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Pourquoi la « Fête des gens qu’on aime » est une bonne idée ?
inclusion

Fête des mères et des pères : Pourquoi il est souhaitable de célébrer la fête « des gens qu’on aime » à l’école

A l’initiative de certains enseignants, des écoles optent désormais pour « la fête des gens qu’on aime ». Ces célébrations permettent de refléter les mille et une façons de faire famille et surtout de ne pas heurter certains enfants
Clio Weickert

Clio Weickert

L'essentiel

  • En France, c’est la Fête des mères ce dimanche 25 mai.
  • A l’initiative de certains enseignants, des écoles optent désormais pour « la fête des gens qu’on aime ».
  • Plus inclusives, ces célébrations permettent de refléter les mille et une façons de faire famille et surtout de ne pas heurter certains enfants.

Depuis quelques semaines, les élèves de maternelles de Sarah préparent avec minutie des cadeaux pour leurs proches. Certains confectionnent des cartes personnalisées avec leur photo, d’autres des aimants, des porte-clés, des bougeoirs ou encore des pots avec des graines. Autant d’attentions que les enfants offriront à leur maman, leur papa, mais pas seulement.

Depuis cinq ans qu’elle enseigne en tant que professeure des écoles, à Paris, cette trentenaire célèbre avec ses classes « la fête des gens qu’on aime », qu’elle organise à mi-chemin entre la Fête des mères en mai et celle des pères en juin. « Chacun fait deux cadeaux et ils les offrent à qui ils veulent, le même jour », précise-t-elle.

Si ces célébrations demeurent minoritaires au regard de ces autres fêtes traditionnelles, elles se font toutefois de moins en moins rares. Plus inclusives, elles permettent de refléter les mille et une façons de faire famille et surtout de ne pas heurter et laisser de côté certains enfants aux situations particulières.

Des fêtes relevant « de la liberté pédagogique des enseignants »

Si les fêtes célébrant les membres de la famille ne possèdent pas la même dimension événementielle et festive que peuvent avoir les anniversaires, par exemple, elles ne sont pas sans intérêt pour les petits (sans compter les parents qui versent une larme en recevant leur collier de nouilles).

« D’habitude, ce sont les enfants qui reçoivent. Et là, ils donnent. Ça les met dans une position qui n’est pas ordinaire et qui leur plaît beaucoup, explique Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne. Les plus petits préparent parfois un cadeau à l’école et ils y mettent tout leur cœur, ils sont super contents. D’ailleurs, en tant qu’adultes, on sait très bien que lorsqu’on fait un cadeau à quelqu’un, on se fait un peu plaisir à soi aussi. »

Tout comme la Fête des mères et celle des pères, la fête des gens qu’on aime ne relève pas « d’une instruction ministérielle » mais « de la liberté pédagogique des enseignants », rappelait l’Education nationale auprès de La Croix en 2022. Contacté par 20 Minutes, le ministère confirme que cette situation est toujours en vigueur. Libre donc à chacun d’organiser ces ateliers, ou non.

Du côté de notre professeure des écoles parisienne, la fête des gens qu’on aime s’est imposée naturellement face à des situations familiales complexes et plurielles. « C’est un sujet qui est hyper sensible pour les enfants donc il ne faut vraiment pas qu’ils se sentent exclus. Au même titre qu’à la fin de la journée, quand leurs proches viennent les chercher, je ne dis plus "c’est l’heure des papas et des mamans", mais j’agrandis la liste aux papis, mamies, frères et sœurs, nounou… Parce que tout le monde n’a pas son papa et sa maman qui vient le chercher », explique-t-elle.

Eviter « de stigmatiser certains enfants »

Les fêtes des mères et des pères peuvent être particulièrement délicates pour des enfants endeuillés, qui ont perdu un parent, et pour qui ces célébrations peuvent s’avérer douloureuses. « Ce n’est pas la majorité mais des enfants qui ont perdu leur mère, par exemple, on en voit, malheureusement », rappelle Béatrice Copper-Royer. Pour cette psychologue clinicienne, la fête des gens qu’on aime peut alors permettre d’éviter « de stigmatiser certains enfants qui sont déjà souvent un peu vulnérables ».

Elle offre aussi la possibilité de prendre en compte la multiplicité des configurations familiales, qui ne se résument pas à un père et une mère. Il y a les familles homoparentales ou encore monoparentales (une famille sur 4 en 2020 selon l’Insee). Sans oublier les familles recomposées et des enfants qui pourraient souhaiter célébrer leur beau-père ou leur belle-mère.

En ce sens, la fête des gens qu’on aime est-elle beaucoup plus inclusive ? « Disons qu’elle met moins l’éclairage sur une personne, qui serait la seule à honorer exclusivement. On sort de l’exclusivité pour élargir à d’autres personnes qui seraient dans un univers affectif proche », répond la psychologue Béatrice Copper-Royer.

Compléter la Fête des mères et non la supplanter

Tous n’approuvent pas forcément ce changement de terminologie au détriment des fêtes traditionnelles. Comme le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur de Ne plus souffrir en amour (La Musardine), qui considère cette expression trop « fourre-tout ».

« Je suis pour qu’on garde les fêtes des mères et des pères, qu’on explique qu’on a tous un père et une mère, qu’on ne connaît pas forcément, que chacun peut expliquer sa situation particulière, que les enfants ne sont pas obligés d’honorer leur père et leur mère par un cadeau s’ils ne le veulent pas. Si on a envie d’ajouter la fête des gens qu’on aime à la fête des voisins ou à la fête des amis, pourquoi pas. Mais pas remplacer pour la Fête des mères », estime-t-il.

Un point de vue qui peut se heurter aux spécificités – et aux difficultés – du quotidien. « On fait des choses qui ressemblent à notre classe et à la réalité de nos élèves, souligne la professeure des écoles. C’est juste impensable de passer deux semaines avec notre classe de maternelles à faire une carte pour la fête des pères alors que trois de nos élèves n’en ont pas. »

Pour Béatrice Copper-Royer, l’idée n’est pas de supplanter les fêtes des mères et des pères, mais plutôt de les compléter. « Je pense qu’il ne faut pas les supprimer mais on peut dire "la Fête des mères, des pères et/ou des gens qu’on aime", suggère la psychologue clinicienne. Il ne s’agit pas de remplacer, juste de prendre en compte qu’il y a des enfants qui se retrouvent dans des situations familiales où la Fête des mères n’a pas de sens pour eux. Ou n’en a plus, malheureusement. »