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Maurice : Nos suggestions pour une découverte sportive et culturelle de l’île
Océan Indien•Trop vite résumée à son littoral, l’île Maurice est une destination aux multiples facettes. Traditions colorées, jardins luxuriants et reliefs escarpés sont aussi au programme des voyageurs actifsJean-Claude Urbain
Son lagon turquoise et son fabuleux parc hôtelier font rêver le monde entier. La richesse de Maurice ne se limite cependant pas à ses atouts balnéaires. Loin du clapotis des plages de sable fin, le cœur de l’île bat au rythme d’une nature verdoyante et d’une culture bigarrée.
De cet ancien volcan perdu dans l’océan Indien, l’Histoire a façonné un pays improbable. Sur Maurice, tout vient d’ailleurs. Portugais et Hollandais, Français et Anglais, Africains et Indiens ont créé cette « nation arc-en-ciel » où l’on roule à gauche, où l’on paie en roupies, où l’on fête aussi bien Noël que Divali, l’Aïd que le Nouvel An chinois, où l’on joue aux dominos comme au mah-jong, où l’on se régale de nouilles, de rougail créole, de dholl puri indien ou de daube provençale. Ce bouillon de culture est un délice pour les voyageurs. Il suffit de quitter sa serviette de plage pour y goûter. Puis de s’enfoncer dans les profondeurs de l’île pour dépenser quelques calories. Car le sport commence aussi à acquérir ses lettres de noblesse sur Maurice.
À l’assaut des reliefs
De ses origines volcaniques, l’île a conservé des pitons et des mornes aux flancs pentus, qui invitent à se dégourdir les jambes. Ses reliefs n’ont bien sûr rien à voir avec les extraordinaires dénivelés de La Réunion. Mais grimper sur les Trois Mamelles ou le Morne Brabant n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît. Mal tracés et non balisés, les sentiers mauriciens serpentent sur des sols glissants et des roches friables qui rendent la présence d’un guide fortement recommandée. Le plus exigeant des parcours est Pieter Both. Il faut posséder une bonne condition physique et ne pas être sujet au vertige pour atteindre le rocher en équilibre sur son pic, à 821 mètres. À une hauteur équivalente, le Pouce est beaucoup plus accessible et gratifie, lui aussi, les marcheurs d’un magnifique panorama.
Sensations fortes à flanc de paroi
Toutes de rose vêtues, les accompagnatrices pétillantes de l’agence Lokal Adventure connaissent chaque recoin de leur île. On peut donc compter sur elles lorsqu’il s’agit de faire le plein d’adrénaline ! Pour l’échauffement, direction le domaine de Cazela, où la colline Mamzell Zabeth a été équipée d’une via ferrata. Corniches vertigineuses, échelles verticales, ponts népalais… Tout a été prévu pour se mettre à l’épreuve, jusqu’aux tyroliennes finales de 200 à 400 mètres de long. Puis l’aventure continue dans l’écrin naturel des chutes de Tamarin. Également appelé « les Sept Cascades », le site en compte exactement onze, et autant de bassins pour se baigner. Différentes randonnées permettent de le découvrir, mais quitte à être mouillé, autant opter pour le canyoning, avec ses descentes en rappel arrosées.
Aux aurores dans la baie de Tamarin
Rendez-vous dominical des familles mauriciennes et point de ralliement des surfeurs, la baie de Tamarin est surtout connue pour les dauphins souffleurs à long bec qui s’y épanouissent depuis des générations. On peut les voir jouer à coup sûr, chaque matin, à leur retour de chasse nocturne. Une aubaine exploitée sans scrupule par de nombreuses compagnies d’excursions en bateau à moteur. Les associations dénoncent cette pression qui pourrait pousser les dauphins à quitter la baie. Pour continuer à profiter de leur présence sans les déranger, des prestataires respectueux proposent des modes d’approche plus doux, comme le kayak. La balade commence aux aurores, avant l’arrivée des bateaux. Et si la mer est trop formée pour pagayer dans la baie, la rivière offre une sublime alternative face à la silhouette emblématique du Rempart.
