VIDEO. Cinq chaînes YouTube complètement décalées qui parlent d’Histoire

WEB Drôles, loufoques, déjantés ou décalés, « 20 Minutes » a interviewé cinq Youtubeurs qui vous font partager leur passion pour l’Histoire de façon improbable…

Marie De Fournas

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Richard Coeur de Lion et Philippe II Auguste dans la vidéo
Richard Coeur de Lion et Philippe II Auguste dans la vidéo — Confession d'Histoire
  • « 20 Minutes » vous présente cinq chaînes YouTube parlant d’Histoire, mais pas vraiment comme à l’école…
  • Au programme : « C’est une autre histoire », « Brandon’s Stories », « Virago », « Confessions d’Histoire », « Les Revues du Monde », et les interviews des Youtubeurs qui en sont à l’origine.

Vous avez lu jusqu’à la moelle vos magazines people, réalisé votre 20e château de sable et vu tous les Louis de Funes deux fois déjà ? Pour occuper vos « temps calmes » ou « moments vides » en cette fin d’été, pourquoi ne pas renforcer votre culture générale avec un peu d’Histoire? Attention, qui dit vacances, dit détente. Du coup, 20 Minutes a sélectionné pour vous cinq Youtubeurs experts en Histoire, drôles et un peu déjantés, qu’il faut absolument suivre.

« C’est une autre histoire ». Grosses barres sur Athéna et Dionysos

Un fou rire devant une vidéo sur Arès, Dieu de la Guerre? Improbable, mais on a bien fait de ne pas jouer notre main, on aurait aujourd’hui un moignon. Et ce serait la faute de Manon Bril. A 31 ans, cette docteure en histoire est l’auteur de «  C’est une autre histoire ». Comme son nom l’indique, la chaîne YouTube propose des vidéos qui parlent d’Histoire, mais d’une autre façon.

« L’idée c’est de dépoussiérer l’Histoire en sortant du cliché de parler devant sa bibliothèque ou une carte du monde avec une statuette antique sur le bureau et de la musique médiévale en fond. Au contraire, j’essaye de donner un ton très urbain, en étant souvent en extérieur, en utilisant une musique hip-hop, faite exprès par notre musicien OTAAM, et en créant de la proximité avec le spectateur en lui parlant comme je parle à mes potes, en faisant des blagues etc. »

Et comme Manon fait aussi du théâtre d’impro dans une troupe, on n’est pas loin du stand up. Son thème de prédilection? La mythologie, tout simplement parce qu’elle a fait sa thèse dessus : Athéna au XIXe siècle, « parce que why not ? ».

Un sujet qu’elle aborde de manière «classique» dans « Le relooking mythologique », mais aussi de façon plus inattendue. Là, on tombe sur des vidéos comme « L’enlèvement d’Europe (ou comment pécho en étant un taureau) » ou encore «  2 astuces véganes contre le viol » qui aborde le mythe des nymphes Daphné et Syrinx.

Pour ce qui est du choix des sujets, l'experte en Histoire fait en fonction de ce qu’elle trouve « fascinant, captivant ou drôle ». « Je demande aussi de temps en temps à l’audience ce qui lui ferait plaisir.»

Manon Bril réalise des vidéos où elle nous fait découvrir des grandes villes à travers leurs petits détails, d’autres où elle s’attarde sur les sujets récurent dans l’Histoire de l’art et d’autres où elle se demande simplement « Pourquoi les statues ont des petits pénis ». En tout, ce sont plus d’une soixantaine de vidéos que la jeune femme a publiées en trois ans. De quoi vous occuper intelligemment une bonne partie de l'été. Vous pouvez aussi la suivre sur d'autres réseaux. Notre tweet préféré :

«Brandon’s Stories». le Stéphane Bern des Châteaux français

Biberonné à C’est pas sorcier et élevé par Secrets d’Histoire, Brandon, 23 ans a toujours voulu être animateur télé. Ajoutez à cela une passion débordante pour les châteaux et vous obtenez la chaîne « Brandon’s Storie». Cet étudiant en Master 2 de Lettres modernes, silionne la France entière depuis 2 ans pour faire découvrir aux internautes des châteaux « des plus anciens, où il ne reste plus que des pans de murs, aux châteaux royaux entièrement meublés ».

« L’avantage de prendre comme sujet dans mes vidéos un château, c’est qu’on rassemble en un seul lieu des siècles d’Histoire. On parcourt en quelques mètres notre passé, des évènements historiques, on déambule dans des pièces qui ont accueilli des personnages de toute l’Histoire. Il peut garder dans ses murs les traces du siècle des lumières comme celle du Moyen Age. Le monde bouge, est en mouvement alors que le château lui reste, c’est l’Histoire qui s’ancre dans ses murs. »

Comme tout passionné qui se respecte, Brandon fait tout à fond. Absolument tout. C’est ainsi que pour sa vidéo sur l’anniversaire du débarquement de Normandie du 6 juin 1944, vous le verrez sortir de l’eau en costume d’époque, « aux mêmes horaires de l’époque, 4h45 du matin, avec la marée haute comme à l’époque ». Le jeune homme nous précise que la vidéo a été tournée le 15 mai car « c’était le seul jour du mois ou il y avait la marée haute comme en 1944 ». Un passionné on vous dit.

