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Anna Wintour quitte « Vogue » : À quoi pourrait ressembler la fiche de poste pour la remplacer ?
Après 37 ans à la tête de « Vogue USA », Anna Wintour a quitté la direction du magazine pour se concentrer sur la marque mondialeC.W. avec AFP
L'essentiel
- Après 37 ans à la tête de « Vogue USA », Anna Wintour a quitté la direction du magazine pour se concentrer sur la marque mondiale.
- Supervisé par Anna Wintour, un nouveau poste de chef du contenu éditorial sera créé pour lui succéder.
- Expériences, profil, compétences… A quoi va bien pouvoir ressembler la fiche de poste pour la remplacer ?
Bonne nouvelle sur le marché du travail : un poste se libère du côté de Vogue USA. Après 37 années de bons et loyaux services, Anna Wintour, figure incontournable de la mode, quitte ses fonctions à la direction de l’édition américaine du magazine. Elle ne quitte toutefois pas complètement le navire.
Le Daily Front Row, une publication spécialisée, a annoncé jeudi qu’elle allait conserver ses fonctions de « chef de contenu » à l’édition internationale de Vogue et au groupe de média Condé Nast (Vanity Fair, GQ, Pitchfork).
Interrogée par l’AFP, la direction de Condé Nast a précisé qu’Anna Wintour allait bien continuer à « superviser Vogue à l’échelle mondiale, mais qu’un nouveau poste de chef du contenu éditorial sera créé pour l’édition américaine ». Une question se pose donc : à quoi va bien pouvoir ressembler la fiche de poste pour la remplacer ?
Expérience solide requise
Sur ce domaine, il sera bien difficile de rivaliser avec l’ancienneté de cette figure emblématique de la mode. Avant de faire son entrée à la direction de Vogue en 1988, la londonienne Anna Wintour est notamment passée par les rédactions britanniques puis américaines de Harper’s Bazaar en tant que rédactrice dans les années 1970. C’est en 1985 qu’elle intègre le groupe Condé Nast et prend le poste de rédactrice en cheffe de Vogue UK. Trois ans plus tard, elle succède à Diana Vreeland à la tête de l’édition USA, obtenant ainsi le poste le plus prestigieux du secteur.
Dans son premier numéro, elle avait notamment remis en cause le « coût réel d’un bon look », ce qui avait secoué l’industrie, avant d’ouvrir la Une du magazine à des célébrités, mêlant ainsi les mondes de la mode et du showbiz. Au fil des décennies, Anna Wintour a fait de la publication l’une des plus suivies et des plus influentes de la marque mais a aussi ajouté de nombreuses lignes à son CV comme la supervision de Vogue World ou encore celui du Met Gala. Elle a également créé le CFDA/Vogue Fashion Fund avec le conseil des créateurs de mode américains pour soutenir les talents émergents. Selon WWD, 200 créateurs ont bénéficié d’un mentorat et d’un total de plus de 8 millions de dollars depuis sa création en 2003.
De nombreux défis attendent forcément le futur « chef du contenu éditorial » du magazine américain, tant le secteur de la mode et du luxe a changé en près de quarante ans. Un marché désormais dominé par les empires LVMH et Kering mais aussi marqué par le déclin de l’industrie médiatique en faveur des réseaux sociaux, souligne Bussinessoffashion.com.
Juniors s’abstenir
Concrètement, le poste à pourvoir prochainement sera nettement plus limité que celui d’Anna Wintour, cette dernière gardant la main sur la direction du contenu du groupe. Le ou la future élue aura donc pour N + 1 la papesse de la mode.
« Je ne changerai pas de bureau, et ne déplacerai pas une seule de mes poteries signées Clarice Cliff, mais je vais consacrer toute mon attention ces prochaines années à la direction internationale », a-t-elle dit jeudi matin aux employés selon le New York Times.
On imagine peu un profil de « junior » prendre sa relève. En France, par exemple, c’est Eugénie Trochu qui a obtenu le poste de « Head of Editorial Content » en 2021 après le départ d’Emmanuelle Alt. Elle avait commencé sa carrière au Vogue Paris en tant que stagiaire puis a fait ses armes sur le numérique mais aussi en tant que responsable de la rubrique mode sur toutes les plateformes.
