Donner son numéro de téléphone personnel à ses salariés… Une bonne idée ?
Allô, patron ?•Le directeur général d’Adidas a affirmé avoir donné son numéro de téléphone à tous ses employés pour solliciter leurs suggestions. Cette idée devrait-elle être reprise en France ?Youssef Zein
L'essentiel
- Le directeur général d’Adidas a donné son numéro de téléphone portable à ses salariés et sollicite leurs suggestions dans la gestion de l’entreprise
- Ce management est avant tout un coup de communication pour Adidas
- En l’état, ce management reste difficilement envisageable en France
A star is Björn. Björn Gulden, le directeur général d’Adidas, a fait parler de lui la semaine dernière, quand il a annoncé avoir donné son numéro de téléphone personnel à l’ensemble de ses 60.000 salariés. Il a sollicité leurs retours, avis et recommandations sur les améliorations à apporter dans la gestion de l’entreprise. Selon ses dires, cette trouvaille a en partie permis à Adidas de retrouver la pente ascendante en 2024. Alors, idée de génie à appliquer dans toutes les boîtes ou simple coup de com' ?
Des différences culturelles rendant la chose peu réaliste
Sur le plan culturel, il n’est pas sûr que la greffe prendra sur le marché du travail français. La philosophie managériale de Björn Gulden s’inscrit dans une vision très anglo-saxonne de la hiérarchie : « En France, on a une perception du manager assez vieille école et verticale. Il suffit de voir la marche arrière sur le télétravail depuis la fin de la crise Covid », indique Arnaud Robert, fondateur de RGPD-Experts, société spécialisée dans l’accompagnement et la formation à la protection des données. Cette idée de différence culturelle est partagée par Jean-Christophe Villette, directeur général du cabinet de conseil Ekilibre : « Nous sommes quand même issus d’une tradition plus prudente quant au mélange entre coordonnées privées et professionnelles. »
Cette mobilisation des données personnelles des effectifs peut justement amener à de nombreuses dérives que pointe Jean-Christophe Villette : « Il ne faut pas que les propos du collaborateur lui soient renvoyés en boomerang pour le pénaliser ou qu’on lui soumette une obligation à collaborer ». Mais au-delà de ces considérations culturelles, cette annonce est moins novatrice qu’elle en a l’air.
Derrière ce management supposément révolutionnaire, un joli coup de communication
Car oui, ce management et son côté tape-à-l’œil restent avant tout une opération de communication : « C’est certain que c’est un coup à faire le buzz. Derrière ces propos du directeur général d’Adidas, il faut s’interroger sur les modalités concrètes de mise en œuvre de cette mesure et la façon dont les collaborateurs en ont été informés », explique Arnaud Robert. Cette déclaration fait du bruit parce qu’elle est inédite pour les firmes de cette envergure. Mais d’après Jean-Christophe Villette, le fait est beaucoup plus commun que ne le laisse supposer cette annonce : « Dans les grandes entreprises, c’est très nouveau. Dans les faits, ça existe dans presque toutes les petites et moyennes entreprises. C’est une initiative qui peut être positive si elle est faite comme “Le grand dialogue” qu’avait entrepris La Poste entre ses dirigeants et l’ensemble des postiers pour qu’ils partagent leurs réclamations et suggestions ».
Cette accessibilité-là est symbolique. Mais à travers cette annonce, Adidas souhaite activer un levier rapide de transformation de son organisation : « C’est une opportunité de décomplexer les personnes pour qu’elles remontent des problèmes. Mais il faut la garantie qu’elles soient entendues », précise Jean-Christophe Villette. Pour l’heure, cette méthode semble donc difficilement applicable dans nos frontières : le 06 du PDG de 20 Minutes pour tous ses salariés, ça n’est pas pour demain.



















