Pourquoi l'Ascension tombe-t-elle toujours un jeudi ?
L’Ascension change de date chaque année, mais tombe toujours un jeudi. Une règle fixe, héritée d’un vieux calcul religieuxFostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- L’Ascension, célébrée quarante jours après Pâques, tombe toujours un jeudi et donne souvent lieu à un long week-end, largement anticipé par les Français.
- Depuis 2015, les écoles ferment systématiquement le vendredi, institutionnalisant ce pont devenu un repère dans l’année scolaire.
- Cette fête chrétienne, héritée d’une tradition séculaire, marque le départ du Christ vers le ciel et le début de la mission des apôtres.
Chaque année, le jeudi de l’Ascension marque une pause bienvenue dans le rythme effréné du printemps. Comme toujours fixé en milieu de semaine, il ouvre la voie à un long week-end pour ceux qui peuvent se permettre de poser leur vendredi. Ce petit jeu du calendrier est devenu une habitude bien ancrée, transformant une journée fériée en parenthèse de quatre jours pour une grande partie des Français.
Depuis 2015, le ministère de l’Éducation nationale a même tranché : ce vendredi-là sera systématiquement chômé dans les écoles. Une mesure qui officialise ce pont comme le seul vraiment garanti dans l’année scolaire. Parents, enfants, enseignants : tout le monde peut l’anticiper. Résultat, ce week-end de l’Ascension est devenu un repère dans l’agenda de nombreux foyers.
La date de l'Ascension en 2025 et son origine
En 2025, l’Ascension aura lieu le 29 mai. Une date qui change chaque année, sans jamais quitter son ancrage du jeudi. Ce n’est pas un hasard, mais le résultat d’un vieux calcul liturgique : cette fête chrétienne se célèbre précisément quarante jours après Pâques. Et comme Pâques tombe toujours un dimanche, l’Ascension suit invariablement un jeudi. Seule sa place dans le calendrier grégorien varie, quelque part entre la fin avril et les tout premiers jours de juin.
Ce ballet des dates repose sur le Comput ecclésiastique, un ensemble de règles fixé dès le concile de Nicée en 325. Selon ce calcul, Pâques est célébrée le dimanche suivant la première pleine lune après le 21 mars, ce qui en détermine ensuite toute une série de fêtes mobiles, dont l’Ascension. En somme, si la date bouge, le principe reste : c’est toujours un jeudi, toujours quarante jours après la résurrection.
L’Ascension, un jour férié hérité de l’Histoire
Si le jeudi de l’Ascension reste chômé en France, c’est parce qu’il s’inscrit dans un héritage ancien. Sous l’Ancien Régime, les grandes fêtes religieuses structuraient le calendrier des campagnes et des villes. La Révolution a bien tenté d’imposer un calendrier laïque, mais c’est le Concordat de 1801, signé entre Napoléon et le pape Pie VII, qui a fixé quatre célébrations chrétiennes comme jours fériés : Noël, l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint.
Ces « fêtes d’obligation » ont traversé les siècles, y compris la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Aujourd’hui encore, elles sont chômées dans tout l’Hexagone, avec quelques particularismes régionaux : l’Alsace et la Moselle ajoutent la Saint-Étienne et le Vendredi Saint à la liste. En Europe, la France n’est pas la seule à marquer une pause ce jour-là : l’Allemagne, la Belgique ou la Suisse le fêtent également, contrairement à l’Italie, l’Espagne ou le Royaume-Uni, où cette date reste un jour comme les autres.
Le pont de l’Ascension, un rendez-vous presque officiel
Chaque printemps, le jeudi de l’Ascension agit comme un aimant à week-end prolongé. Fixé par le calendrier religieux mais adopté avec enthousiasme par les agendas civils, il invite naturellement à poser son vendredi. Et si ce jour reste officiellement travaillé, la réalité sur le terrain dit autre chose : la grande majorité des administrations ferment, les mairies tournent au ralenti, les préfectures baissent le rideau et les centres des impôts restent portes closes. Cette « fermeture exceptionnelle » est devenue si fréquente qu’elle frôle la norme. Dans les écoles, le flou n’est plus permis : le ministère a décidé de généraliser le pont à l’ensemble du territoire. Désormais, ce vendredi-là est officiellement sans classe, pour tous les élèves, y compris ceux qui ont d’ordinaire cours le samedi matin.
Cette décision, demandée de longue date par les syndicats, les parents et les élus locaux, vient acter une pratique déjà bien ancrée : les classes se vidaient, les familles anticipaient et les enseignants aussi. Le secteur du tourisme y trouve son compte, les professionnels saluent une mesure qui booste les réservations. Et pour les écoles, ce répit en fin de trimestre, parfois étiré sur dix semaines d’affilée, n’est pas de trop. Seul bémol dans cette mécanique bien huilée : les parents qui travaillent malgré tout ce vendredi et doivent s’organiser pour garder les enfants.
Une fête chrétienne aux racines bibliques
Pour les chrétiens, l’Ascension marque le moment où Jésus quitte définitivement la Terre pour rejoindre le ciel, quarante jours après sa résurrection. Ce départ, loin d’être perçu comme une fin, est compris comme le point de départ d’une mission confiée aux apôtres : porter la parole du Christ « jusqu’aux extrémités de la terre ». L’Évangile selon Luc raconte cette scène sobrement : Jésus bénit ses disciples près de Béthanie, puis s’élève et disparaît. Dans les Actes des Apôtres, rédigés par le même auteur, un ange apparaît ensuite pour inviter les témoins à ne pas attendre son retour passivement, mais à agir. Pour les croyants, ces quarante jours durant lesquels le Christ ressuscité continue d’apparaître sont fondamentaux : ils confirment qu’il est vivant, et que sa promesse s’accomplit.
L’Ascension s’inscrit dans une logique de continuité propre au récit biblique, où la symbolique des quarante jours revient souvent. Quarante jours de déluge pour Noé, quarante jours de jeûne pour le Christ dans le désert, quarante jours entre Pâques et l’Ascension… Autant de jalons qui rythment la foi chrétienne. Dix jours plus tard viendra la Pentecôte, célébration de la venue de l’Esprit Saint, comme annoncé par Jésus.



















