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Coupe du monde de rugby : «Les joueurs sont de plus en plus massifs »

Coupe du monde de rugby : «Les joueurs sont de plus en plus massifs »

RUGBYLe centre gallois se confie sur l’évolution physique du rugby de haut niveau…
Julien Laloye

Julien Laloye

De notre envoyé spécial à Cardiff,

Cet entretien avec Jamie Robert a été réalisé au mois de mai dernier, mais il est d’une étonnante actualité après la série de blessure inédite que connaissent les équipes engagées dans la compétition, notamment le Pays de Galles, particulièrement touché par les coups durs. Le nouveau centre des Harlequins raconte la transformation physique du rugby professionnel à travers sa propre expérience.

Quel était votre gabarit quand vous avez commencé le rugby chez les pros ?

J’étais un petit gars tout maigre (rires). J’ai grandi d’un coup et à 16 ans, je faisais déjà deux mètres et du coup j’étais comme ça (il montre son petit doigt).

Comment vous êtes vous « transformé » ?

Quand J’ai commencé sérieusement le rugby, à 18 ans, je me suis mis à faire de la musculation à l’académie, à Cardiff. Cinq ou six séances par semaine tant que j’étais encore étudiant en médecine. Mon corps a connu beaucoup de changements entre mes 18 ans et ma première année pro à Cardiff. J’ai été replacé au centre alors que je jouais à l’arrière, alors il a fallu ajouter la puissance à l’agilité pour évoluer à ce poste.. J’ai pris beaucoup de poids. Je suis passé de 80 kilos à 105 kilos en trois ans. J’ai perdu de la vitesse, mais j’avais besoin d’être plus puissant.



Aimez-vous votre nouveau corps ?

Bien sûr ! J’aime ma silhouette. Mais il faut l’entretenir, surtout du haut, sinon on perd de la musculature très rapidement et on risque de blesser.

Comment l’entretenez-vous, justement ?

Il faut manger beaucoup, déjà. Je déjeune tous les jours au centre d’entraînement. Je prends des œufs, du saumon fumé jambon, du jus d’orange, un avocat, des épinards. Ensuite, après l’entraînement, des protéines. Ce que vous appelez les compléments alimentaires, c’est bien ça. C’est de la poudre que je mélange. Je fais ça deux ou trois fois par jour, depuis que j’ai 18 ans. Et puis il y a la musculation, bien sûr. Deux ou trois séances d’une heure par semaine.

Est-ce que cela suffit à supporter les chocs ?

De moins en moins (sourire). Mais c’est l’âge qui veut ça. J’ai 28 ans, 70 sélections, je joue au haut niveau depuis 8 ans, ça devient de plus en plus difficile. Maintenant il faut que j’arrive à me ménager pour éviter les opérations. Je me suis déjà fait opérer au genou, à la cheville, au poignet…

Vous avez mal partout après une rencontre ?

Oui. Je me rappelle d’un match contre l’Irlande dans le VI nations qui avait été si dur physiquement que je n’avais pas pu m’entraîner avant le vendredi de la semaine d’après ! Dans ces cas-là, tu fais du vélo d’appartement et tu essaies de récupérer.

Le rugby est-il devenu trop brutal ?

Les gars sont de plus en plus massifs, et ce à tous les postes. En top 14, tu joues contre Toulon, Brive, ou Oyonnax, il n’y a pas que les avants qui font mal. Les trois quarts aussi sont des armoires !

Vous n’avez jamais peur d’aller au contact ?

Ça ne me traverse jamais l’esprit de me dérober, pour moi le rugby c’est d’abord un sport de contact. Si dans la tête si tu as peur d’y aller, le match est perdu avant même de commencer.

Vous arrive-t-il de ne pas avoir envie de rentrer sur le terrain parce que vous vous sentez fatigué ?

C’est sûr qu’on ne joue pas beaucoup de matchs à 100 %. Cette saison (l’entretien a été réalisé début mai, ndlr), j’en suis déjà à 25 matchs, 9 avec le Pays de Galles et peut-être 15 ou 16 avec le Racing. Evidemment je ne joue pas les 80 minutes à chaque fois, mais il y a encore les phases finales, la Coupe du monde… Si j’ai deux semaines de vacances entre les deux je serai content !

Jusqu’à quand pensez-vous pouvoir évoluer au plus haut niveau ?

Je me donne encore deux ou trois ans, si les blessures me laissent tranquille. Mais il ne faudrait pas que je joue plus de 30 matchs par saison, sinon je n’y arriverai pas.

Prenez-vous toujours autant de plaisir à jouer ?

C’était un autre sport quand j’ai commencé. Le temps qu’on passe avec le ballon a diminué. Au centre les défenses montent tellement vite, on n’a presque pas de temps de toucher la balle. Mais il y a d’autres satisfactions. Je suis le leader de la défense avec le Pays de Galles, et j’adore ça ! J’aime le combat physique et j’aime gagner le combat dans la tête.