Les belles demeures coloniales
Le temps semble s’être arrêté sous les varangues du château de Bel Ombre. Édifiée au sud de l’île en 1856, cette vénérable demeure coloniale de style anglo-indien invite à faire une pause gourmande, dans le confort de son magnifique restaurant gastronomique, ou sur les pelouses de son jardin à la française. Le domaine, qui dispose d’un golf 18 trous, d’une hôtellerie de luxe écoresponsable, de maisons d’hôtes et d’un beach club, possède aussi 1.300 hectares de nature préservée. Véritable sanctuaire pour la flore endémique, Bel Ombre Nature Reserve accueille les aventuriers en herbe pour une balade guidée à la découverte de son patrimoine.
D’autres adresses à découvrir : le château de Labourdonnais célèbre pour sa rhumerie, la maison Eurêka, chère à l’écrivain JMG Le Clézio, et le château Mon Plaisir, au cœur du jardin de Pamplemousse.
Musée vivant à ciel ouvert
Comme souvent sur l’ancienne Isle de France, c’est au gouverneur Mahé de La Bourdonnais que l’on doit la création d’un des plus beaux jardins botaniques du monde. Mais ce Jardin de Pamplemousses doit aussi beaucoup à un certain Pierre Poivre, intendant naturaliste du XVIIIe siècle, qui y introduisit toutes ses essences exotiques. Le site, qui se déploie sur 26 hectares, réunit quelque 600 merveilles de la création : nénuphars géants, bambous, lataniers, vacoas, banians, sapotilliers, arbres à pain, arbres aux quatre-épices… Et quelque 85 variétés de palmiers, dont le tallipot, qui ne fleurit que vers soixante ans, juste avant de mourir. Des personnalités célèbres se sont promenées ici : Charles Baudelaire, Joseph Conrad, Nelson Mandela, Indira Gandhi… Aujourd’hui, les Mauriciens s’y retrouvent le dimanche, lorsqu’ils ne sont pas à la plage à danser le séga.
Hymnes à l’africanité mauricienne
Il y a moins de cinquante ans, « chanter son séga » était encore interdit. Cette musique typiquement créole rassemble désormais toute la population de l’île. Bien que minoritaire face à l’hégémonie indienne, l’Afrique fait partie du creuset culturel de Maurice. Tout en affirmant leur enracinement dans l’espace insulaire, les descendants d’esclaves et de métis revendiquent leurs origines et mettent en avant leur identité artistique. Ce dynamisme est apparu dans les années 1980 avec la résurgence du morengy, la danse-combat des esclaves malgaches. Non revendicatif, le séga chante essentiellement l’amour. Inscrit au Patrimoine immatériel de l’Unesco, il se danse sur un rythme effréné, simple et entêtant. Son instrument principal, la ravane, est un grand tambour qu’on frappe du bout des doigts. Pas besoin de plus pour faire la fête !
Un sanctuaire de biodiversité
L’île Maurice n’a été colonisée par la flore et la faune que très lentement, au hasard des courants marins et aériens. Des espèces singulières y ont évolué en vase clos jusqu’à l’arrivée de l’Homme. Les choses se sont ensuite compliquées pour elles… Le dodo par exemple, cet oiseau dodu, incapable de voler, a été exterminé au XVIIIe siècle. Mais Maurice a toujours de quoi séduire les passionnés d’ornithologie. Paille-en-queue, crécerelle, pigeon des mares, cardinal et autre merle cuisinier font l’objet des soins attentifs de la Mauritian Wildlife Foundation. Les chances sont grandes de les apercevoir sur l’île aux Aigrettes. À quelques encablures de Mahébourg, ce rocher calcaire est un sanctuaire naturel depuis 1965. Grâce aux efforts de la MWF, les espèces végétales exotiques ont été éliminées pour recréer ici l’écosystème originel de Maurice.


















