Tom Comminge
L'essentiel
- Nintendo, traditionnellement associé aux jeux familiaux comme « Mario » et « Pokémon », propose désormais sur sa Switch 2 des jeux plus matures comme « Assassin’s Creed Shadows », « Cyberpunk 2077 » ou « Call of Duty : Modern Warfare 4 », ce qui soulève la question de savoir si le géant japonais a perdu son identité.
- Pour certains fans interrogés à la Paris Games Week, cette diversification ne remet pas en cause l’ADN de Nintendo car « les jeux comme Call of Duty ne sont pas développés par Nintendo » et la Switch 2, plus puissante, permet simplement de « s’adresser à un public plus large, sans empêcher les plus jeunes de retrouver les personnages et les univers qui ont bercé plusieurs générations ».
- D’autres joueurs, notamment des parents, s’inquiètent de cette ouverture, comme Laurent qui affirme que « ces jeux n’ont rien à faire sur cette console », ou Marie qui doit maintenant vérifier à quels jeux son fils joue chez ses amis.
Quand on pense à Nintendo, on imagine Mario, Zelda, Pokémon, Donkey Kong ou encore Pikmin, des licences majoritairement pensées pour les enfants et les familles. Mais aujourd’hui, dans le catalogue de la Switch 2, il est possible de retrouver Assassin’s Creed Shadows, Cyberpunk 2077 ou encore le dernier en date Call of Duty : Modern Warfare 4, des jeux qui sont loin de faire dans la dentelle.
De la chasse aux étoiles dans Mario Galaxy à la lutte pour la survie dans Resident Evil Village, les joueurs Nintendo peuvent désormais jouer sans se prendre la tête ou se lancer dans des aventures sombres et sanglantes. On en vient donc à se demander : le géant japonais du jeu vidéo a-t-il perdu son identité ? 20 Minutes a demandé l’avis des fans de la première heure de Nintendo à la Paris Games Week, l’événement phare de l’année pour les gamers qui a eu lieu du 22 au 25 octobre.
Une identité qui ne se résume pas qu’aux jeux pour enfants
L’ADN de Nintendo ne repose peut-être pas uniquement sur le caractère familial de ses jeux, c’est en tout cas ce qu’on a pu entendre parmi certaines personnes interrogées. Pour Alexandre, fan de Pokémon, il tient aussi à sa manière de concevoir le jeu vidéo, à son goût pour l’expérimentation et à sa capacité à proposer des expériences immédiatement accessibles.
« Super Mario Odyssey, typiquement, est un bon exemple. Il a un univers coloré et accessible, mais le jeu a plusieurs idées dans le gameplay, surtout avec Cappy, qui permet à Mario de prendre le contrôle de ses ennemis et de son environnement. C’est facile à prendre en main et ça laisse aussi une grande place à l’expérimentation et à l’exploration. »
Nintendo n’a d’ailleurs jamais totalement refusé les expériences plus matures. Au fil des générations, la firme japonaise a régulièrement accueilli des jeux éloignés de son univers coloré habituel comme Bayonetta ou Xenoblade Chronicles. La différence, aujourd’hui, réside surtout dans leur nombre et dans leur visibilité. Pour Aurore, 34 ans et joueuse assidue de Splatoon, « avec une Switch 2 plus puissante que la première, la console peut supporter des jeux qui étaient autrefois difficiles, voire impossibles, à imaginer sur une machine Nintendo ».
Cette diversification ne remet donc pas nécessairement en cause l’ADN du géant japonais. « La chose la plus importante à noter est que les jeux comme Call of Duty ne sont pas développés par Nintendo, souligne Mohammed, fervent défenseur de la Wii U. Ils sont juste disponibles pour des plateformes capables de les faire tourner. La Switch 2 est donc la console qui permet à Nintendo de s’adresser à un public plus large, sans empêcher les plus jeunes de retrouver les personnages et les univers qui ont bercé plusieurs générations. » Un enfant peut donc toujours passer des heures sur Pikmin 4, puis quand c’est l’heure d’aller se coucher, le papa peut lui lancer une partie de Call of Duty sur la même console.
« Ces jeux n’ont rien à faire sur une console Nintendo »
Même si certains défendent l’ouverture d’esprit de Nintendo, d’autres sont bien plus pragmatiques. Pour des joueurs, comme Laurent, père de famille, voir débarquer des jeux plus trash dans l’univers Nintendo pose problème. « À la maison, tout le monde joue à la Switch, même mon petit de 7 ans. On joue ensemble à Mario Kart ou à Switch Sports, c’est ça Nintendo. Ces jeux n’ont rien à faire sur cette console. »
Les news GamingSi les parents savent généralement ce qu’ils achètent à leurs propres enfants, ils ont davantage de mal à contrôler ce que ces derniers peuvent découvrir chez leurs amis. C’est surtout ce qui inquiète Marie, jeune mère d’un gamin de 9 ans. « Je sais que des amis de mon fils ont des Switch. Mais maintenant je dois lui demander à quoi ils jouent pour être sûr qu’ils ne tombent pas dans ces jeux si jeunes. Je préférerais qu’ils s’amusent sur Animal Crossing plutôt que sur Call of Duty. »
Une chose reste sûre, Nintendo vieillit autant que ses fidèles utilisateurs. D’après un sondage de l’institut japonais Nikkei Entertainment réalisé au pays du soleil levant, l’âge moyen des joueurs de Zelda, d’Animal Crossing, de Mario ou de Pokémon oscille entre 32 ans et 35 ans. En France, le joueur moyen de jeu vidéo est une femme de 40 ans. Pas étonnant donc de voir les gamers fans de Nintendo s’intéresser à des jeux qui s’éloignent de ceux qui ont fait le succès de la firme japonaise.