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Et si le jeu vidéo pouvait combattre la solitude et l’isolement social ?

« Spirit Crossing » : Et si le jeu vidéo pouvait combattre la solitude et l’isolement social ?

social club•Le studio Spry Fox a imaginé un jeu multijoueur qui place la coopération, la bienveillance et l’amitié au cœur de l’expérience, avec l’ambition claire de lutter contre la solitude et l’isolement social
Tom Comminge

Tom Comminge

L'essentiel

  • «Spirit Crossing » est un jeu de rôle en ligne développé par Spry Fox qui privilégie la gentillesse et l’entraide pour permettre aux joueurs, notamment introvertis, de se rencontrer et devenir amis dans un univers « cozy game ».
  • Le jeu s’inspire de recherches sur la solitude qui montrent que « l’absence de liens sociaux serait aussi nocive que fumer 15 cigarettes par jour ou de souffrir d’un trouble lié à la consommation d’alcool ».
  • Spry Fox développe « Spirit Crossing » en échangeant directement avec sa communauté sur le modèle économique, expliquant que « plutôt que de chercher à "plumer" les joueurs en multipliant les mécanismes destinés à maximiser leurs dépenses, on a réfléchi avec eux à un modèle économique cohérent avec l’expérience proposée ».

Le jeu vidéo peut rapprocher les gens. C’est en tout cas le pari de Spry Fox, le studio américain derrière Spirit Crossing. Dans ce jeu de rôle en ligne, oubliez tous les comportements toxiques que l’on peut retrouver dans des parties de Call of Duty ou de League of Legends. Ici, c’est la gentillesse et l’entraide qui priment. L’idée de Spirit Crossing est née d’une volonté simple : créer un espace où des inconnus peuvent se rencontrer et, petit à petit, devenir amis.

Les développeurs de Spry Fox ont voulu mélanger ces expériences avec les codes des « cozy games », ces jeux davantage tournés vers la détente et la bienveillance. Le résultat est un monde social dans lequel les joueurs peuvent jouer de la musique, danser, s’entraider ou simplement partager des activités. Le jeu s’adresse surtout aux personnes introverties qui souhaitent créer des liens mais ne savent pas toujours comment aller vers les autres.

Un jeu inspiré par les recherches sur la solitude

Spirit Crossing ne repose pas uniquement sur une envie de faire des jeux good vibes. Pour Daniel Cook, cofondateur de Spry Fox et directeur créatif du jeu, les recherches consacrées à la solitude et au manque de connexion sociale ont joué un rôle important dans la conception du titre. En effet, d’après Julianne Holt-Lunstad, professeure de psychologie et de neurosciences à l’université Brigham Young, l’absence de liens sociaux serait aussi nocive que fumer 15 cigarettes par jour ou de souffrir d’un trouble lié à la consommation d’alcool.

Elle a également constaté que la solitude et l’isolement social sont deux fois plus néfastes pour la santé physique et mentale que l’obésité. De ce constat, Daniel Cook a estimé que « les jeux vidéo constituaient un formidable outil pour créer des connexions. C’est un peu le jeu de rêve. On a réalisé énormément de recherche pour garantir un environnement sain pour ces joueurs qui souffrent d’être seuls. »

Tout faire pour empêcher la toxicité

Pour que ces rencontres puissent réellement fonctionner, Spry Fox a aussi fait de la lutte contre les comportements toxiques un véritable enjeu de conception.

« On a passé énormément de temps à examiner les interactions possibles entre les joueurs et à se demander, pour chacune d’elles, comment elle pourrait mal tourner, souligne David Edery, cofondateur de Spry Fox. Que se passe-t-il si un joueur décide de troller, de saboter une activité ou de gâcher l’expérience des autres ? On a essayé d’anticiper ces situations afin de limiter les possibilités de nuisance. Même lorsqu’un joueur cherche volontairement à perturber une activité collective, le jeu doit faire en sorte que les autres puissent continuer à s’amuser et à réussir sans lui. »

La modération et les outils de signalement sont également présents, mais les développeurs misent aussi sur le design du jeu en lui-même pour créer un environnement où la bienveillance devient le comportement le plus naturel. « Ce n’est pas une utopie, mais on veut que le jeu reste sain à 99,99 %, reconnaît David Edery. Les humains resteront des humains et on ne prétend pas pouvoir tout empêcher. Mais on veut surtout que les joueurs rentrent dans cet univers avec des idées claires et bienveillantes. »

Une communauté qui participe au développement

Une chose est sûre, Spry Fox ne pense pas aux portefeuilles des joueurs. Cette philosophie se retrouve jusque dans la manière dont Spirit Crossing est développé. Les cofondateurs affirment créer ce jeu en échangeant directement avec sa communauté, notamment sur les forums et Discord. Ils discutent ouvertement avec les joueurs de leurs choix, y compris de la question du modèle économique.

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« On leur demande ce qu’ils seraient prêts à payer, ce qu’ils ne veulent pas payer, et quelles décisions les rendraient heureux ou, au contraire, les décevraient, confie David Edery. On sait qu’on doit gagner de l’argent pour pouvoir continuer à travailler et faire vivre le jeu. Mais plutôt que de chercher à « plumer » les joueurs en multipliant les mécanismes destinés à maximiser leurs dépenses, on a réfléchi avec eux à un modèle économique cohérent avec l’expérience proposée. »