Mais Brandon ne travaille pas seulement à fond ses costumes ou ses déambulations à travers les châteaux, en amont de chaque vidéo : le travail de recherche est lui aussi poussé. Pour rassembler les informations nécessaires à ses vidéos, il se procure le maximum de documents auprès des offices de tourisme, de la direction du monument et des associations et pioche des informations dans les 5.000 livres d’Histoire de sa bibliothèque personnelle.

Vient ensuite le choix minutieux des pièces du château où il parlera des anecdotes qu’il mettra en lumière. « Il faut que chacune de mes vidéos apporte quelque chose de différent qu’un documentaire télé par exemple, même s’il s’agit du même sujet ! ».

Quant à l’écriture de ses textes, c’est ce qui fait selon lui sa « marque de fabrique » : « Le langage utilisé, les rimes, les jeux de mots sur une ponctuation toujours aussi sérieuse et scientifique font l’essence même de mes vidéos ». Vous pouvez le suivre sur les réseaux. Notre post préféré :

«Virago». Une femme qui parle de femmes. Déguisée. Dans un tableau.

La victime, la relou ou la moche, c’était elle dans le Palmashow, mais Aude Gogny-Goubert n’est pas que ça (même si c’était très drôle). A 34 ans, l'actrice est depuis un an et demi l’auteure de la chaîne YouTube « Virago». Si le Larousse définit ce mot comme « Femme d’allure masculine, autoritaire et criarde », Aude GG, elle, préfère la définition latine : « Femme guerrière, forte et courageuse. Héroïne ».

Virago est donc la chaîne d’une femme qui parle de « femmes extraordinaires qui ont marqué notre histoire passée et de celles qui construisent notre histoire future ». « Quitte à être une femme dans un endroit où il y en a peu [YouTube], autant parler d’autres femmes pour faire d’une pierre deux coups. »

Niveau montage, attention les effets spéciaux. Aude Gogny-Goubert, en mode speakerine, présente une femme qu’elle admire et qui l’inspire... et qu'elle interprète la plupart du temps, déguisée, dans un tableau. Entre la recherche documentaire et les effets spéciaux, « un épisode de Virago demande des semaines de travail » assure l’actrice, qui reconnaît tout de même que niveau technique elle n’a pas toujours été à la pointe.

« Mes trois premières vidéos (Olympe de Gouges, Vigdís Finnbogadóttir et Imogen Cuningham) ont été tournées dans mon salon. J’avais loué un fond vert, trois projecteurs, embarqué quelques copains hyper pro dans un projet dont on ne connaissait pas vraiment ni le format ni la tournure exacte. C’est bien après, pendant un long travail de postproduction avec mon réalisateur, David Tabourier, que Virago, dans son format désormais consacré, est né. De fait, ces premiers épisodes ont des petits défauts techniques, et d’écriture… Mais ils ont pour moi le charme d’une aventure qui démarre. »

Pour l’instant 19 femmes ont été dépeintes. Des très célèbres comme la peintre Frida Kahlo, mais aussi des moins connues telle que Mumtaz Shaikh, instigatrice du mouvement « du droit de pisser » en Inde. « Mon admiration me guide vers chacun des portraits que je porte à l’écran. Parfois je découvre des femmes au fil de mes recherches et parfois c’est la contribution de ma communauté qui alimente toujours plus ma liste de femmes à mettre en lumière. » Vous pouvez la suivre sur les réseaux. Notre tweet préféré :

«Confessions d’Histoire». Les croisades façon Loft Story

Dans le genre idée barrée on atteint le summum. Et c’est juste génial. «Confession d’Histoire» ce sont des personnages historiques qui racontent dans un confessionnal leur version des faits. A l’origine de ce projet : Ugo Bimar, réalisateur et graphiste dans les effets spéciaux. Travaillant principalement dans la pub, il a eu envie de créer quelque chose sur lequel il « puisse exercer un contrôle total avec une vraie liberté de ton ».

Et il n’a pas fait les choses à moitié. Dès le premier épisode, on retrouve Vercingétorix qui explique que l’invasion des Romains, c’est « abusé » et César qui rétorque qu’à la base, on l'a juste appelé « à l’aide ». « Je trouvais le lien entre histoire et téléréalité assez WTF. Cela permet des situations comiques comme quand le chrétien et le musulman se font la bise en off dans la vidéo sur la Première croisade. »

« Je choisis les sujets en fonction de mes intérêts historiques qui portent plus sur l’antiquité et le Moyen Âge, mais surtout sur le potentiel comique des personnages et des faits relatés. Par exemple, Louis VII, un mec élevé comme un moine à qui on fait épouser une bombe, Aliénor d’Aquitaine, c’est hyper drôle en soi. » Pour autant, l’histoire n’est pas négligée. Derrière l’humour : un contenu costaud, alimenté de dates, faits historiques, dessins explicatifs et anecdotes. L’ensemble nous fait engloutir l’épisode aussi facilement que n’importe quelle série ou émission télévisée.

