VIDEO. «Que portiez-vous?»: Si les victimes de vol étaient traitées comme les victimes de viol

VIOL Un sketch diffusé sur la BBC met en scène un homme portant plainte pour un vol de portable, à qui la police pose les mêmes questions qu’à une victime d’une agression sexuelle…

Marie de Fournas

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Une vidéo pointe du doigt les questions absurdes autours du viol
Une vidéo pointe du doigt les questions absurdes autours du viol — Capture Youtube

« Quelle tenue vestimentaire portiez-vous lors de votre agression ? » Cette phrase, de nombreuses femmes victimes de viol ont pu l’entendre dans leur entourage, au commissariat ou même au tribunal. Une question qui sous-entendrait que la victime est un peu coupable  de ce qui lui arrive finalement. Comme si une tenue, aussi « sexy » ou « provocante » soit-elle, pouvait être la « raison » d’une agression sexuelle. L’émission américaine The Tracey Ullman Show  a diffusé une petite vidéo sur la BBC  pointant du doigt sur cette absurdité.

Un homme se rend au commissariat afin de porter plainte à la suite du vol de son portable. Encore choqué, il explique à la policière qu’un individu lui a mis un couteau sous la gorge et lui a demandé de lui donner son portable et sa montre. L’enquêtrice lui demande alors : « Portiez-vous ces mêmes habits quand c’est arrivé ? » Décontenancée, la victime, en costume, acquiesce. « Vous avez l’air riche et c’est provocant, rétorque alors la femme. Ça ressemble à une invitation non ? Comme si c’était fait exprès ». « Vous aviez bu ?, lui demande une autre enquêtrice. Car si vous avez bu, vous pouvez envoyer des signaux contradictoires avec votre joli costume et le téléphone… Et à la dernière minute, dire : "Je ne veux pas être agressé". » Les questions incohérentes s’enchaînent : « Vous avez crié ? Comment savoir que vous ne voulez pas donner vos affaires si vous ne le dites pas clairement… »

Le seul coupable, c’est le violeur

Ces questions vous paraissent complètement aberrantes, vu la situation. Elles le sont. Tout autant que dans le cas d’une agression sexuelle. S’il y avait encore un doute, que les choses soient claires : une femme ne sera jamais responsable de son viol. Qu’elle ait flirté, aguiché, n’ait pas réussi à crier, mit une minijupe, bu, se soit baladée seule le soir dans un quartier peu fréquentable… Le seul coupable, c’est le violeur.

Pourtant, selon une enquête Ipsos datant d’il y a à peine un an, 40 % des personnes interrogées estimaient que la responsabilité du violeur était atténuée si la victime avait eu une attitude provocante en public. Même affirmation pour 27 % d’entre elles, si la victime portait une tenue sexy au moment des faits, rapportait l’association Mémoire Traumatique et Victimologie.

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En réponse à ce genre de rapprochement, une jeune femme, victime d’une agression sexuelle il y a tout juste trois ans, a posé cette question sur Twitter : « What Where You Wearing When You Were Assaulted ? » (Qu’est-ce que vous portiez lorsque vous avez été agressée ?). De nombreuses femmes ont accepté de répondre et le tweet est vite devenu viral. Les réponses des victimes parlent d’elles-mêmes sur le lien présumé entre une agression sexuelle et des habits.

« Un short et un débardeur. J’avais 8 ans »

« Ce que les petits enfants portent, j’avais 3-4 ans la première fois. Une chemise et un pantalon slim à 14 ans. Un sac à dos, un jean et un T-shirt à 17 »

« L’uniforme de mon école catholique »

« Un manteau d’hiver et un pantalon de survêtement »

« Un pyjama arc-en-ciel, j’avais 7 ans. Un jean, un manteau à pois et une écharpe en soie, j’avais 24 ans »