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Vaste trafic d'identités dans la course aux abonnés sur Twitter

Usurpation d'identité et faux abonnés sur Twitter: Une entreprise américaine visée par la justice

FAKE FOLLOWERSDans une longue enquête publiée samedi 27 janvier, le « New York Times » a mis au jour les pratiques d’une entreprise américaine permettant à ses clients d’acheter des abonnés supplémentaires sur Twitter, Facebook, Instagram ou YouTube…
Hélène Sergent

Hélène Sergent

L'essentiel

  • Selon le quotidien américain, 55.000 faux comptes créés par l’entreprise « Devumi » pour ses clients utiliseraient le nom, la photo et les informations personnelles de personnes réelles.
  • Les procureurs de l’État de Floride et de New York ont annoncé lancer des investigations à l’encontre de cette société.

Ils sont étudiants, lycéens, ingénieurs. Actifs ou très discrets sur les réseaux sociaux, tous ont eu la mauvaise surprise de découvrir l’existence de comptes Twitter utilisant leur nom, leur photo, leur date de naissance ou lieu de résidence. Copies conformes de leurs profils officiels, il s’agit en réalité de « bot » ou robots générés et contrôlés par une entreprise, aujourd’hui au cœur d’investigations aux Etats-Unis.

Une vaste enquête publiée samedi 27 janvier par le New York Times a révélé les pratiques obscures de la société Devumi. Basée en Floride, elle permet d’acheter des centaines ou des milliers de nouveaux abonnés sur les réseaux sociaux. Objectif : accélérer sa popularité et renforcer son influence sur Twitter, Instagram, Facebook ou LinkedIn. Or, parmi les comptes créés pour booster ceux de ses clients, Devumi aurait utilisé l’identité de « vrais » internautes.

Deux enquêtes ouvertes

Le commerce de « followers » ou « abonnés » sur les réseaux sociaux n’est pas nouveau. Ni la présence de robots ou de faux comptes sur ces plateformes. En mars 2017, une étude réalisée par les Universités de Californie et de l'Indiana estimait la part de ces derniers à 48 millions sur Twitter, soit 9 % à 15 % des inscrits sur ce réseau. Mais le cas précis de Devumi soulevé par le New York Times et les soupçons d’usurpation d’identité ont amené les procureurs de New York et de Floride à lancer des investigations.

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« L’usurpation d’identité et la tromperie sont illégales en vertu de la loi de New York. Nous ouvrons une enquête sur Devumi et sur la vente présumée de robots utilisant des identités volées » a déclaré samedi le procureur Eric Scneiderman. Selon le journal, 55.000 faux comptes créés par l’entreprise utiliseraient le nom, la photo et les informations personnelles de personnes réelles.

Comment une telle pratique est-elle possible ?

Contacté par le quotidien américain, le fondateur de Devumi, German Calas, a fermement démenti ces accusations : « C’est faux (…) nous n’avons pas eu connaissance d’activités de ce type ». Sur Twitter, le porte-parole du réseau social a jugé ces pratiques « inacceptables » : « La stratégie utilisée par Devumi sur notre plateforme et d’autres détaillée par le NYT viole nos conditions d’utilisation (…) Nous travaillons pour les arrêter ». Contrairement à d’autres sites, Twitter n’exige aucune confirmation d’identité avant de créer un profil.

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Pour Fabrice Epelboin, spécialiste des médias sociaux et enseignant au CELSA et au Medialab de Sciences Po, la réponse de Twitter face à cette pratique est « crédible ». « Contrer ces "bots" n’est pas si évident. Cela dépend beaucoup de la technologie utilisée en face. Si l’entreprise coordonne 10.000 faux comptes depuis une même adresse IP, Twitter va vite repérer ce genre de mouvements. Mais à l’inverse si ces entreprises - qui sous-traitent souvent en Inde ou au Pakistan - utilisent des milliers d’adresses IP pour gérer ces faux abonnés, ça devient plus difficile à identifier ».

Mannequins, acteurs, DJ…

Loin d’être confidentielle, Divumi aurait généré plus de 6 millions de dollars ces dernières années en vendant 200 millions d’abonnés Twitter à 39.000 clients. Parmi eux, de nombreux acteurs, mannequins, sportifs ou entrepreneurs. Seul français cité par le journal à avoir sollicité l’achat de « followers » : l'artiste DJ Snake.

Contacté par le titre, il aurait indiqué que la commande avait été effectuée par son ancien manager. Si la majorité des clients sollicités par le quotidien ont refusé de répondre aux questions des journalistes, plusieurs d’entre eux ont invoqué dans cette acquisition une volonté « d’exister sur les réseaux », de gagner en crédibilité ou un moyen de monétiser auprès de marques leur influence sur internet.

Ce mardi, quatre jours après la publication de cette enquête, deux sénateurs du Kansas et du Connecticut ont sommé la Commission fédérale du Commerce de lancer des investigations pour « pratiques marketing injustes et trompeuses ».