« Un gage de confiance » : Faut-il (ou non) dormir avec son chien ? La vétérinaire Hélène Gateau partage son expérience
Avec le livre « Dormir seul, à deux… ou avec son chien ? », la vétérinaire Hélène Gateau se confie sur les liens puissants qui l’unissent à Colonel, son border terrier, mais pas queChristelle Pellissier
L'essentiel
- Hélène Gateau, vétérinaire et chroniqueuse animalière, est l’auteure du livre Dormir seul, à deux… ou avec son chien ? (Albin Michel) dans lequel elle se livre sur sa complicité et sa relation de confiance avec Colonel, de jour comme de nuit.
- Si le cododo se passe très bien entre Hélène Gateau et Colonel, tous les chiens n’apprécient pas de dormir dans le lit de leur humain préféré. D’où l’importance de respecter les besoins de son animal de compagnie.
- Le choix de vie d’Hélène Gateau dissimule une question plus profonde de confiance en l’autre. « La nuit est le moment où je livre toute mon intimité, ma vulnérabilité », confie la vétérinaire, qui précise que partager son sommeil est « un gage de confiance ultime ».
Faites-vous du cododo avec votre chien ? Près d’un tiers des Français ayant un animal de compagnie affirme dormir avec lui, dont 45 % des 18-24 ans, d’après une étude Ipsos. C’est aussi le cas de la vétérinaire et chroniqueuse animalière Hélène Gateau, dogmom de Colonel, un border terrier devenu la source d’inspiration de deux de ses livres. Après Pourquoi j’ai choisi d’avoir un chien (et pas un enfant), où elle se confie sur son choix de ne pas avoir d’enfant et de « faire famille » avec son chien, elle se livre dans Dormir seul, à deux… ou avec son chien ? sur un autre choix de vie.
Il s’agit cette fois de sommeil partagé avec son plus fidèle compagnon, évidence pour certains, tabou pour d’autres. Et des questions et enjeux que ce choix soulève quant à la manière d’aborder la nuit, « moment de vulnérabilité durant lequel on a tous besoin d’une présence qui rassure et apaise », quelle qu’elle soit. Dormir avec Colonel n’a pas été une évidence pour Hélène Gateau, qui a attendu près de 2 ans avant de sauter le pas. Pas par peur du qu’en-dira-t-on, mais parce que cette place était réservée, potentiellement en tout cas, pour un futur partenaire. Et puis, finalement, pourquoi pas ? Elle raconte ce choix de vie à 20 Minutes.
Vous dites que certaines personnes sont choquées à l’idée qu’on puisse dormir avec un chien. Quelles critiques reviennent le plus souvent ?
La question de l’hygiène revient très souvent. Un chien marche dans la rue, revient avec les pattes sales, et passe son temps à sentir l’urine des autres chiens… Le chien a une image d’animal plus sale que le chat. C’est une réalité, je ne vais pas dire le contraire. Mais dans tous les cas, le lit n’est pas une bulle stérile, et contient une quantité de micro-organismes. Quand on prend son chien avec soi, on en ramène un peu plus, mais il suffit de changer ses draps plus souvent. C’est ce que je fais, et je n’ai absolument pas le sentiment de manquer d’hygiène.
Colonel s’est parfaitement accommodé à cette place sur votre lit. Mais tous les chiens en ont-ils envie ?
Absolument pas. Certains chiens sont très bien par terre, d’autres aiment dormir dans une autre pièce, ou dans un panier dans la chambre. Le sommeil est tout aussi important pour eux que pour nous, il faut donc respecter leurs besoins. Il y a des chiens qui sont extrêmement indépendants et qui n’aiment pas cette proximité physique. Parfois, je vais me coucher et Colonel me snobe complètement. Il n’a pas envie de venir, et je respecte son choix. Il ne faut pas oublier la notion de consentement chez l’animal. Je n’enferme pas mon chien dans ma chambre. Il peut aller et venir comme bon lui semble.
Qu’est-ce que cela vous apporte de dormir avec Colonel ?
Il n’y a aucun jugement, ce qui me permet de pouvoir lâcher prise sans avoir peur d’être observée. Je me sens apaisée par sa chaleur, sa respiration qui ralentit, et plus largement sa présence. Et bien sûr, ce choix a renforcé notre complicité et notre lien de confiance. J’ai simplement fait le choix de ne pas me priver de ce bonheur de prolonger notre relation diurne dans l’univers du sommeil et de la nuit. Quand je me réveille le matin, que je vois qu’on a tous les deux passé une bonne nuit, ça me rend heureuse.
Et quels sont les inconvénients ?
Les chiens ont un rythme de sommeil proche du nôtre, mais ils ont des cycles de sommeil plus courts et donc des micro-réveils plus fréquents. Ils peuvent donc bouger ou s’ébrouer plusieurs fois dans la nuit, et potentiellement nous réveiller. Il y a aussi des chiens qui ronflent donc ça peut vite devenir désagréable. Il ne faut pas non plus que le chien prenne le lit pour un territoire acquis, qu’il refuse d’en descendre, ou montre les crocs lorsque quelqu’un s’en approche. Mon chien ne nuit pas à mes nuits, donc je le garde avec moi.
Qui s’endort en premier ?
C’est clairement Colonel, et c’est également lui qui reste le plus longtemps au lit le matin. C’est un adepte de la grasse matinée. Il ne me réveille jamais pour sortir ou aller se promener, et peut dormir jusqu’à 10h30 sans problème. Pour lui, le matin c’est sacré. Il m’est arrivé de faire des matinales en radio ou en télé, de partir sans l’avoir promené, et de le retrouver sur le lit à mon retour.
Ce choix de vie ne dissimule-t-il pas un questionnement plus profond, sur la confiance accordée à celui ou celle avec qui on décide de partager ses nuits ?
Oui, c’est le cas. A mes yeux, le fait de passer la nuit avec quelqu’un est un gage de confiance ultime. La nuit est le moment où je livre toute mon intimité, ma vulnérabilité, où je me laisse complètement aller. Ca demande d’avoir une véritable confiance en l’autre. Je n’ai pas actuellement de relation qui me permet d’accorder cette confiance à quelqu’un d’autre que Colonel.
Et si cette personne arrivait dans votre vie, où dormirait Colonel ?
Il faudrait réajuster l’équilibre nocturne entre la présence de mon chien et celle d’un amoureux. Colonel n’a pas fait du lit son territoire, il est assez indépendant donc il peut dormir ailleurs. C’est la raison pour laquelle je l’ai fait venir sur mon lit quand je me suis sentie seule. Connaissant son caractère, je sais qu’il ne me fera pas la misère le jour où il devra laisser sa place. Il va très bien s’y faire et ne sera pas malheureux, ni agressif. Il y aura peut-être un temps de réajustement, mais tout se passera bien.
Finalement, quelle est la réponse au titre du livre ?
C’est à géométrie variable en fonction de son chien et de sa situation amoureuse. Je n’ai pas pour habitude d’imposer mes choix de vie. Le but est d’ouvrir à la réflexion. N’oublions juste pas l’importance du sommeil pour notre bien-être physique et mental.



















