Mais pourquoi les entreprises de la Silicon Valley s’intéressent tant au revenu universel?

DÉCRYPTAGE De nombreuses sociétés de la Silicon Valley se penchent sur la question d’un revenu de base. Solidarité ou intérêts économiques ? Les experts donnent leur point de vue à « 20Minutes »…

Marie de Fournas
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Un panneau ebay photographié le 22 janvier 2014 devant le siège du groupe à San José, en Californie
Un panneau ebay photographié le 22 janvier 2014 devant le siège du groupe à San José, en Californie — Justin Sullivan Getty Images

Hors campagne présidentielle française aussi, on s’intéresse au revenu universel. Pierre Omidyar, le fondateur d’eBay, a par exemple annoncé un don de 493.000 dollars à une ONG pour aider au financement d’un revenu de base au Kenya durant douze ans. Au mois de décembre, c’était le cofondateur de Facebook, Chris Hughes, qui avait lancé une initiative à 10 millions de dollars, avec une centaine d’experts de la Silicon Valley. Récemment, Elon Musk, le fondateur de SpaceX et Tesla affirmait que ce revenu était « nécessaire » face aux avancées régulières enregistrées dans la robotique et l’intelligence artificielle.

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« Ce sont des gens qui ont bien conscience que l’évolution des nouvelles technologies ne se passe pas sans conséquences négatives. Ils ne sont pas aveugles, ils voient la misère de certaines personnes », explique Phil Jeudy. Pour le spécialiste des nouvelles technologies, les acteurs de la Silicon Valley sont « des geeks qui ont déjà réussi leur vie, milliardaires pour certains », mais qui ont aussi la volonté de « contribuer au bien de la société ». « Surtout depuis l’élection de Trump, ajoute-t-il. Cela aura eu au moins le côté positif de faire bouger les gens. »

Sans tomber dans le cliché « les robots volent les métiers des humains », certains avancent que le développement du numérique et l’automatisation suppriment tout de même certains emplois. « Ce revenu de base, pour les entrepreneurs de la Silicon Valley, c’est une compensation, une manière d’accompagner ceux qui ont perdu leur emploi. Je pense qu’il y a une démarche solidaire derrière cela », explique Nicole Teke, coordinatrice des relations publiques au Mouvement Français pour un Revenu de Base.

« Maintenir la paix sociale »

Une solidarité affichée par certaines entreprises de la Silicon Valley ? Le fondateur d’eBay explique sur son site, pourquoi il se lance dans son projet au Kenya. « Atténuer la pauvreté et jouer un rôle dans l’autonomisation des personnes » sont ses premiers arguments. Il souligne également que l’expérience permettra de voir si ce revenu favorise l’entreprenariat, améliorera la santé et l’éducation ou si au contraire les gens arrêteront de travailler.

Seulement, pour certains, cet élan de solidarité cache en réalité un objectif moins altruiste. « Le principal intérêt pour les entreprises de la Silicon Valley, c’est de maintenir la paix sociale, explique Baptiste Mylondo, enseignant en économie. Leur objectif, c’est que les gens continuent à consommer, à se divertir et ne s’opposent pas à cette révolution numérique. » L’auteur de Pour un revenu sans condition : garantir l’accès aux biens et services essentiels (Ed. Utopia), précise que les géants du Web « ne s’attaquent pas au problème de fond, mais évitent seulement les vagues ».

Un bon coup de pub ?

« Pour certaines, il y a peut-être aussi un enjeu marketing, ajoute Baptiste Mylondo. Le projet d’eBay en Afrique s’apparente à un projet caritatif, cela ressemble à un coup de pub. » De façon plus nuancée, Phil Jeudy rejoint cet avis. « Aux États-Unis, il y a le côté ‘story telling’, l’envie de construire sa légende. On se dit : 'quelle image je laisse ?', explique ce spécialiste qui vit depuis bientôt dix ans outre-Atlantique. Ils ont des conseillers en communication. »

Un effet de mode pourrait aussi se cacher derrière cet engouement tout récent pour le revenu universel. Cette mesure économique est abordée partout et par tous : les politiques, les associations ou encore les économistes de différents pays. Ce revenu est d’ailleurs déjà testé au niveau national en Finlande.

Un détail qui a son côté positif pour les associations qui défendent le revenu universel. « C’est surprenant de voir le nombre de personnes différentes qui s’y intéressent : banquiers, sénateurs, entrepreneurs… Cela montre qu’il ne s’agit pas d’une question de gauche ou de droite », relève Nicole Teke. « Les entreprises de la Silicon Valley, sont celles qui portent beaucoup de projets futurs, elles influencent le monde. Le fait qu’elles s’intéressent au revenu universel, pourrait avoir un impact sur les décisions en France », conclut-elle.