Qui est Alex Jones, le conspirationniste devenu l'ennemi n°1 du Web?

FAKE NEWS Facebook, YouTube, Apple et Spotify ont banni ce supporteur de Donald Trump, qui a bâti un empire sur les théories du complot...

Philippe Berry

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L'animateur américain Alex Jones, le 17 avril 2017 à son arrivée au tribunal, à Austin, au Texas.
L'animateur américain Alex Jones, le 17 avril 2017 à son arrivée au tribunal, à Austin, au Texas. — Tamir Kalifa/AP/SIPA

Le 11-septembre était un « inside job » organisé par les forces globalistes pour créer un nouvel ordre mondial. La fusillade de l’école Sandy Hook, une mise en scène du gouvernement pour confisquer les armes des honnêtes citoyens. Des produits chimiques dans l’eau rendent les grenouilles gays et les humains malades. Voici quelques théories du complot que promeut l’animateur radio Alex Jones depuis plus de 20 ans aux Etats-Unis. Et alors qu’il a utilisé le Web comme un mégaphone pour bâtir un empire médiatique, Facebook, YouTube, Apple et Spotify ont décidé de le bannir de leurs plateformes, lundi. Accusé d’avoir enfreint les politiques sur les discours de haine, Jones se pose en martyr et se dit victime de censure.

Un empire médiatique… et de compléments alimentaires

Alex Jones, 44 ans, a démarré comme animateur au Texas à la fin des années 1990. Il suit d’abord la recette classique des « talk radio », en signant des contrats avec des diffuseurs locaux, puis en finançant son site InfoWars via la publicité et la vente de produits dérivés. Mais alors que les polémiques font fuir les annonceurs, il change de business model en 2013 et se lance dans la vente de compléments alimentaires.

Des compléments alimentaires vendus par le site d'Alex Jones InfoWars.
Des compléments alimentaires vendus par le site d'Alex Jones InfoWars. - INFOWARS

Vitamines pour booster la virilité, iode pour résister à une apocalypse nucléaire, dentifrice sans fluor… Il a eu le génie de cibler ces produits pour séduire son public parano. Et ça marche : selon des estimations des médias américains, les ventes atteignent plusieurs millions de dollars par an.

Un supporteur de Donald Trump

Proche de « l’alt right », Alex Jones a surfé sur la vague nationaliste lors de l’élection de Donald Trump et activement soutenu le candidat républicain.Interviewé par Jones en décembre 2015, Trump avait salué sa « réputation extraordinaire » de l’animateur et de son public. Hillary Clinton, elle, avait joué la carte de l’indignation et mis tout ce petit monde dans un même panier de « déplorables » – un qualificatif qui lui a sans doute coûté cher. Au lendemain de l’élection, Alex Jones a affirmé avoir reçu un coup de fil de remerciements de Donald Trump.

Donald Trump interviewé par Alex Jones en décembre 2015.
Donald Trump interviewé par Alex Jones en décembre 2015. - INFOWARS

Censure vs haine, le grand malaise des géants du Web

En plein débat sur la désinformation, les géants du Web n’ont jamais su quoi faire d’Alex Jones. Ils ont tenté de lui taper sur les doigts, bloquant quelques vidéos et publications polémiques, et le suspendant temporairement. Mais lundi, Facebook, Spotify, YouTube et Apple ont tous retiré les pages de Jones et d’InfoWars de leur plateforme, l’accusant « glorifier la violence » et « d’inciter à la haine », notamment contre « les personnes transgenre, musulmanes et immigrées». Jones, qui était suivi par plusieurs millions de personnes sur YouTube et Facebook, dénonce « une action de censure coordonnée » et a lancé un appel aux dons.

Jusqu’où va la liberté d’expression ?

Aux Etats-Unis, la liberté d’expression est un concept sacré, ancré dans le premier amendement de la Constitution. Alors que les géants du Web jouent les équilibristes, des élus républicains les accusent d’avoir déclaré la guerre aux opinions conservatrices – jusqu’à Donald Trump, qui accuse Twitter de limiter l’exposition de certains comptes de personnalités de droite (le « shadow banning »).

Désormais, tous les yeux sont braqués sur l’action judiciaire intentée par plusieurs familles de victimes de Sandy Hook contre Alex Jones pour diffamation. Le verdict, comme l’explique Wired, pourrait « redéfinir la liberté d’expression » en ligne.