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Les jeux vidéo, c’est un truc de droite

Le jeu vidéo est-il politique ? Spoiler : oui, et il est de droite

Gamers de tous les pays, enrichissez-vous !•À l’occasion de la Paris Games Week, et des polémiques autour du personnage féminin de GTA 6, « 20 Minutes » s’est posé la question : le jeu vidéo est-il politique ? Oui. Et il est surtout de droite
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • Les jeux vidéo sont éminemment politiques, comme toute œuvre d’art. Et depuis toujours, ils tendent à porter des valeurs conservatrices.
  • Le jeu vidéo véhicule des représentations traditionnelles avec plus de deux tiers de personnages masculins et une sexualisation fréquente des personnages féminins, et des thèmes comme la guerre, l’armée et l’accumulation de richesse
  • La communauté des gamers a vu émerger des figures ancrées à droite, notamment lors du Gamergate en 2014 qualifié de « laboratoire de l’alt-right », et des créateurs de contenu comme Sardoche qui s’affiche désormais aux universités d’été de Reconquête.

Tout art est politique, même le jeu vidéo. Et quand on regarde ce qu’il y a vraiment dans nos consoles, il y a de quoi réjouir un électeur de droite : des armées, des empires, des héros musclés et beaucoup, beaucoup d’argent.

Quant à la communauté des gamers, elle a la réputation d’être parfois misogyne, raciste ou prompte au harcèlement. Plusieurs créateurs de contenus se sont mêmes fait remarquer pour leurs soutiens ou leurs prises de position controversées. Alors, démonstration en quatre points que le jeu vidéo, c’est de droite.

Des héros très traditionnels

Certes, selon une étude de Women in Games, on compte aujourd’hui 31,6 % de personnages féminins dans les jeux vidéo. Réciproquement, ça veut dire que plus des deux tiers sont toujours des hommes (les personnes non-binaires ne représentant qu’un pouième des figures des jeux vidéo). Depuis Donkey Kong en 1981, de nombreux scénarios sont restés bloqués au classique : un homme, une femme à sauver.

Et quand il y a des personnages féminins, la représentation n’est pas toujours incroyable. Lara Croft, l’une des premières héroïnes connues du grand public, est surtout devenue célèbre pour son design ultra-sexualisé. Encore aujourd’hui, des personnages comme Eve dans Stellar Blade, 2B dans NieR : Automata ou Quiet dans Metal Gear Solid V jouent clairement sur la sexualisation du corps féminin pour séduire un public masculin.

Armée, nation, ordre : les thèmes préférés des jeux

Le jeu vidéo adore la guerre. America’s Army, sorti en 2002, a même été conçu par l’armée américaine pour séduire de futures recrues, et les Call of Duty enchaînent les opérations commando depuis plus de vingt ans. Mais ce n’est pas tout : dans Skyrim, des millions de joueurs ont hésité entre l’Empire et les nationalistes nordiques d’Ulfric. Dans Civilization, on colonise. Dans Kingdom Come : Deliverance, on incarne le fils d’un forgeron dans une Bohême médiévale reconstituée avec un souci d’authenticité revendiqué. Le jeu a aussi nourri les querelles culturelles : son cocréateur, Daniel Vavra, s’est affiché ouvertement anti- « woke ».

Même GTA, souvent présenté comme une critique de l’Amérique, raconte surtout l’ascension d’un petit malfrat par la réussite individuelle. Trouver un jeu qui ne demane ni d’enchaîner les combats, ni d’amasser de l’argent, est de plus en plus difficile.

Des joueurs pas toujours progressistes

La communauté a aussi vu éclore des figures bien ancrées à droite. En 2014, le Gamergate, campagne de harcèlement visant des développeuses et des journalistes, a été vu comme un laboratoire de l’alt-right. Steve Bannon, futur conseiller de Donald Trump, avait repéré le potentiel politique des joueurs quand il dirigeait une société de gold farming. Et Palmer Luckey, créateur du casque Oculus, a financé en 2016 un groupe de mèmes pro-Trump, avant de fonder Anduril, spécialisée dans la défense.

Côté créateurs de contenu, certains ont affiché leurs couleurs. En 2017, le youtubeur PewDiePie, alors star du jeu vidéo, avait vu Disney rompre son contrat après des blagues à base d’imagerie nazie, ce qu’il présentait comme de l’humour. En France, Sardoche, d’abord connu pour ses streams League of Legends, s’affiche désormais aux universités d’été de Reconquête. Quant à Elon Musk, joueur autoproclamé, il a été soupçonné début 2025 d’avoir fait gonfler son compte sur Diablo IV et Path of Exile 2 : la méritocratie, oui, mais avec un porte-monnaie.

Une industrie ultra-libérale

Le jeu vidéo est une affaire de gros sous. Le marché se concentre de plus en plus autour de gros acteurs, comme Microsoft, le chinois Tencent, ou même le fonds souverain saoudien. L’économie s’invite dans les jeux, à travers les micro-transactions ou bien, par exemple, le marché des skins de Counter-Strike, qui a ses spéculateurs et ses krachs. Même l’indépendant est une réussite libérale : Hollow Knight, financé sur Kickstarter par une équipe minuscule, est devenu un carton planétaire, preuve que l’initiative individuelle paie.

Le secteur du jeu vidéo commet enfin l’ultime péché de la droite capitaliste : licencier des gens. Depuis 2023, les plans de licenciements s’enchaînent. Ils ont atteint un pic, avec un peu moins de15.000 suppressions de postes en 2024. Et 2026 est déjà bien parti pour le rattraper, avec déjà 11.400 licenciements en octobre. Pas très altermondialiste tout ça.