Open d’Australie: «Ce n’est pas moi qui décide de jouer en soirée », Federer est-il favorisé par l’organisation?
TENNIS•Le Suisse semble bénéficier d’un traitement de faveur au moins en ce qui concerne la programmation de ses matchs…Julien Laloye
L'essentiel
- Federer jouera de nouveau lors de la session de nuit face à Gasquet.
- Un avantage certain au vu de la chaleur insupportable pour ceux qui jouent en journée.
«J’aimerais bien le jouer en journée ». Raté Richard. Le tigrounet de Sérignan espérait affronter Roger Federer sous le cagnard australien samedi pour que son lift prenne un peu mieux le rebond. Ça n’allait pas changer le fond des choses pour quelqu’un qui prend tôle sur tôle contre l’idole depuis sept ans, mais c’était perdu d’avance. A Melbourne, « Rodgeur » joue quand ça lui chante. Ça veut dire lors du fameux créneau des « night sessions », quand le fond de l’air est plus frais et le soleil en plein roupillon.
Un avantage qui fait moyennement rigoler la concurrence. Surtout quand elle s’appelle Djokovic et qu’elle est obligée de se farcir Monfils à l’heure des braves en milieu de semaine (40 degrés sur le court et des malaises en cascade). Vous voyez le problème ? D’un côté le Serbe qui perd son poids en litres d’eau quand on ne mettrait même pas un Donald Trump dehors malgré tous les services que ça rendrait à l’humanité, de l’autre un Suisse frais comme un gardon pour attaquer la deuxième semaine, un avantage bon à prendre quand on a 36 ans. Ce n’est pas personnel, Nadal aussi a eu le privilège de jouer tous ses matchs en nocturne, mais un peu quand même : l’an passé, déjà, Rodgeur avait été le joueur le mieux loti par les organisateurs alors même qu’il n’était plus dans le top 10 mondial.
Devancer ses désirs pour le retenir
Une anecdote qui parle d’elle-même : Jim Courier en monsieur loyal lui pose la question à la fin de sa victoire contre Struff. Federer lui répond (on y reviendra), et l’Américain conclut un truc du genre : « Allons "Rodgeur", avec la carrière qui est la tienne, tu as le droit de jouer quand tu veux. » On voit le topo : Federer n’en a plus pour longtemps, c’est déjà un miracle qu’il joue à ce niveau à son âge, et chacune de ses apparitions menace d’être la dernière, avec les perspectives que cela suppose : des suiveurs démoralisés, un circuit en dépression, des sponsors en fuite, des Jack Sock dans le top 10, bref, le désespoir absolu. D’où l’irrésistible tentation de dérouler le tapis rouge et même plus à sa majesté « Rodgeur » pour retarder le drame encore un peu.
Mais est-ce que c’est vrai ? On demande à Jean-François Caujolle, aujourd’hui directeur du tournoi de Marseille après avoir cornaqué Bercy. Le bonhomme connaît le sujet et connaît Federer, qu’il a réussi à attirer quelques fois dans les Bouches-du-Rhône. Ses remarques :
- Federer n’est pas une diva
« Quand il est venu chez nous, ça s’est toujours bien passé. Ce n’est pas un joueur qui a des demandes particulières. Il est préservé par son classement de fait. Comme il est toujours tête de série 1 ou 2, il bénéficie des avantages normaux. Rentrer tard dans le tournoi et jouer en soirée ». »
- Ce n’est pas lui qui décide de la programmation
« Federer peut faire des demandes, comme les autres mais il y a un superviseur qui vérifie que les joueurs ne soient pas désavantagés ou avantagés en fonction de leur tableau. Il y a un respect total de l’éthique sportive » »
- Les télévisions le veulent en prime time
« Les télévisions ne décident pas de l’ordre des matchs mais évidemment que les retombées publicitaires sont plus importantes en soirée et que les chaînes qui ont les droits veulent que ce soit Federer qui joue sur ces créneaux. Il y a un intérêt économique qu’il est difficile de nier ». »
- On doit respecter le rythme des joueurs
« Pour des joueurs de niveau, c’est important d’avoir une routine et un rythme ordonné dans les tournois. Si Federer avait joué l’après-midi, il aurait demandé à jouer à chaque fois l’après-midi pour des questions de récupération. A partir du moment où il joue la nuit, c’est le même principe ». »
Bilan ? Il n’y a pas de parti pris en faveur du Suisse. D’ailleurs, il suffirait d’une baisse brutale des températures en Australie, ce qui arrive souvent à cette période de l’année, pour que jouer en dernier se retourne contre Federer : le tennis, c’est moins marrant à une heure du mat' quand il fait dix degrés. Qu’en pense l’homme aux 20 Grands Chelems ? Il a confirmé avoir « fait part d’une préférence » pour la session nocturne, tout en se précisant qu’il ne « décidait de rien » : « Je suis parfaitement prêt à disputer mon match durant la journée. Si je vais m’entraîner à Dubaï par 45 degrés, c’est justement pour encaisser des journées comme ici à 38 ou 39 degrés ».
Voilà pour le politiquement correct. Mais ne vous inquiétez pas pour lui, Federer est bien conscient de sa grandeur.
« Est-ce que j’ai mérité cette programmation ? À 36 ans et avec ma carrière, je le crois aussi. Et puis surtout, qui pousse pour me placer en soirée, l’organisation, les télévisions ? Je ne sais pas. Mais ce n’est pas moi ». »
Pour tout dire, on connaît même quelques organisateurs de Grand Chelem prêts à aller plus loin pour devancer les désirs de « Rodgeur » : « Des écrevisses au petit-déjeuner ? Bien sûr monsieur Federer. Un nouveau règlement pour empêcher Nadal de participer ? On va voir ce qu’on peut faire. Que des Français en face jusqu’en finale ? Considérez que c’est acquis ». On en rajoute un peu, mais sûr que Guy Forget ne ferait pas de misères à Federer sur la programmation si ce dernier acceptait un dernier tour de piste à Roland-Garros.


















