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Percer dans la musique aujourd’hui, c’est plus facile qu'avant ?
voix montantes

Pour Miki, « On peut disparaître aussi vite qu’on apparaît »... C’est quoi être un artiste émergent aujourd’hui ?

À l’ère des réseaux sociaux, du streaming et des télé-crochets, le statut d’artiste émergent n’a jamais été aussi mouvant. Mais que signifie être un jeune artiste aujourd’hui ?
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • L’émergence des artistes dans la musique française est aujourd’hui accélérée par les réseaux sociaux et le streaming, mais cette visibilité reste fragile.
  • Les dispositifs de mise en avant comme Deezer Next jouent un rôle central dans l’accompagnement, mais le timing est essentiel car ces tremplins ne remplacent pas le travail de fond.
  • Au-delà des chiffres et des algorithmes, l’émergence passe par la singularité artistique et la persévérance.

Chaque année, une poignée d’artistes sont présentés comme « à suivre ». Au-delà des dispositifs de mise en avant, comme Deezer Next, qui accompagnent cette année Marguerite, Saaro, RnBoi, R2, Miki, Linh, Sherifflazone, Victorien et Camille Yembe, la réalité du terrain se révèle plus complexe.

Mais que signifie vraiment émerger dans la musique française aujourd’hui ? Comment évoluer en tant que jeune artiste dans une industrie musicale rodée et codifiée, où chaque chiffre est scruté ? 20 Minutes a eu l’opportunité de s’entretenir avec la chanteuse Miki, ainsi qu’avec Georges Derval, responsable éditorial, découverte et tendance chez Deezer.

Une émergence accélérée… mais fragile

Les points d’entrée dans l’industrie musicale sont multiples : réseaux sociaux, streaming, télévision. Il suffit parfois de 10 secondes sur TikTok pour qu’un morceau devienne viral. Mais derrière ces tendances, le travail des jeunes artistes est souvent la partie immergée de l’iceberg, selon Miki. Cette nouvelle donne est ambivalente : « L’industrie musicale est en train de bouger énormément », observe-t-elle. Si les réseaux sociaux peuvent « faire beaucoup de mal », ils permettent aussi « une amplification de la visibilité des artistes » et l’émergence de « genres hybrides qui n’auraient jamais existé auparavant ».

Mais cette visibilité accrue s’accompagne d’une pression permanente sur les artistes. « Il se passe tellement de choses en ce moment, et tellement vite », confie la chanteuse. « Il faut être constamment à l’écoute de ce qui se fait, en ayant conscience qu’on peut disparaître aussi vite qu’on apparaît. »

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Un constat que partage Georges Derval. Selon lui, il n’existe plus de trajectoire type. « Certaines personnes disent que c’est plus facile aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux. Il y a des choses qui peuvent être hyper rapides », explique-t-il, citant notamment les artistes révélés à la télévision, comme dans l’émission Star Academy. Mais à côté de ces parcours fulgurants, « il y a aussi des projets qui se construisent pendant plusieurs années, avec beaucoup de travail. »

Tremplin, plate-forme et « bon timing »

Dans une industrie saturée, les dispositifs de mise en avant jouent un rôle central. Par exemple, le programme Deezer Next, créé en 2017, accompagne chaque année une dizaine d’artistes, avec une stratégie qui a évolué au fil du temps. « Le programme s’adapte à ce qui se fait », explique Georges Derval. « Aujourd’hui, le focus est mis sur les réseaux sociaux, parce que c’est là que les gens écoutent de la musique. »

Concrètement, cela passe par de la mise en avant éditoriale sur l’application, des playlists, des contenus dédiés, mais aussi des événements et des scènes. « L’objectif est vraiment de servir les projets artistiques et de les aider au maximum », résume-t-il.

Selon lui, la clé reste finalement le timing. « On veut pousser un artiste à un moment qui a du sens pour lui. » Être sélectionné trop tôt peut parfois s’avérer contre-productif : « Si tu n’es pas prêt, si tu n’as pas ton équipe, tu ne peux pas transformer cette opportunité. » Pour Miki, ces dispositifs restent essentiels, sans être une fin en soi. « Tous les types de tremplin sont hyper importants », affirme-t-elle, se disant « très reconnaissante que ça existe » pour elle comme pour les futurs artistes. Un soutien qui peut accélérer les choses, mais qui ne remplace pas le travail de fond.

Star Academy, effet accélérateur

Il est difficile d’évoquer l’émergence aujourd’hui sans parler de la Star Academy, devenue un accélérateur de visibilité. Cette année, Miki en a fait l’expérience : invitée lors d’un prime le 21 novembre dernier, elle y a interprété « Particule ». En quelques jours, le titre a enregistré une hausse de 300 % de ses écoutes sur les plateformes. « En vrai, ça n’a été que du plus », résume-t-elle, fière d’avoir pu défendre « un morceau assez hybride » sur un plateau aussi exposé.

Un impact que confirme Georges Derval : « La Star Academy, aujourd’hui, c’est un média énorme centré sur la musique. Forcément, ça a un impact énorme. » L’an dernier, les écoutes de Charlotte Cardin ont explosé après son passage, tandis que plusieurs anciens élèves s’imposent durablement dans le paysage musical. Marguerite, qui est aujourd’hui artiste Deezer Next, en est l’un des exemples.

La singularité des artistes

Au-delà des chiffres et des algorithmes, l’émergence passe également par l’expérience artistique elle-même. Pour Miki, la scène a longtemps été un espace de tension. « Au début, je faisais beaucoup de premières parties, j’étais sous le feu des projecteurs, c’était difficile », raconte-t-elle. « Je regardais toujours les yeux de mon manager en sortant de scène pour savoir si j’avais réussi ou non. » Avec le temps, ce rapport a changé. « Aujourd’hui, c’est devenu une vraie bulle dans laquelle je prends du plaisir, quel que soit le format : seule sur scène ou avec des musiciens. C’est un moment de libération. »

Mais avec du recul, que dirait la Miki d’aujourd’hui à la jeune artiste qu’elle était à ses débuts ? « Il faut persévérer dans ses idées, même cheloues, même quand les gens ne kiffent pas », conseille-t-elle. « Les gens n’ont pas forcément la vision. Quand tout le monde n’est pas d’accord avec toi, il faut quand même continuer. » Un point essentiel également pour Georges Derval. Si la musique reste « le premier critère », la sélection des artistes émergents repose également sur leur univers et leur singularité. « On fait des sessions d’écoute, puis vient le moment de choisir les artistes que nous allons suivre. On partage, on découvre ensemble », explique-t-il. « C’est assez organique, parce qu’on sélectionne peu d’artistes et ce sont des choix dans lesquels on croit. »

Être un artiste émergent en France aujourd’hui, ce n’est plus seulement sortir ses premiers morceaux. C’est composer avec une industrie ultrarapide, des dispositifs de visibilité puissants mais temporaires, et une exigence constante de singularité. Comme le résume Miki, malgré les chiffres et les projecteurs, « si la qualité de ce qu’on fait est là, on peut se permettre de prendre son temps pour bien faire les choses ».