Violences faites aux femmes. Illustration.
Violences faites aux femmes. Illustration. — Rafael Ben-Ari/Cham/NEWSCOM/SIPA

VIOLENCES

En France, la culture du viol continue de faire des ravages

Un livre sur le scandale survenu dans une université américaine dresse le portrait d'une société où la culture du viol continue de sévir. Comme en France...

Sans consentement. Enquête sur le viol (Ed. Presses de la citéLe titre du livre de Jon Krakauer publié ce mercredi en France est sans fioriture. Le journaliste américain s’est penché sur le retentissant scandale de l’université de Missoula, dans le Montana. Entre 2008 et 2012, près de 350 dépositions pour agressions sexuelles y ont été enregistrées dont quelques-unes ont donné lieu à une enquête. Dans ce récit très documenté, Krakauer dresse le portrait d’une société où la culture du viol continue de sévir.

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Malheureusement pour la France, de nombreuses études révèlent une situation similaire, voire pire. Quand Krakauer constate que 20 % des victimes de viols déposent plainte aux Etats-Unis, en France, ce chiffre tombe à 10 %, soit 1 sur 10. Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes, 84.000 femmes sont violées chaque année en moyenne dans l’Hexagone. Elles seraient donc… 75.600 à ne pas engager de poursuites judiciaires.

« Ça aurait été parole contre parole »

Plusieurs raisons expliquent une telle situation. Contrairement à une idée répandue, la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. « Elle n’identifie pas toujours qu’elle a été victime de viol. Lorsqu’on pense à un violeur, on imagine un inconnu dans la rue. En Suède par exemple, les femmes sont plus nombreuses à déposer plainte car elles sont mieux informées sur la définition légale du viol et la notion de consentement », commente Nolwenn Weiler, co-auteure du livre Le viol, un crime presque ordinaire (Ed. Cherche Midi).

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Ce n’est pourtant pas la raison qui a poussé Sarah* à garder son histoire pour elle. La jeune femme a été agressée chez elle un soir de 2015. Après avoir flirté dans un bar de son quartier plusieurs jours d’affilée avec son agresseur, elle a décidé de le faire monter chez elle. Les choses ont alors dégénéré. « J’ai vite compris que je venais de me faire violer, mais je n’avais aucune preuve matérielle. J’avais bu et des témoins du bar auraient pu confirmer que j’avais l’air tout à fait consentante en partant avec lui. Ça aurait été parole contre parole », indique-t-elle.

Des idées reçues qui n’aident personne

Pourtant, « en cas de crime sexuel, les enquêteurs recherchent un faisceau d’indices concordants : état de santé de la victime (arrêt de travail, tentatives de suicide, prescription de médicaments), un récit circonstancié des faits qui ne varie pas. Le témoignage de l’entourage est aussi pris en compte », objecte Nolwenn Weiler. Les victimes, comme le reste de la société, subissent la culture du viol : une série de croyances généralement fausses permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle.

Selon une enquête menée en 2016 par l’institut Ipsos pour  l’association de la mémoire traumatique et victimologie, 40 % des Français estiment que la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a une attitude provocante en public, et 38 % si elle a flirté avec lui. Pour la psychiatre Muriel Salmona, « les victimes ont très peur de ne pas être crues. Elles éprouvent de la culpabilité et de la honte d’avoir été utilisées comme un objet et sont souvent trop traumatisées pour porter plainte. »

Un parcours du combattant

Et pour celles qui parviennent à en parler, les procédures pénales et judiciaires peuvent s’avérer brutales. « La façon dont elles sont reçues reste très inégale en France, estime Nolwenn Weiler. Il y a des commissariats et des gendarmeries où les gens sont bien formés, et d’autres dans lesquels on propose à la victime de déposer une main courante au lieu d’une plainte. » La confrontation avec l’agresseur est aussi source de souffrance pour la plaignante. « Dans certains pays, elle est d’ailleurs considérée comme une torture », indique Muriel Salmona.

Sans compter que l’issue de la procédure reste incertaine. Au final, 3 % des viols finissent aux assises, beaucoup étant déqualifiés en agression sexuelle. « Dans certains tribunaux, près de la moitié des affaires sont classées sans suite ou obtiennent un non-lieu », révèle Nolwenn Weiler. Lorsque les faits ne sont pas prescrits quand la victime trouve la force de les dénoncer.

*Le prénom a été modifié

SOS Viols Femmes Informations : 0800.05.95.95.
 

Définition légale

Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.

Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle.