Arsenal-PSG: Comment Wenger a banni la picole et le gras du vestiaire des Gunners

FOOTBALL A l'arrivée de l'entraîneur français en 1996, l'hygiène de vie des Londoniens, qui rencontrent le PSG ce mercredi soir en Ligue des champions, était déplorable...

Romain Baheux

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Arsène Wenger a banni la consommation excessive d'alcool de son vestiaire.

Arsène Wenger a banni la consommation excessive d'alcool de son vestiaire. — 20 Minutes

De notre envoyé spécial à Londres,

Arsène Wenger est Arsenal. Vingt ans après son arrivée à Londres, l’entraîneur français incarne toutes les qualités et les défauts des Gunners, opposés mercredi au PSG en Ligue des champions. Mais quand il pose les pieds dans la capitale britannique en 1996, Arsenal représente son exact contraire. D’un côté, un technicien déjà étiqueté « beau jeu », au mode de vie monacal et dont les journées commencent à 6 h par une promenade torse nu dans le jardin. De l’autre, le « Boring Arsenal » dont la réputation s’est construite à coups de 1-0 laborieux et au vestiaire composé de piliers de bar acharnés. On noircit le tableau ? Lisez plutôt.

  • De l’alcool à gogo. C’est la tradition chez les Gunners des nineties : après l’entraînement du mardi, tout le monde file au bar pour une intensive séance de binge drinking nommée le « Tuesday Club ». « Qu’est-ce qu’on a pu entendre comme histoires sur ces soirées, en sourit encore Gilles Grimandi, ancien joueur d’Arsenal. Après, ça soudait des liens très forts entre les joueurs. » A l’époque, on dit que les gosiers les plus résistants de l’effectif sont à même de se siffler trente pintes par week-end. Une moyenne loin d’être effarante dans la Premier League de l’époque, où l’hygiène de vie n’est pas une priorité pour résumer gentiment la chose.
  • Un capitaine à la ramasse. Leader sur le terrain, Tony Adams l’est aussi dans les excès à côté. Alcoolique notoire, le capitaine a purgé une peine de deux mois de prison pour avoir explosé sa voiture contre un mur en état d’ivresse. « Il s’enfermait au pub et n’en sortait pas du week-end », raconte Jasper Rees, auteur du livre Wenger, The Legend.

  • Du gras dans tous les coins. Des barres chocolatées, des burgers et des sodas, le régime du footballeur londonien de l’époque causerait une syncope au diététicien le plus tolérant. Difficile dans ces conditions de s’entraîner décemment. « Quand tu voyais comme certains étaient à la ramasse, tu te demandais comment ils allaient faire le week-end, poursuit Grimandi. Mais là, ils arrivaient toujours à te surprendre et à répondre présent. Ce qui les intéressait vraiment, c’était partir à la guerre sur le terrain le samedi à 15 h. Le reste, c’était plus aléatoire. »

Là, on se dit que c’est quand même mal barré pour un Frenchie inconnu, salué d’un ironique « Arsène who ? » par un tabloïd britannique, The Evening Standard, lors sa signature avec le club. Mais malin, Wenger va entamer sa révolution des corps en jouant sur plusieurs leviers. Tout d’abord, car le bonhomme n’a pas fondamentalement changé, par la fermeté. Priorité, changer l’assiette de l’équipe. Dès le premier déplacement à Blackburn, il bannit les sucreries. Dans le bus du retour, les joueurs chantent « Rendez-nous le chocolat », mais rien n’y fait.

Le coach vire les canettes de bière post-match du vestiaire et en arrive même à supprimer l’eau gazeuse, « qui contenait trop de bicarbonate de soude », raconte Lee Dixon, l’un de ses défenseurs. Le Français impose également davantage de repas en commun, que ce soit en semaine ou avant les matchs. « Il l’a fait par petites touches au fil des mois, souligne Gilles Grimandi, arrivé au club un an après lui. Il a été malin car s’il y avait été trop brutalement, il aurait pu aller droit dans le mur. »

A la demande du capitaine Tony Adams, Arsène Wenger revient sur sa décision de rassembler, les jours de match à l’extérieur, les joueurs à 8 h pour des étirements, les laissant se retrouver plus tard dans la matinée pour une simple promenade. Son humour pince-sans-rire et sa finesse d’esprit lui servent aussi. Quelques mois après son arrivée, lors d’un stage à l’étranger, les cadres viennent lui demander l’autorisation de boire une bière.

« Arsène nous a dit oui. Le soir, tous les joueurs se sont retrouvés au bar de l’hôtel et là, le coach arrive et pose une pinte sur la table. Et il nous dit : "Vous vouliez boire une bière, la voici", s’amuse Dixon, dans les colonnes de L’Equipe. Bon finalement, il nous a quand même laissés commander… Mais une bière chacun, pas plus. »

« Plus en forme que les autres en fin de match »

Mais si la forme était réfléchie, tout ça n’aurait jamais tenu si les résultats n’avaient pas suivi. Et pour ça, Wenger décide de métamorphoser le jeu de son équipe pour s’en rapprocher des Gunners très joueurs que l’on connaît aujourd’hui. Ça fonctionne, puisqu’Arsenal, qui commence alors son internationalisation, accroche le podium de Premier League dès sa première saison et s’offre un doublé coupe-championnat la saison suivante.

« Ces nouvelles méthodes leur ont donné un avantage sur la concurrence. C’est simple, ils étaient simplement plus en forme que les autres en fin de match, glisse Jasper Rees. Wenger a aussi promis aux anciens joueurs comme Adams, Dixon ou Winterburn qu’ils allongeraient leur carrière s’ils écoutaient ses conseils. » Pour certains, c’est même allé plus loin que ça. Débarrassé de ses démons, Tony Adams a ouvert une clinique où l’on traite les addictions des sportifs. La perspective aurait bien amusé le comptoir du Tuesday Club.