Naples-Nice: «Exalté, possédé, passionné»... Daniele Bellini, roi des speakers, roi du Napoli
FOOTBALL•Le speaker du Napoli est une star dans la capitale du sud...Aymeric Le Gall
Le décor n’est pas aussi prestigieux que la Scala, le public n’y est pas aussi discipliné ni raffiné, mais dans le stade San Paolo de Naples, le spectacle donné lors de chaque représentation n’a rien à envier en termes d’émotions aux opéras milanais.
Et comme à Milan, le San Paolo a lui aussi sa cantatrice. Si elle ne porte pas de costume grandiose et n’est pas dissimulée derrière des couches de fard à paupières, elle sait tout de même émerveiller l’oreille. Elle, ou plutôt lui, c’est Daniele Bellini. Surnommé Daniele « Decibel » Bellini, le speaker du Napoli est au moins aussi célèbre dans la capitale du Sud que ne le sont les Hamsik, Mertens ou Insigne.
Avec son puissant organe, armé de son meilleur pote le micro, ce Napolitain pur jus accompagne chaque but des azzurri par une série de cris à vous réveiller les morts. Rendu célèbre grâce à ses vidéos devenues virales sur Youtube, Daniele Bellini est sans aucune contestation le speaker le plus renommé de toute la planète foot. Et à l’heure où les Niçois vont plonger tête baissée dans l’enfer du (deuxième) volcan napolitain, on est allés demander aux speakers français ce qu’ils pensaient de leur confrère.
Bellini, le mec plus ultra des micros
Pour Grégoire Godefroy, animateur radio au Mouv’et speaker du Red Star depuis deux saisons, Daniele Bellini est « LA référence des speakers. Sa manière de faire le job est à l’italienne : exaltée, possédée, passionnée. Si être speaker c’est mettre le stade en feu, alors oui, c’est le meilleur des speakers. Il a vraiment un truc à lui qui le rend quasi indispensable aujourd’hui. Il fait partie de l’expérience d’aller voir un match au Napoli. »
« En termes de communion avec le public sur les buts, je pense que c’est ce qui se fait de mieux, confirme Adam Roussy, ancienne voix du Stade Français et grand fan de foot. L’intensité et l’émotion qu’il met sont tellement sincères qu’on est obligé d’avoir des frissons quand on le voit faire. »
A voir son visage avant de scander le nom du buteur (Ici, Hamsik), Bellini a la pression.
« C’est fou de voir un tel partage, une telle ferveur entre le speaker et le public. Personne ne peut rester insensible à ça, c’est magique », lâche pour sa part Fabrice Mauro, le speaker de l’ OGC Nice depuis quatre ans, qui affrontera à distance le speaker de Naples en Ligue des champions cette semaine. Comme Bellini, il se définit aussi comme un « speaker-supporter ». C’est peut-être aussi ça qui joue dans le degré de communion entre l’homme au micro et son public.
Le speaker des Girondins de Bordeaux et de l’équipe de France Espoirs, Eric Dagrant, qui a eu la chance de voir le maestro à l’œuvre lors d’un Naples-Juve la saison dernière, développe cette idée.
« C’est un véritable chef d’orchestre, il a réussi à avoir 60.000 personnes derrière lui. J’ai fait des stades au Brésil et en Argentine et j’ai rarement vu une telle communion entre un speaker et son public. Ce type-là il aime son club, ça se sent. Dès qu’il prend le micro et qu’il annonce la compo de Naples, il se passe un truc dans le stade, ça fait partie du folklore. » »
« C’est devenu une idole car il a son style à lui, qu’il est 100 % napolitain et que c’est un tifosi du club comme tous les gens présents au stade », explique à son tour Greg Godefroy.
« On ne peut pas avoir la même folie pour un but de Souquet contre Troyes »
Comme chaque maître dans sa discipline, Daniele Bellini a fait des émules en Europe. La France n’y a pas échappé. Dans la plupart des stades de Ligue 1 ou de Ligue 2, les speakers répètent de plus en plus souvent le prénom du buteur par trois fois, avant d’être repris (avec plus ou moins de succès) par le public. Ça, c’est la patte Bellini.
« Je le dis sans rougir, je lui ai pris sa manière de scander le nom des buteurs, admet Dagrant. Jusqu’à la saison dernière, je le faisais avec des joueurs comme Rolan par exemple. Deux fois normales, et la dernière je découpe en syllabe. » La marque de fabrique de Bellini, son fameux « style » dont parlent nos témoins, c’est ça : répéter à plusieurs reprises le prénom du buteur, en terminant par un découpage des syllabes lors de la dernière incantation.
Avant de devenir un traître obèse aux yeux des Napolitains, Gonzalo Higuaïn était le chouchou du San Paolo et de Daniele Bellini.
Mais comme c’est souvent le cas, la copie ne vaudra jamais l’original. Pour le speaker du stade Bauer, l’explication est simple : « Pour moi, c’est impossible de faire en France ce qu’il fait au Napoli parce qu’on n’a tout simplement pas la même culture foot. En France, la majorité des gens qui vont au stade sont des spectateurs et non de véritables acteurs du match. »
Car pour avoir un rendu parfait, il faut que le public suive son speaker. Sinon, ça peut tourner au ridicule. Fabrice Mauro :
« Quand on fait scander le nom d’un joueur et qu’il y a deux pelés qui le reprennent parce que Laval a marqué contre Orléans devant 6.000 personnes, franchement on touche au grotesque. Et puis il faut relativiser, quand Bellini fait son show, il y a 60.000 personnes au stade, c’est Naples-Dortmund en Ligue des champions, c’est un but d’Higuain. On ne peut pas avoir le même rendu ou la même folie pour un but de Souquet contre Troyes. C’est sans commune mesure. Il y a tout un contexte derrière. » »
« Avec le Red Star l’année dernière, à Jean Bouin, ça sonnait parfois vraiment creux donc je n’allais pas répéter un nom dix fois de rang. Déjà deux fois, bon… Quand tu lances un nom, que tu espères que les gens reprennent et que ce n’est pas le cas oui t’as vraiment l’air d’un con (rires) », se marre l’animateur du Mouv.
Petit bémol
Si tous nos témoins admirent le show Bellini, ils sont moins chauds en revanche pour dire que c’est un modèle. Eric Dagrant, lui, l’a vu en action. Et il confirme : « Bellini n’est pas du tout, à mon sens, dans une logique professionnelle. Autant j’ai de l’admiration de voir comment le public le suit, autant dans son métier, intrinsèquement parlant, il ne fait rien. Il ne fait aucune annonce publicitaire, pas d’informations, il ne fait pas de face caméra, il ne fait pas d’annonce particulière. En fait, son rôle, et il le fait très bien, c’est l’annonce des compos et des buts, c’est tout. »
Loin de critiquer le phénomène vocal, la voix des Girondins conçoit simplement son métier de façon plus globale. C’est d’ailleurs pour ça qu’il n’est pas fan du terme « speaker », auquel il lui préfère celui de « maître de cérémonie ». MC Dagrant : « Ça peut donner l’impression qu’on se branle en disant ça, mais pas du tout. C’est juste que speaker ça ramène à l’image caricaturale du mec qui braille dans le micro pour la composition des équipes et sur les buts et qui encourage comme s’il était à la fête foraine. » C’est justement pour ça qu’on aime celui du Napoli.


















