Un journaliste dénonce sur Facebook (avec succès) le discours anti-élites déplacé des politiques

POLEMIQUE Le journaliste dénonce sur Facebook ces politiques qui représentent l'ultra-élite bourgeoise tout en l'attaquant...

O. G.

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Marine Le Pen/Nicolas Sarkozy
Marine Le Pen/Nicolas Sarkozy — photomontage

C’est un coup de gueule particulièrement remarqué. Du moins, sur les réseaux sociaux. Hugo Clément, journaliste au « Quotidien » sur TMC s’est offert un petit buzz en postant une tribune sur Facebook, que l’on pourrait résumer avec cette première phrase : « C’est l’histoire d’un grand foutage de gueule ».

Dans ce message public, le journaliste explique pourquoi certains politiques, qui se font les porte-paroles d’un discours anti-élites… en sont pourtant les plus grands représentants. «Enfumage !» crie l’ancien membre de l’équipe du « Petit Journal » sur Canal +. Qui a eu un gros écho chez les internautes : le post a été vu plus de 49.000 fois… et partagé plus de 12.000 fois (mardi à 17h).

« Il est, avec ceux cités plus haut, l’incarnation de l’oligarchie »

Et il souligne qu’il n’y a aucune différence selon les partis politiques. « Ils s’appellent Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, Jean-Christophe Cambadélis, ou Florian Philippot. Peu importe la couleur politique. Ils usent et abusent de l’arme la plus efficace du moment : le discours anti-élites. »

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Car leur point commun, ce n’est pas leurs programmes politiques, maiis leur appartenance à cette élite. Et souvent un héritage sonnant et trébuchant. Il souligne ainsi que le background de Nicolas Sarkozy comme de Marine Le Pen n’a rien à voir avec celui des « petites gens ».

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« On peut, comme Nicolas Sarkozy, avoir grandi dans les quartiers chics de Paris, avoir été maire de Neuilly-sur-Seine, être marié à une artiste multimillionnaire, avoir pour ami un milliardaire qui nous prête son yacht pour les vacances, avoir été Président de la République vivant dans un palais, bref : cocher toutes les cases de l’ultra-élite bourgeoise et, dans le même temps, se présenter comme le candidat du peuple en attaquant "les bien pensants", "l’élite pour qui tout va bien"».

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Une riche héritière qui attaque le « système »

« On peut avoir tout hérité de son père : l’argent, le pouvoir, le parti, et dans le même temps, attaquer le "système", poursuit le journaliste. Ce "système" qui a toujours favorisé et qui favorisera toujours ceux qui ont, et ceux qui savent. Ce "système" qui a toujours favorisé et favorisera toujours les riches héritiers comme Marine Le Pen. »

Et le journaliste n’oublie pas la gauche. Ni cette critique récurrente des hommes politiques qui n’ont jamais eu un « vrai travail ».

« On peut, commeJean-Christophe Cambadélis, être un homme politique professionnel depuis près de 40 ans, qui n’a jamais vraiment travaillé en dehors d’une organisation ou d’un parti, et, dans le même temps, fustiger "le système, l’oligarchie, l’aristocratie". Tiens, l’oligarchie, c’est quoi ? "Forme de gouvernement où le pouvoir est réservé à un petit groupe de personnes qui forment une classe dominante". Cambadélis contre l’oligarchie ? Il est, avec ceux cités plus haut, l’incarnation de l’oligarchie. »

Le flou quand il s’agit de désigner l’ennemi

Et Hugo Laurent se livre également à une rapide analyse sémantique : dans ces discours anti-élite, on ne désigne pas l’ennemi.

« Vous avez remarqué ? Jamais de noms, d’identité précise, toujours de l’abstrait : LE système, LES élites, LES bobos, LES bien-pensants. Donner une identité ouvrirait la possibilité d’une riposte, d’une défense, bref d’une embrouille dans un discours qui doit être le plus simple et manichéen possible. Rester vagues, à coups de "les", "eux", "ils", c’est permettre aux gens qui écoutent ou regardent de ranger qui ils veulent dans ces catégories, de ne contredire aucune conviction, de ne vexer, de ne brusquer personne tout en donnant l’impression de secouer "ceux d’en haut". »

Et la tribune de s’achever sur un petit conseil : ouvrez les yeux et arrêtez de vous faire enfumer. « Souvenez-vous en pour la prochaine fois. Quand vous entendrez un homme ou une femme politique attaquer "le système", "les élites", "la caste" ou "les bien pensants", soyez-en sûrs : il/elle se moque de vous. »

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La responsabilité des médias ?

Une position qui a fait réagir beaucoup d’internautes : presque 2.000 commentaires ont été publiés sous ce post.

Selon Benjamin, pour critiquer une école, une administration, un métier, encore faut-il bien le connaître. « Tu peux aussi dénoncer un système, mais qui peut mieux le dénoncer que celui dont il est issu ? Un Énarque qui critique l’Ena ? Tu le décries pour ca ? Vois en lui la sincérité ? Lui sait pourquoi il le dénonce pas toi. La règle de base en journalisme, quand il n’est pas question de populisme, c’est la connaissance de son sujet, qui peut mieux dénoncer ce dont il est partie ? », écrit ce Niçois.

Guillaume nuance : les élites ne sont pas toutes les mêmes… et elles ont le droit à l’auto-critique. « Oui ceux que l’on entend dénoncer les élites font souvent partie d’élites. Mais, Ils ne font pas toujours partie des mêmes. Trump qui vient de l’entreprenariat sauvage ça n’est pas la même chose qu’un politique qui vient d’un grand corps d’administration. Même si quelqu’un vient d’une élite, à mon sens il a le droit de la dénoncer sans être disqualifié d’office, tant qu’il a des arguments solides et pas des slogans vagues. »

Car bien sûr, l’élection de Donald Trump milliardaire qui s’est posé en candidat anti-système, qui veut défendre le pauvre Américain contre les élites, est dans toutes les têtes.

Et la responsabilité les médias est également soulevée par un commentaire de Sébastien : « Je partage l’analyse. Mais c’est à vous (les médias, Hugo Clément) de donner la parole aux "vrais gens" et pas uniquement aux politiques. Si les médias l’avaient fait aux States, peut être qu’on aurait pressenti cette vague pro-Trump. Ne faisons pas les mêmes erreurs en France… »