Derrière ces vidéos de 10 à 40 minutes, pas de grosse société de production, mais une association à but non lucratif. Les épisodes sont tournés en une journée, « autrement ils coûteraient trop cher », et sont à chaque fois joués par des comédiens qui, tout comme le reste de l’équipe, sont bénévoles. « Certains sont des amis de longue date, mais d’autres, que je ne connaissais que de nom, ont accepté d’incarner un personnage en voyant ce que donnaient les premiers épisodes », explique Ugo Bimar qui a par exemple « eu la chance de travailler avec Armelle Deutsch » dans l’épisode sur Aliénor d’Aquitaine.

Qui dit bénévole, dit un peu plus de temps de production. En trois ans, Confession d’Histoire a sorti cinq grosses vidéos. Pour vous faire patienter avant la prochaine, « en phase d’écriture », et qui portera sur Alexandre Le Grand, Ugo Bimar a annoncé la sortie à la rentrée d’un « tuto beauté version 15eme siècle ». Vous pouvez le suivre sur les réseaux. Notre tweet préféré :

«Les Revues du Monde». Les réponses aux questions que vous vous êtes toujours posées (ou pas)

Est-ce que la Terre pourrait être creuse ?  Comment les filles géraient avec leurs règles dans l’Antiquité ?  Et si je fabriquais une tête réduite… Toutes ces questions existentielles que vous vous êtes posées sur l’oreiller, à 2h du matin, alors que c’était vraiment (vraiment) pas le moment, Charlie Danger a décidé d’y répondre en vidéo avec « Les revues du Monde».

Depuis 4 ans, la Youtubeuse vulgarise et décortique toutes sortes de sujets tournant principalement autour de l’Histoire et de l’archéologie, dont elle est passionnée depuis toute petite.

« Je ne couvre pas qu’une seule période ou qu’un seul type d’évènement historique. Très souvent, cela part d’un questionnement ou d’un évènement complètement parallèle à mon travail : je lis un livre, un sujet m’interpelle, et je garde l’idée dans un coin de ma tête. Ou bien, je me pose une question et finis par conclure que ça ferait un chouette sujet d’épisode. Ou encore, une discussion entre amis qui me rappelle que tel sujet serait très pertinent à vulgariser. »

Pas de ligne directrice à proprement parler, mais des envies, toujours traitées avec une touche d’humour, dans un univers esthétique axé sur l’aventure, la découverte. « J’apprécie énormément cette ambiance visuelle " aventurier vintage " et j’essaye de la travailler dans mes graphismes et dans mes vidéos. »

Aventurière, elle l’est. Sa vidéo la plus improbable ? Celle filmée au Louvre. « Pour sa réalisation, nous nous sommes baladés pendant toute une journée dans le musée, fermé au public, avec une fausse momie dans les bras et avons fait paniquer une bonne partie du personnel présent. En sortant du musée, j’avais la sensation d’être une sorte de voleuse d’antiquité ! »

L’avantage avec Charlie Danger, c’est qu’elle a fait de la vulgarisation en Histoire et en Archéologie son métier. Des vidéos arrivent donc régulièrement avec, là encore, un gros travail de documentation et de recherches. La jeune femme fait également relire ses textes à des spécialistes, afin de vérifier qu’aucune coquille ne se soit glissée dedans. Vous pouvez la suivre sur les réseaux. Notre post préféré :

On ne peut pas parler de tout le monde, mais évidemment, ces Youtubeurs ne sont pas les seuls à proposer des vidéos très intéressantes et décalées sur l’Histoire. 20 Minutes a également repéré  Nota Bene, la référence, mais aussi :
- Herodot'com. « Un présentateur mentalement instable », comme il le dit lui-même, qui parle d’Histoire « avec de gros bouquins, des vannes moisies, de grosses bibliographies, des références louches, des costumes loufoques ».

-Dave Sheik. Un chaîne parlant d’Histoire, souvent récente (XXe et XXIe siècle), mais toujours en bref (généralement moins de 10 minutes) !

-Scherzando. Pour les fans de musique. Sur cette chaîne on nous explique en quoi les rappeurs sont des héritiers des troubadours et on se demande si les Beatles auraient pu écrire Yesterday à la Renaissance.

- Sur le champ. Une chaîne qui parle des guerres dans le monde sous l’angle des stratégies militaires utilisées.

- Passé sauvage. Pour les passionnés d’archéologie!