Benjamin Chapon
L'essentiel
- Nintendo ressort The Legend of Zelda : Ocarina of Time pour les 40 ans de la saga, avec des graphismes refaits, des musiques réorchestrées, des cinématiques doublées en français…
- Ocarina of Time est considéré comme « le jeu qui a appris la 3D à tout le monde » avec plus de 7 millions d’exemplaires vendus et un score de 99/100 sur Metacritic.
- Selon le livre officiel Hyrule Historia, l’histoire de Zelda se divise en trois réalités à partir d’Ocarina of Time, faisant du jeu culte la source de la saga.
Depuis ce jeudi, des quadragénaires parfaitement respectables sont retourné vivre dans une forêt peuplée d’enfants… Pour les 40 ans de la saga Zelda, Nintendo ressort The Legend of Zelda : Ocarina of Time, cinquième épisode de la série, paru fin 1998 sur Nintendo 64. Après une première refonte sur 3DS en 2011, ce remake reconstruit le jeu : graphismes refaits, musiques réorchestrées, cinématiques doublées en français, caméra libre…
Le héros Link peut enfin sauter quand on le lui demande. Il le faisait tout seul jusqu’ici, et les vétérans découvrent le plaisir de tomber dans le vide par excès de confiance. Quant à la fée Navi, dont le « Hey ! Listen ! » a marqué une génération entière au fer rouge, elle garde sa réplique, mais ses conseils s’affichent désormais dans de petites bulles qui n’interrompent plus la partie. Link, lui, reste muet. Il ne faut pas tout bouleverser non plus…
Le jeu qui a appris la 3D à tout le monde
L’histoire non plus n’a pas changé. Un garçon en tunique verte tente d’empêcher le sinistre Ganondorf de mettre la main sur la Triforce, une relique qui exauce les vœux de son détenteur. Il retire l’Épée de légende de son socle et se réveille sept ans plus tard, adulte, dans un royaume dévasté. Le conte de fées vire au récit d’une enfance volée, et le joueur passe ensuite d’une époque à l’autre. Une belle métaphore de la dimension transgénérationnelle offerte par cette réédition. « C’est l’épisode préféré des fans de plus de 40 ans qui ont là l’occasion de montrer "leur" Zelda à leurs enfants », explique Bruno, vendeur Micromania à Velizy.
Ocarina of Time, c’est aussi un bout de l’Histoire du jeu vidéo. Techniquement, le jeu a installé des réflexes devenus universels. Le verrouillage des ennemis, qui permet de tourner autour d’une cible sans perdre l’équilibre ni la raison, paraît aujourd’hui banal. Plus largement, Ocarina of Time a été une révolution technique pour l’accès du grand public à la 3D. La sentence de Dan Houser, cofondateur de Rockstar, au New York Times en 2012, est resté célèbre : « Quiconque fait des jeux en 3D et prétend ne rien avoir emprunté à Zelda ment. »
Autre facteur de succès intemporel : la musique. Le compositeur Koji Kondo a bâti ses mélodies d’ocarina sur cinq notes seulement. Résultat : plus de 7 millions d’exemplaires vendus, un 99/100 toujours inégalé sur Metacritic, et des ventes d’ocarinas en hausse. Peu de jeux peuvent se vanter d’avoir relancé un instrument de musique…
Trois fins pour le prix d’une
Revenons maintenant sur l’histoire racontée par le jeu. C’est ici que Retour vers le futur passe pour un modèle de simplicité. Les fans ont débattu pendant des années de l’ordre des épisodes, jusqu’à ce que le livre officiel Hyrule Historia tranche en 2011 : toute l’histoire de Zelda se divise en trois à partir d’Ocarina of Time.
Dans une première réalité, Link gagne et retourne dans son enfance, ce qui mène notamment à Majora’s Mask et Twilight Princess. Dans la deuxième, le futur qu’il a sauvé continue sans lui, jusqu’à ce que le royaume finisse englouti : c’est l’océan de The Wind Waker.
La troisième est la plus vertigineuse : Link perd. Ganon s’empare de la Triforce avant d’être enfermé par Zelda et les sages. Cette branche mène à A Link to the Past, puis au tout premier Zelda, celui de 1986. Le jeu qui a tout lancé se déroule donc dans un monde où le héros a échoué, une défaite officialisée vingt-cinq ans après sa sortie.
Cette pirouette, qui résolvait de vieilles contradictions, a exaspéré une partie des fans. Nintendo se ménage une porte de sortie : ces récits sont présentés comme des légendes transmises de génération en génération. Ocarina of Time n’est pas seulement un grand épisode, c’est le carrefour d’où partent la plupart des autres.
Un Temple de l’Eau dans le cœur
Reste le plus difficile à expliquer aux non-initiés : pourquoi des adultes frissonnent en entendant cinq notes d’ocarina. « Pour beaucoup, c’est le jeu de l’enfance », résume Etienne Masson, du site Nintendo-Town, auprès de l’AFP. L’amour passe aussi par la souffrance : la seule évocation du Temple de l’Eau et de ses bottes de fer réveille encore de vieux traumatismes.
Le « Hey ! Listen ! » est devenu un mème mondial, la saga s’offre des concerts à travers le monde, et un film en prises de vues réelles sortira le 28 avril 2027 en France. Avec ses déesses, ses réalités parallèles et son éternel affrontement entre le héros, la princesse et le démon, Zelda a bâti une mythologie à laquelle il ne manque plus qu’un grand écran.
Notre dossier sur NintendoLe remake de Ocarina of Time a donc une double mission : faire pleurer les anciens et initier leurs enfants. Et si ces derniers tombent sous les coups de Ganondorf, qu’ils ne s’inquiètent pas. Ils viennent peut-être d’inventer le premier Zelda.