Souleymane Sylla et son avocat Jim Michel-Gabriel au Palais de Justice de Paris, le 3 janvier 2016.
Souleymane Sylla et son avocat Jim Michel-Gabriel au Palais de Justice de Paris, le 3 janvier 2016. - BERTRAND GUAY / AFP

« C’est tout au bout à droite puis au premier étage. » Le personnel de l’accueil du Palais de Justice de Paris aurait tout aussi bien pu nous recommander de suivre la horde de journalistes présents sur les lieux pour indiquer la voie à suivre jusqu’à la 14e chambre du Tribunal de grande instance de Paris. Devant la porte de la salle où se déroulera plus tard l’audience, on parle beaucoup français et (seulement) un peu anglais. Une journaliste du Guardian s’en étonne presque, regrettant que l’affaire ne soit plus assez suivie au Royaume-Uni.

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Loin de « l’hystérie complète » dans laquelle se trouvait la presse britannique au début de l’affaire, comme décrit par l’avocat de l’un des prévenus, c’est même dans un climat serein (le président a réussi à caser un joli « allons droit au but » après le rappel des faits) que s’est déroulé le procès des quatre supporters de Chelsea, condamnés à des peines de 6 à 10 mois d’emprisonnement avec sursis dans le cadre de l’affaire dite Souleymane.

Ces derniers ont été reconnus coupables d’avoir empêché Souleymane Sylla de monter dans une rame de métro avant d’entonner un chant raciste à son égard, le 17 février 2015.

Psychologue, insomnie et vie de couple perturbée

De quoi soulager une victime qui espère pouvoir « tourner la page » pendant ses vacances imminentes au Sénégal. « Justice a été faite », a déclaré Souleymane, au terme d’une audience qui a vu son avocat, Me Michel-Gabriel, raconter le calvaire d’un homme « atteint dans sa dignité » pendant mais aussi après l’incident.

« Pendant 18 mois, M. Sylla n’a pas pu vivre normalement. Il n’a pas pu prendre les transports en commun pendant neuf mois. Cet événement a créé des tensions dans son couple. Sa femme ne comprenait pas pourquoi il avait des insomnies, pourquoi il dormait sur le canapé. »

Et la victime de renchérir en parlant de ses passages chez son médecin traitant, mais pas seulement. « J’ai aussi été obligé de consulter un psychologue. Je n’arrivais plus à dormir. Je suis bouleversé à cause de ces gens », dit celui à qui la triple diffusion de la scène par vidéo pendant l’audience a ravivé « de mauvais souvenirs ». Souvenirs qu’il est ensuite contraint de faire resurgir à la demande du président, soucieux de connaître la vision exacte de M.Sylla sur l’incident.

« Le mot raciste ressortait. [Un des supporters] me montrait la couleur de sa peau comme ça », décrit-il, en pointant son visage du doigt. Bien que non anglophone, il ne faisait aucun doute pour Souleymane qu’il était à ce moment précis victime d’une attaque raciste, bien qu’aucune image officielle n’ait pu le confirmer. « Je n’ai eu aucun geste raciste », a pour sa part nié le présumé responsable du geste.

« Le métro était bondé, il faisait chaud »

Sur le banc des accusés, seuls James F. et Joshua P., la mine timide dans leur costume cintré ont répondu présent. Le contraste entre leur dégaine de témoin de mariage aux cheveux gominés et l’image de supporters hébétés chantant fièrement leur intolérance à coups de « we are racist, we are racist, and that’s the way we like it » (« nous sommes racistes, nous sommes racistes et on aime ça ») deux ans plus tôt en est saisissant voire étonnante.

 

C’est d’ailleurs sur cet argument que repose une partie de la défense de Joshua P. : ça ne colle pas avec lui, ce Britannique « toujours poli » et dont « deux camarades de dortoir non-blancs » contactés par son avocat ont juré qu’il n’était pas raciste.

De fait, ou du moins à en croire la version des faits soutenue parles deux Britanniques, Souleymane Sylla a été violemment poussé hors de la rame qui stationnait à Richelieu-Drouot comme aurait pu l’être n’importe quel usager en des circonstances similaires. Joshua P. :

« Le métro était bondé, il faisait chaud. Derrière nous, ça poussait fort. M. Sylla qui est plus grand que moi a essayé de rentrer brusquement. Je l’ai repoussé mais je ne lui ai pas parlé. Il n’y avait rien de raciste à ce moment-là. Ceux qui ont commencé à chanter n’ont même pas vu M. Sylla. Les chants ont commencé 20 à 30 secondes plus tard et n’avaient rien à voir avec le fait d’avoir poussé Souleymane Sylla. »

Trop grosse, trop bien démontée par la procureure, trop tout, la théorie de la malheureuse coïncidence n’aura convaincu personne et fait rire jaune un Souleymane qui, s’il a reçu avec satisfaction les excuses d’un des accusés, regrettera toujours qu’aucun d’entre eux n’ait admis le caractère raciste de l’agression.

« Que voulez-vous… C’est ainsi », a-t-il conclu avant de repartir soulagé dans l’ombre des escaliers du Palais de Justice au côté de son avocat et au son du crépitement des appareils photo.

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