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Les professionnels du hip-hop envoient valser les diplômes d’État
profs en colère•Des députées font examiner à l’Assemblée nationale une proposition de loi sujette à controverses. Elle rendrait obligatoire un diplôme d’Etat pour les professeurs de danse hip-hopYoussef Zein
L'essentiel
- Deux élues proposent une loi pour imposer le diplôme d’Etat aux professeurs de danse hip-hop. Le texte sera examiné par l’Assemblée nationale ce mercredi 6 mars
- Mécontents, les acteurs du milieu ont lancé en octobre dernier une pétition qui comptabilise plus de 11.000 signatures.
- Les professeurs craignent que cette obligation affaiblisse le secteur en effectifs
Les profs de danse hip-hop ne sont pas prêts à suivre la chorégraphie. Ce mercredi 6 mars, la proposition de loi 1149, portée par les députées Fabienne Colboc (Renaissance) et Valérie Bazin‑Malgras (LR), sera examinée devant l’Assemblée nationale. Les professeurs de danse hip-hop pourraient se voir dans l’obligation de passer un diplôme d’Etat (DE) pour exercer leur métier. Depuis son annonce en avril 2023, ce texte suscite une vive contestation dans le milieu, si bien qu’une pétition de mécontentement lancée en octobre 2023 a recueilli plus de 11.000 signatures.
Pour l’heure, le DE est obligatoire depuis 1989 pour enseigner les danses classiques, contemporaines et modern jazz. Une façon selon les élues de valoriser le métier tout en assurant une réelle garantie de qualité et de sécurité aux élèves. Mais d’après Kambod, professeur de danse hip-hop depuis 2004, on ne peut pas mettre sur le même plan le hip-hop et le soumettre à un tel formalisme : « depuis plus de quarante ans, notre discipline vit avec son propre écosystème et ses écoles. Le genre regroupe tellement de danses différentes qu’il ne peut pas être cadré par les institutions. » Et il est clair qu’entre smurf, krump ou encore breakdance, les variations ne manquent pas. Inquiets, les profs montent au créneau.
Un milieu fragilisé
L’entrave au caractère spontané du hip-hop n’est pas le seul souci pointé. Si le DE devenait une figure imposée, Kambod prédit une pénurie d’enseignants : « Beaucoup d’entre eux ont une activité professionnelle en complément et n’auront pas le temps de passer ce diplôme. » Mais encore, l’accès-même audit diplôme est selon lui problématique : « Ça va fragiliser tout un tissu, l’accès pour les jeunes générations va être compliqué. Le prix indiqué par les députées pour passer le DE est de 450 euros, en sachant que plus de 4.000 euros devront ensuite être pris en charge par le contribuable. »
Une sécurité prétendument en berne
Selon les députées, cette proposition de loi tire sa légitimité d’une consultation des acteurs du milieu effectuée depuis 2021. Cependant, une source anonyme conteste le sérieux de ce concours : « Les élues ont évoqué des assises du hip-hop, qui n’ont jamais eu lieu. Tout a été fait de façon discrète. De plus, on sait que le rapport de l’association ON2H (pour “organisation nationale de hip-hop”) sur lequel s’appuient les députées, n’a convoqué que 50 acteurs, dont 28 acteurs en visioconférence. Ça n’est pas honnête. »
Mais l’un des points avancés par les élues était la protection de l’intégrité physique des pratiquants. Face à cet argument, Annique Arnold, fondatrice et responsable pédagogique de la formation au métier de danseur interprète à la Paris dance school, reste sceptique. Pour elle, toutes les danses hip-hop sont ici assimilées au break, qui de par son essence acrobatique présente effectivement davantage de risques : « La grande majorité des danses hip-hop ne présente aucun risque car elles sont respectueuses de la normalité du corps, contrairement aux danses classiques. Depuis 1982, ce travail de transmission s’est opéré sans problèmes majeurs de blessures », argue-t-elle. Dans le sillage des JO de Paris où le breakdance fait sa première comme discipline olympique, les profs préfèrent danser à leur propre rythme.



















