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« Si je sens un homme avec ce parfum, je cours »… Peut-on détecter une personne toxique au parfum qu’elle porte ?
red flag•Un flacon de Dior Sauvage est vendu toutes les 30 secondes, ce qui en fait le parfum le plus vendu au monde. Sur les réseaux sociaux, certaines femmes associent cette odeur à des hommes toxiquesFiona Bonassin
L'essentiel
- Plusieurs parfums des maisons Dior, Versace et Paco Rabanne sont devenus viraux sur les réseaux sociaux car décrits comme étant des odeurs « red flag ».
- Selon Magali Dadian, directrice marketing chez Arthes, cette stigmatisation s’explique par la popularité massive du parfum plutôt que par ses qualités intrinsèques : « Plus un parfum est populaire, plus il a de chances d’apparaître dans ce type d’anecdotes » mais « le parfum est un langage social, pas un test de personnalité ».
- Le parfum souffre également de son image associée à la masculinité traditionnelle avec Johnny Depp comme égérie malgré des accusations de violences conjugales, tandis que d’autres marques choisissent désormais des ambassadeurs à l’image plus consensuelle comme Timothée Chalamet pour Chanel Bleu.
Il portait quoi comme parfum l’ex qui vous a brisé le cœur en allant voir ailleurs ? Le site de rencontres illicitencounters.com a interrogé 2.000 femmes qui avaient toutes été trompées et a constaté que 25 % d’entre elles ont déclaré que les hommes qui leur avaient été infidèles portaient tous le même parfum : Dior Sauvage. Lancé en 2015, un flacon se vendrait toutes les 30 secondes dans le monde. Onze ans après son lancement, le parfum fait le buzz sur les réseaux sociaux, des femmes affirment en vidéo que porter Sauvage serait un « red flag » et qu’il faudrait fuir ces hommes qui sentent la bergamote et le poivre de Sichuan épicé.
Sur TikTok, cette trend a commencé quand la marque de prêt-à-porter Eliza a fait sentir à des passants un pull parfumé avec Sauvage. Les personnes croisées devaient dire si l’odeur faisait plus penser à un « green flag » ou un « red flag ». Les résultats ont été sans appel. « Ça me fait penser à un jeune homme douteux », a déclaré une femme, méfiante. « Je ne jugerais pas un homme sur son parfum, mais j’en ai croisé beaucoup trop qui portent Dior Sauvage… », « si je sens un homme avec ce parfum, je cours » termine un jeune interrogé.
« Le parfum est un langage social, pas un test de personnalité »
Vous entrez dans un bar, un open space ou avez votre première date Tinder et là une vague de bergamote ultra-puissante et de poivre de Sichuan vous percute. C’est lui, Sauvage, encore. Dix ans après son lancement, le mastodonte de Dior n’a jamais été aussi clivant. D’un côté, des millions d’hommes qui se disent « mais il sent super bon, c’est frais, et intemporel ». De l’autre, une armée (surtout féminine) qui hurle en chœur sur les réseaux « jamais de la vie ». Mais si une partie de la population semble traumatisée par cette odeur c’est surtout parce qu’elle est portée par des millions des gens et donc par quelques personnes que nous ne portons pas dans notre cœur comme l’explique Magali Dadian directrice marketing et communication du groupe Arthes, « Plus un parfum est populaire, plus il a de chances d’apparaître dans ce type d’anecdotes. Les réseaux sociaux adorent créer des raccourcis. En réalité, le parfum est un langage social, pas un test de personnalité. » martèle l’experte qui ajoute que « pendant longtemps, les hommes ont porté des notes fortes pour asseoir leur virilité. À 18 ans, quand on allait en boîte, certains mettaient des parfums ultra-diffusants pour être remarqués. »
Sur TikTok, les femmes s’amusent à se filmer en train de se faufiler dans les grands magasins pour s’en procurer rapidement un parfum qui est jugé comme étant un « red flag ». Plusieurs marques adorés par les jeunes hommes sont donc cités, le One Million de Paco Rabanne et Versace avec Eros. « Quand ça fait longtemps que tu n’as pas senti l’odeur d’un menteur et d’un manipulateur », peut-on lire dans une publication. « Malheureusement, je suis accro à cette odeur. Je la trouve tellement agréable », déplore une autre femme dans les commentaires. Mais ce que l’on peut voir, c’est surtout que les réseaux sociaux ont le pouvoir de mettre à la mode ou non une fragrance, en s’éloignant du lien que pouvaient avoir certains avec leur odeur préférée. « La jeune génération ne cherche plus un parfum unique pour dix ans. Elle construit un véritable vestiaire olfactif : un parfum pour séduire, un pour travailler, un pour sortir. Comme des vêtements. » juge Magali Dadian, « On choisit son parfum comme on choisit sa tenue : selon l’humeur et l’occasion. Le parfum devient un marqueur d’identité, au même titre que le style vestimentaire. Le layering est également un symbole de cette volonté de créer sa propre empreinte. »
L’image d’un homme dépassé ?
Quand Dior lancent Sauvage en 2015, l’idée est claire : incarner l’homme le vraie, sauvage mais raffiné, avec Johnny Depp en égérie. Ambre gris, notes fraîches, poivre qui claque pour tenir toute une journée sur la peau. Le flacon brut, noir, minéral, la publicité dans le désert : tout crie « mâle alpha ». Mais depuis le début de la collaboration entre l’acteur et la marque, des accusations de violences conjugales ont défrayé la chronique et le monde entier a pu assister au procès qui a opposé l’acteur à son ex-conjointe, l’actrice Amber Heard. Malgré la condamnation des deux ex, Dior a fait le choix de renouveler le contrat de l’Américain pour 20 millions de dollars. Depuis cette affaire en 2022, Sauvage n’a pas connu une baisse de notoriété. Le parfum surfe aussi sur son image de fragrance pour les hommes puissants. La légende raconte qu’Emmanuel Macron porte Eau Sauvage, l’ancienne version lancée en 1966 et Charles III s’en imbiberait les joues et le cou.
L’odeur souffre donc d’une image de puissance et d’homme un peu autoritaire. Mais certaines maisons font le choix de prendre des égéries plus concensuelles pour incarner leurs parfums. Chanel a choisi Timothée Chalamet pour son parfum Bleu, Prada a donné sa confiance en Tom Holland pour donner son image. Des hommes qui ont une image plus douce auprès du public. Une image qui va de pair avec les nouvelles tendances olfactives, « les goûts ont profondément changé. On est passé du parfum ''propre” des années 1990 à des signatures cuirées, fumées, presque animales. Mais le marché est aujourd’hui partagé entre ces deux dynamiques : affirmation forte ou discrétion maîtrisée. Mais toujours avec une attente de tenue longue durée et de qualité des matières premières. » conclu l’experte en parfum.



















