01:04
« Mid girls » : C’est quoi ces vidéos dans lesquelles les femmes « ni moches, ni belles » se dévalorisent ?
estime de soi•Avec le hashtag #MidGirls, les internautes qui « ne répondent pas » aux standards de beauté critiquent et comparent leurs physiques ouvertementDora Christian
L'essentiel
- La tendance « mid girl » sur les réseaux sociaux incite les femmes à s’auto-critiquer et à expliquer pourquoi elles se considèrent comme des filles « moyennes », soit « ni belles, ni moches ».
- Selon la psychologue Marie-Estelle Dupont, ces contenus renforcent la dépression et l’humiliation publique chez les jeunes femmes, qui s’auto-déprécient pour se protéger des critiques.
- Il y a un risque de troubles de l’image de soi avec cette tendance « dévalorisante », les critères de beauté étant présentés comme objectifs alors qu’ils sont subjectifs.
Vous connaissez sûrement la tendance « bien évidemment que… » sur les réseaux sociaux qui consiste à citer les clichés dont on est la cible à cause de son métier, son origine ou alors son style de vie. Sur le même principe, le concept de la « mid girl » a émergé sur les réseaux sociaux. Des femmes ne se considérant ni « moches », ni « belles » publient des vidéos dans lesquelles elles énumèrent les raisons qui les poussent à parvenir à la conclusion qu’elles sont « moins séduisantes » que d’autres femmes.
Sous couverte de dénigrements, d’auto-critiques malsaines, le hashtag #MidGirls réussit quand même à comptabiliser 134.7 millions de posts sur le réseau social chinois. Interrogée par 20 Minutes, la psychologue Marie-Estelle Dupont a analysé les risques de ces comportements toxiques.
Le profil de la « mid girl »
Le terme « Mid girl » vient de l’anglais « middle », milieu en français, autrement dit la fille « moyenne », soit celle qui n’est « ni moche » « ni belle ». Le concept est d’énumérer les raisons qui poussent à conclure soi-même qu’on est une « mid girl », comme une sorte d’auto-critique.
« Je sais que je suis une meuf mid car actuellement j’ai besoin d’un filtre pour vous parler. Je ne peux pas voir les défauts sur mon visage ça m’angoisse », déclare une tiktokeuse dans sa vidéo. « Je suis une meuf mid car je ne rentre pas du tout dans les critères de beauté de 2024 : brune, grande, mince, petit nez, grosse bouche ou blonde aux yeux bleus. Je suis vraiment tout l’opposé », raconte une autre dans un post TikTok.
« Mid girls » ou la faute aux standards de beauté
Selon Marie-Estelle Dupont, ces types de contenus renforcent le phénomène de dépression chez la Gen Z, et la notion d’humiliation en public, à un âge où l’on est encore en construction. « Ces jeunes femmes s’auto-déprécient, comme si c’était à la fois pour s’en dédouaner, se protéger ou anticiper le bashing sur les réseaux sociaux », décrypte la psychologue. « Alors que la valeur d’une personne n’est évidemment pas appréciable sur son apparence physique », poursuit-elle.
D’après la professionnelle, ce mauvais rapport à soi-même s’est amplifié avec les contenus de certaines influenceuses et des critères standardisés auxquels de jeunes femmes essaient de s’identifier douloureusement. « Aujourd’hui, les jeunes sont la tranche de la population qui a le plus de demandes en chirurgies esthétiques », affirme Marie-Estelle Dupont. Ce constat entretient une « logique de la performance mais aussi d’indifférenciation », en voulant normaliser un certain prototype de corps, plébiscité par des femmes parfois « changées par la chirurgie, puis retouchées par les filtres ».
Sortir de la « tyrannie des critères » et retrouver une véritable estime de soi
Avec cette tendance « dévalorisante » et « déshumanisante », il y a un risque de véhiculer « des troubles de l’image de soi ou même du comportement alimentaire », alerte la psychologue. « On est en train de nous faire croire que la beauté est quelque chose d’objectif, ce qui n’est pas vrai puisque les critères de beauté sont en réalité très subjectifs ».
Malgré, l’ère de la tolérance et du body positive, on se retrouve dans une « tyrannie des critères qui ne correspond même pas à la réalité », déplore la psychologue. Pour s’en défaire, elle propose de se réapproprier son corps avec une activité physique qui nous plaît et de s’entourer de personnes qui ont un rapport plus sain, mais surtout plus réel à leurs corps et aux autres, quel que soit leur sexe.



















