Pourquoi sommes-nous de moins en moins fidèles en entreprise ?
relations courtes•Les salariés ne se voient plus faire de vieux os dans une seule et même entrepriseYoussef Zein
L'essentiel
- D’après une étude, les salariés, particulièrement les jeunes, ne souhaitent plus rester longtemps dans la même entreprise.
- Ils sont désormais à l’affût d’opportunités ailleurs ; un tiers d’entre eux sont même prêts à partir dans les six mois suivant leur embauche.
- 20 % des cadres interrogés qui ont changé au moins deux fois d’employeur reviennent chez l’un d’entre eux.
Sur le marché du travail, les relations longues n’ont plus la cote. D’après une enquête menée par Ipsos en 2024, les actifs interrogés ne se voient pas rester plus de dix ans dans la même boîte. En 2023, c’était quatorze ans. Les carrières sédentarisées ne séduisent plus, ou moins, en tout cas. Ce constat est d’autant plus vrai pour les jeunes générations, qui ne se voient pas dépasser sept ans au sein de leur entreprise actuelle. Au début des années 2000, il n’était pas rare qu’un salarié fasse l’intégralité de sa carrière dans la même structure.
Accélérez votre recherche d'emploi avec 20 Minutes & Jobpass« L’environnement et les mentalités ont évolué ; l’apparition des contrats courts et d’intérim a changé la donne. Par exemple, le CDI intéresse de moins en moins les jeunes », explique Philippe Caquet, fondateur du cabinet de conseil Boost’RH. Avant d’ajouter que « les générations précédentes étaient très attachées à leur stabilité, qui leur garantissait la propriété immobilière ou une voiture. Les jeunes sont beaucoup moins matérialistes et attachés à ces idées. »
La loyauté au placard
Presque les trois quart des interrogés restent à l’écoute de nouvelles opportunités pour voir si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Un tiers du panel se dit même prêt à voler vers d’autres cieux… dans les six mois qui suivent leur embauche. Le coronavirus n’est pas pour rien dans cette évolution : « La recherche de l’équilibre pro-perso est aujourd’hui essentielle. Depuis le Covid, on a vu des collaborateurs prêts à renoncer à des postes très fructueux pour bénéficier, par exemple, de télétravail à 100 % », ajoute Philippe Caquet.
Il faut aussi garder en tête que les jeunes ont des attentes très différentes vis-à-vis du travail, comme le montre le baromètre du groupe ISC Paris publié en début d’année. « Pour beaucoup, ils ont été déçus par les entreprises de leurs parents. Ils les ont vus tout donner et se faire jeter comme des malpropres », constate Philippe Caquet.
Des retrouvailles fréquentes
Si les salariés sont plus volatils qu’autrefois, ils n’en demeurent pas moins tentés de faire un jour leur grand come-back. D’après l’étude, 20 % des cadres du pays qui ont changé au moins deux fois d’employeur reviennent chez l’un d’entre eux. On parle de « salariés boomerangs ».
Mais les entreprises n’ont pas l’air particulièrement l’air d’agir en « ex jaloux » vis-à-vis de ces boomerangs : « Les recrutements sont dans une telle tension que les entreprises ne peuvent pas se permettre de refuser ces profils par pure rancœur. Au contraire, elles ont intérêt à l’accepter. Le retour de ce collaborateur est à lui seul une preuve que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs », observe le fondateur de Boost’RH.
Il y a donc un vrai intérêt à soigner leur départ : d’après le sondage, sur les 83 % des cadres qui déclarent avoir apprécié leurs dernières heures en entreprise, près des deux tiers ne sont pas contre l’idée de la réintégrer un jour. Les ruptures peuvent être compliquées, mais les retrouvailles sont encore plus belles.


