Pour marquer son arrivée à la tête du magazine, Eugénie Trochu avait dédié la couverture de son premier numéro à Aya Nakamura. « Le tout premier numéro de Vogue France rend hommage et célèbre l’individualité. Un passeport pour être soi-même, s’affirmer et faire fi des clichés », détaillait à l’époque un communiqué de presse. Le prochain « Head of Editorial Content » devra vraisemblablement justifier d’une expérience solide dans le secteur et d’un attachement certain à ce titre de presse.
A la recherche d’une « vision nouvelle »
« Aujourd’hui, mon plus grand plaisir est d’aider la prochaine génération de rédacteurs passionnés à prendre d’assaut le terrain avec leurs propres idées, soutenues par une vision nouvelle et passionnante de ce que peut être une grande entreprise de médias. Et c’est exactement le genre de personne que nous devons rechercher pour devenir Head of Editorial Content de Vogue US », a déclaré Anna Wintour auprès de ses équipes, rapporte le Vogue français.
Outre une capacité à anticiper les tendances et être à la pointe de l’avant-garde, un œil avisé et avide de découvertes sera probablement demandé à son successeur. Durant toute sa carrière, Anna Wintour n’a cessé de mettre en avant les jeunes créateurs (notamment les 4 incontournables des années 1990 Tom Ford, John Galliano, Marc Jacobs et Alexander McQueen), faisant et défaisant des carrières sur son passage.
En termes de vision, de nombreux enjeux attendent le futur directeur, notamment en ce qui concerne la représentation de la diversité. Lors des vastes manifestations Black Lives Matter, Anna Wintour avait été accusée de ne pas faire suffisamment de place aux stylistes ou aux photographes noirs dans le prestigieux magazine. Elle avait alors « assumé la pleine responsabilité de (ses) erreurs » et s’était excusée de ne « pas en avoir fait assez » pour ses collaborateurs noirs. Elle avait plus tard assuré que cet épisode avait été « fructueux » car il lui avait permis de comprendre qu’elle « n’écoutait pas ou n’écoutait pas assez ».
En mai, le dernier Met Gala, dirigée depuis des années par Anna Wintour, portait la signature de cette ouverture avec un hommage aux influences noires sur la mode, un thème qui résonne dans l’Amérique de Donald Trump.
Soft skills
Et quid des compétences relationnelles ? Disons que la papesse de la mode n’était pas particulièrement connue pour sa bienveillance et son accessibilité. En témoignent notamment ses larges lunettes noires vissées en permanence sur le nez, mettant une distance certaine entre ses interlocuteurs et elle.
On pense bien évidemment aussi au personnage tyrannique de Miranda Priestly, patronne autoritaire du magazine fictif Runway dans le film culte Le diable s’habille en Prada, inspiré par la rédactrice en cheffe.
Pas sûr donc que la gentillesse et l’affabilité soient des qualités nécessairement requises pour le poste. Mais n’hésitez pas à le mettre en valeur si c’est votre cas, c’est précieux et cela peut tout même faire gagner des points pour proposer un nouveau type de management au sein de la rédaction.
Un « nouveau monde »
Quelques inconnues demeurent, sur les questions du salaire, d’une éventuelle période d’essai ou encore le nombre de tickets resto. De même, il n’est pas certain que le télétravail soit autorisé. Un détail d’importance est aussi à prendre en compte, celui d’avoir les épaules pour prendre la relève de la femme la plus influente de la mode ces 40 dernières années.
« Personne ne pourra jamais vraiment remplacer Anna. Elle a soutenu tant de personnes et la mode plus que quiconque. C’est la personne la plus généreuse et la plus altruiste. Nous entrons dans un nouveau monde. Je ne sais pas à quoi m’attendre. Nous avons vu le meilleur », a déclaré le styliste américain Thom Browne après l’annonce du départ d’Anna Wintour, rapporte WWD. De quoi mettre une sacrée pression au successeur… Réfléchissez-y peut-être à deux fois avant de refaire votre CV.



















