Parler de santé mentale au travail, un tabou pour une majorité de Françaises
OMERTA•Pourtant davantage touchées que les hommes, peu de femmes acceptent de se confier en entrepriseYoussef Zein
L'essentiel
- Selon une étude d’Indeed de novembre 2023, plus de 50 % des femmes ne se sentent pas capables d’en discuter avec leur hiérarchie.
- Ce silence s’explique par la réalité du marché travail, où les femmes sont encore discriminées à cause de leur situation personnelle.
- Pourtant, ne pas oser en parler est problématique : en 2023, près d’un quart des arrêts maladie est lié à des troubles psychologiques.
Les femmes osent peu s’ouvrir en entreprise sur leur santé mentale. Pourtant, le Covid a délié les langues autour de ces problématiques. Et dans son rapport du 8 mars, journée internationale de la femme, Santé publique France pointait que ces troubles touchaient davantage les femmes que leurs homologues masculins. Mais dans une récente enquête Indeed, plus de 50 % des sondées avouaient ne pas se sentir capables d’en discuter avec la hiérarchie.
Environ 28 % d’entre elles confessent même être très mal à l’aise à la simple idée de le faire. Pire encore, 71 % des 18-24 ans interrogées sont silencieuses, alors que ces « zoomeuses » sont d’autant plus sensibles à cette dégradation de la santé mentale. L’étude souligne que ce climat peu propice au dialogue pourrait directement avoir un effet sur l’attractivité des boîtes.
Derrière ce silence, la réalité sexiste du marché du travail
La loi du silence n’est hélas pas irrationnelle. La situation maritale ou personnelle des femmes est toujours un facteur de discrimination sur le marché du travail. En 2022 encore, la défenseure des droits Claire Hédon pointait que plus de 3 % des saisines qu’elle recevait provenaient de femmes discriminées en entreprise, du simple fait de leur grossesse. Elles sont logiquement beaucoup plus frileuses à l’idée de se confier en entreprise sur leur santé mentale.
Près de la moitié des répondantes au sondage Indeed craignent que s’ouvrir à ce sujet donne à leur supérieur l’impression qu’elles sont moins compétentes que leurs collègues. Elles redoutent aussi que ces confessions ne les privent d’une promotion ou d’une augmentation. « En parler c’est déjà se soigner », titrait Santé publique. Il est dans l’intérêt de tous de libérer la parole en entreprise : d’après l’assureur AXA, près d’un quart des arrêts maladies en 2023 fait suite à des troubles mentaux.


















