes », conseille Aroua Biri.

>> A lire aussi : Vol de données personnelles, piratages, virus… Le gouvernement lance un kit pour se protéger des cyberattaques