Mais pourquoi Hugo Clément est-il devenu une telle tête de turc sur les réseaux?

BASHING Le journaliste passé par « Quotidien » a vu son image maltraitée depuis l’annonce de son départ chez Konbini…

O. P.-V.

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Le journaliste Hugo Clément à Liart (Ardennes), en février 2017.
Le journaliste Hugo Clément à Liart (Ardennes), en février 2017. — JACQUES WITT/SIPA
  • Très populaire sur les réseaux, Hugo Clément ne fait plus l'unanimité.
  • Le journaliste passé à Konbini a déclenché plusieurs polémiques depuis son départ de «Quotidien».
  • Selon un spécialiste des médias, il y a derrière ce changement un vieux conflit entre «vieux» et nouveaux médias.

Qu’arrive-t-il à Hugo Clément ? L’une des têtes de gondole des émissions de Yann Barthès depuis fin 2015, au Petit journal puis à Quotidien, n’a plus autant la cote qu’auparavant. Alors qu'il vient de dévoiler sur Twitter les coulisses de son premier reportage à paraître fin janvier sur Konbini, ​le journaliste de 28 ans symbolise ces dernières semaines la capacité qu’ont les utilisateurs des réseaux sociaux à brûler les idoles adorées par le passé.

Plus de 500.000 abonnés sur Twitter, 260.000 sur Instagram, et une foule de relais en ligne à chacune de ses publications : attention, Hugo Clément est toujours populaire. Mais il y a eu un basculement depuis ce tweet, le 19 novembre 2017, et la confirmation de son départ chez Konbini peu après.

Le Parisien écrit alors que « les relations entre l’une des vedettes de Quotidien et la production de l’émission n’ont pas toujours été au beau fixe ces derniers mois ». La faute à une publicité bénévole pour une marque de vêtements en juin 2017, selon le journal francilien.

Ego Clément

Quelques jours après, le 19 novembre, il commet une erreur dans un tweet rapidement supprimé, lors du déplacement du président français Emmanuel Macron au Burkina : « Le convoi de la délégation […] vient d’être attaqué. Selon un témoin direct, des centaines d’assaillants avec des caillasses. Voitures détruites. Les membres de la déleg réfugiés dans l’université. Tirs entendus. On ne sait pas où est Macron. » Il s’excuse dans la foulée, sur Twitter toujours.

L’épisode serait à l’origine de son départ anticipé de l’émission de Yann Barthès. Le 6 décembre, il lance un appel à recrutement sur le réseau social, et se retrouve alpaguer par la directrice du Bondy Blog, Nassira El Moaddem, l’une de ses camarades de promotion durant leurs études, qui l’accuse de blagues racistes et d’appels malveillants lors de cette période.

Puis il y a ce portrait en quatrième de couverture de Libération, le 3 janvier 2018, article qui égratigne sérieusement le personnage public : « Sa propension à croire qu’il réinvente le journalisme, à s’indigner tous les quatre matins en ligne et à donner des leçons en tartuffe moraliste en agace vite plus d’un […] Sans parler d’un melon qui grossissait au fil de ses retweets et de ses mentions "J’aime" sur Instagram au point que, chez Bangumi, il était surnommé "Ego Clément". »

Pourquoi un tel basculement ? « Il y a un savoir-faire de la polémique sur les réseaux. Hugo Clément, forte personnalité, ayant lui-même un côté provoc’, il ne faut pas s’étonner qu’il devienne lui-même l’objet d’une polémique », avance Arnaud Mercier, enseignant en sciences de l’information et de la communication à Paris-Assas.

La raison : son passage à Konbini, site jeune mélangeant information et divertissement : « Il y a les rivalités classiques dans le champ médiatique entre la presse écrite qui prétend être le parangon du sérieux, et la télévision, toujours soupçonnée de flirter entre divertissement et information, ce que l’on appelle infotainment. Un certain nombre de médias font donc le coup du mépris, car Konbini est perçu, à tort ou à raison, comme un archétype du mauvais journalisme Web », poursuit le chercheur.

« Un choix déchoit » ?

Dans un article du Monde diplomatique d’août 2017 intitulé « De l’information au piège à clics », le mensuel décrit le nouvel employeur de Clément comme spécialisé dans « la production industrielle à bas coût de contenus destinés aux jeunes ». Konbini a également déclenché une polémique fin décembre pour une interview jugée complaisante d’Emmanuel Macron, réalisée par la directrice communication du site, par ailleurs ancienne chargée de com' de François Hollande.

>> A lire aussi : «Arrêt sur images» critique une interview de «Konbini», la directrice dérape sur Twitter

La nouvelle recrue du site s’est retrouvée en victime collatérale de ces affaires médiatico-médiatiques. Pourtant, Le Petit journal et Quotidien, où s’est fait connaître Hugo Clément, pratiquent également l’infotainment : « Oui, Yann Barthès est sur le fil du rasoir mais ça tient, le ton est léger pour faire passer du sérieux. Il est très difficile de le prendre à défaut sur un dérapage, une polémique. La décision de Clément apparaît comme un "choix déchoit", puisqu’il quitte un média connu et reconnu et qui a acquis une légitimité pour quelque chose qui est une forme de pari donnant à beaucoup le sentiment de basculer du côté obscur de la force, et donc on en profite pour régler des comptes maintenant qu’il n’est plus protégé par le "parrain" Barthès », explique Arnaud Mercier.

Le spécialiste des médias souligne également une spécificité de ce secteur : « Il a quand même gagné une légitimité à force de reportages sérieux. Ça génère de la jalousie, car un tel succès n’est jamais neutre du point de vue d’une profession qui fonctionne beaucoup à l’ego, d’autant plus à la télévision ».