Y a-t-il « plus de 50 % d’offres d’emploi illégales » sur France Travail, comme l’affirme la CGT Chômeurs ?
FAKE OFF•Dans un communiqué publié le 29 août 2024 sur son site, la CGT Chômeurs déclare que plus de la moitié des annonces sur France Travail seraient « mensongères, illégales ou frauduleuses »Youssef Zein
L'essentiel
- La CGT des chômeurs a réalisé une étude affirmant que plus de 50 % des offres d’emploi sur France Travail seraient « bidons », alors que France Travail estime ce taux à seulement 7 %.
- La méthodologie de l’étude de la CGT, qui a analysé 1 844 offres dans 11 villes et 3 secteurs, est contestée par France Travail, qui a réalisé la sienne sur un échantillon national, toutes activités confondues.
- Les deux parties divergent également sur la provenance des offres et sur la question de la légalité de certaines offres.
Sur France Travail, les chercheurs d’emplois auraient plus d’une chance sur deux de tomber sur une offre bidon. C’est ce qu’affirme Pierre Garnodier, secrétaire général de la CGT Chômeurs, dans une interview accordée à l’Humanité. Un propos qui fait suite à une étude communiquée par le syndicat le 29 septembre 2024.
Accélérez votre recherche d'emploi avec 20 Minutes & JobpassPour ce faire, la CGT a passé au crible 1844 offres d’emploi dans onze ville et dans divers secteurs : industrie, santé et services à la personne. Sur X (anciennement Twitter), une vidéo « making-of » accompagne l’étude. Des données aux antipodes de celles communiquées par le service de recherche d’emploi. Bien loin des chiffres avancés par le syndicat, une étude datant de 2023, commandée par France Travail, montre que ces offres trompeuses ne représenteraient qu’environ 7 % du total des annonces en ligne.
FAKE OFF
La CGT s’est basée sur l’article L5331-3 du Code du travail pour détecter ces anomalies. Ce texte interdit la communication par tout moyen d’offres d’emploi comportant « des allégations fausses ou susceptibles d’induire en erreur » tels que l’existence et la nature dudit emploi, la rémunération ou encore le lieu de travail.
A partir de là, la Confédération a distingué trois types d’annonces : celles dites « mortes », publiée par un partenaire privé et amenant vers un lien inexistant, celles « mensongères » dont la durée du contrat ou l’intitulé du poste est différent du descriptif, les mêmes offres, partagées plusieurs fois sur des liens différents et enfin les annonces « frauduleuses ». Concernant ces dernières, la CGT suspecte une manœuvre des boîtes d’interim pour constituer des listes de candidats.
Pierre Cardonier voit derrière ce taux de fausses annonces une façon de « tronquer la réalité et renforcer le contrôle de la recherche d’emploi » par « l’argument d’autorité du nombre d’emplois disponibles ». Pour tirer les choses au clair entre ses résultats et ceux de l’étude France Travail, le syndicat déclare avoir demandé à maintes reprises la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) de produire un document indépendant.
Chaque fois, Pierre Cardonier affirme avoir reçu des fins de non-recevoir. « C’est éminemment politique. L’argument de la DGCCRF consiste à dire qu’il n’y a pas de lien entre France Travail et ces annonces, émanant de partenaires privés. Pourtant, en s’en faisant le relais, France Travail pourrait être à lui seul mis en cause. »
Une différence méthodologique
France Travail dément fermement ces chiffres, affirmant que la légalité des offres d’emploi publiées est une « priorité ». Aussi, le service public conteste la méthodologie employée par le syndicat. Là où l’étude CGT porte sur 1844 offres localisées dans un nombre de villes limitées et sur des secteurs limités (services à la personne, santé et industrie), le panel de l’étude France Travail est réalisé sur la base d’un échantillon représentatif des offres publiées dans la France entière, tout secteur d’activité, avec tirage au sort aléatoire.
Pour produire son document, France Travail affirme mener ses études via un cabinet indépendant, là où celui de la CGT ne bénéficie « de constat ''externe'' de fiabilité ».
Des postulats contradictoires
Outre les différences méthodologiques, les deux entités sont parties sur des postulats différents. Dans sa déclaration, la CGT déclare que 80 % des offres disponibles seraient issues de partenaires privés, tels qu’HelloWork. France Travail conteste là encore, parlant plutôt de 70 % maximum : « En 2023, 12 millions d’offres d’emploi ont été diffusées. Parmi elles, un tiers des offres sont confiées par les entreprises à France Travail via un conseiller entreprise ou sur le site. Les deux tiers des offres restantes proviennent de partenaires avec des entreprises ou des sites emploi. »
Concernant les annonces publiées à plusieurs reprises, France Travail affirme que « la publication d’une même offre sur plusieurs canaux n’est pas illégale ». Là-dessus, le service s’estime irréprochable et considère qu’il y a des amalgames faits par la CGT entre « la qualité d’une offre et sa légalité » : « Concernant les offres affichées en CDI qui seraient en fait des contrats d’interim ou des CDD, France Travail rappelle qu’il ne détient pas de prérogatives juridiques pour vérifier la conformité du contrat de travail à l’offre d’emploi publiée. »
En définitive, il est impossible d’affirmer que plus de 50 % des offres d’emploi sur France Travail sont « bidons ». Non pas que le chiffre soit forcément exagéré, mais le syndicat et France Travail ne s’accordent ni sur le postulat et la méthodologie, ni sur la sémantique. Il va falloir rester en attente d’une étude indépendante, avant de se prononcer davantage.


















