Tesla: Elon Musk, au bout du rouleau, va-t-il devoir prendre du recul?

HIGH-TECH Le milliardaire, qui se dit épuisé, va sans doute forcer son entreprise à se doter d'un « management professionnel »...

M.C. avec AFP

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Elon Musk en Australie en septembre 2017.
Elon Musk en Australie en septembre 2017. — PETER PARKS / AFP

Au bord du surmenage, Elon Musk a-t-il besoin d’aide pour continuer à assumer ses fonctions à la tête de Tesla ? Le milliardaire de 47 ans, qui s’est confié dans un entretien au New York Times, a affirmé qu’il travaillait 120 heures par semaine, prenait un sédatif pour dormir et voyait de moins en moins ses enfants et ses amis. Fragilisé, l’iconoclaste PDG doit-il désormais prendre du champ ou doit-on lui adjoindre un numéro 2 ? Les solutions paraissent limitées.

« Le conseil d’administration de Tesla doit agir et trouver un directeur des opérations dès que possible », réclame Ross Gerber, un des actionnaires, sur Twitter. « Il n’est pas censé laisser Elon se consumer de la sorte », ajoute cet inconditionnel du milliardaire.

Plongeon de près de 9 % de l’action Tesla

Ces confidences d’Elon Musk, très rares chez les grands patrons qui incarnent le visage de leur entreprise, ont provoqué le plongeon de près de 9 % de l’action Tesla, au moment même où le constructeur de véhicules électriques haut de gamme est dans la ligne de mire du gendarme de la Bourse, la SEC.

Tesla fait en effet l’objet de poursuites judiciaires de financiers après un tweet du 7 août de Elon Musk affirmant avoir « sécurisé le financement » pour sortir la société de la Bourse au prix de 420 dollars le titre.

S’il refuse de donner un avis sur le cas spécifique d’Elon Musk, Michael Freeman, enseignant en psychiatrie à l’université de San Francisco, renvoie l’AFP vers un de ses articles publiés en février. Avec trois collègues, il y expliquait que les difficultés psychologiques, dont la dépression et l’usage de substances et médicaments, « peuvent affecter le comportement et les décisions » des entrepreneurs.

Elon Musk, homme à tout faire

« Il faut clairement un lieutenant à Elon Musk » sous le modèle de ce qui est déjà en place chez SpaceX, une des sociétés fondées par le milliardaire, affirme Charles Whitehead, professeur de droit à l’Université Cornell à New York. Les opérations au jour le jour de la société aérospatiale sont dirigées par Gwynne Shotwell, qui occupe la fonction de directrice générale déléguée.

Tesla a songé à un tel schéma il y a quelques années et avait pensé à Sheryl Sandberg, la numéro 2 de Facebook, selon Elon Musk. Mais le conseil d’administration n’envisage pas pour l’instant de relancer l’idée d’un tel arrangement, a confié vendredi à l’AFP une source proche du dossier. Tesla s’est refusé à tout commentaire.

Sheryl Sandberg est créditée pour avoir aidé Facebook à monétiser son audience et pour avoir apporté de la maturité au jeune Mark Zuckerberg. Chez Tesla, Elon Musk est l’homme à tout faire : il égratigne les journalistes, moque les spéculateurs et s’improvise directeur des usines en Californie et dans le Nevada. « Il sera très difficile pour Tesla de réussir sans son fondateur visionnaire », en déduit Scott Shane de l’université Case Western Reserve. Ce spécialiste de l’entrepreneuriat estime que c’est au moment où Tesla faisait son entrée en Bourse qu’il aurait fallu songer à un « management professionnel ».

Penser aux intérêts des salariés et des actionnaires

Tesla pèse près de 53 milliards de dollars en Bourse, soit davantage que General Motors, et le doit principalement à la personnalité d’Elon Musk, qui a promis de transformer la voiture en un bijou technologique « propre » accessible aux masses. Mais Charles Elson, de l’université du Delaware, insiste sur le fait que les administrateurs, dont James Murdoch, doivent « oublier leurs liens » avec Elon Musk et « ne plus penser qu’aux intérêts des salariés et des autres actionnaires ».

« Il faut qu’un administrateur, tout en prenant garde de ne pas lui donner l’impression qu’il a fait quelque chose de mal, explique franchement à Elon qu’il a besoin d’aide pour que l’entreprise réussisse », renchérit Charles Whitehead. Un conseil d’administration ne joue pas que le rôle de policier mais est là également pour conseiller un PDG pour qu’il « fasse du bon travail », développe-t-il.