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Entre pluie et soleil, Aupinard s’impose comme la nouvelle voix de la scène française
beau temps•Après s’être fait connaître sur les réseaux, Aupinard trace une route sincère et singulière, portée par sa vulnérabilité et une confiance en constructionVictoria Berne
L'essentiel
- Aupinard, chanteur bordelais de 23 ans, nouvelle voix francophone, a été marqué par un concert à l’Olympia en 2025 avant même la sortie de son premier album.
- Son parcours est caractérisé par une volonté d’authenticité et de vulnérabilité dans son écriture, inspiré notamment par l’artiste Luidji.
- Bien que populaire sur les réseaux sociaux, Aupinard garde une approche critique sur ceux-ci.
2025 marque un tournant pour Aupinard. À 23 ans, le chanteur bordelais s’impose comme l’un des nouveaux visages de la scène francophone, à mille lieues des formats imposés. D’un premier EP solaire, entre guitare et bossa nova, à une salle de l’Olympia remplie sans même avoir sorti d’album, son ascension est celle d’un artiste profondément sincère.
Avec Pluie, montagnes et soleil, il assume ses fêlures et sa vulnérabilité, pour mieux toucher. 20 Minutes a pris le temps d’échanger avec lui.
Un rêve en lettres rouges
Le 22 février 2025, Aupinard monte sur la scène de l’Olympia. Il n’a pas encore sorti d’album, mais la salle est comble. « L’Olympia, c’était comme un espèce de stade inatteignable. Parfois, tu as des rêves, tu ne te permets pas spécialement de dire que tu veux les atteindre. Et puis à un moment, tu réalises ce qui est en train de se passer. » Dès le deuxième morceau, l’émotion le submerge. « Le premier, j’étais de profil. Et quand je me suis tourné face au public, j’ai eu du mal à me dire que c’était réel ». Ce soir-là, les larmes montent, coulent. Et dans la salle, personne ne s’y trompe : un moment suspendu, partagé, où l’artiste touche juste.
Ce moment suspendu, il le doit à un pari un peu fou : « En 2023, on a tourné avec le premier projet, et en voyant qu’on avait une force de frappe plus importante que prévu, on s’est lancé ce défi. Je me suis dit : est-ce qu’on peut faire l’Olympia avec seulement un EP ? Et on l’a fait. J’ai annoncé mon deuxième EP après le sold out de l’Olympia. »
Un choix risqué, une vocation intime
Quelques années plus tôt, Aupinard est étudiant en école d’ingénieur informatique. « Là d’où je viens, ce n’est pas évident de dire que tu vas faire de la musique. Le moule, c’est faire des études, assurer. Et tu as toujours cette peur : est-ce que je vais décevoir ? »
Il livre encore des pizzas, quand il enregistre son premier son. Mais autour de lui, les encouragements sont là. « Mon meilleur pote Gabriel, il m’a payé mes premiers uploads Spotify. Il croyait plus en moi que moi-même ». Son cercle proche devient moteur. « On s’est tous vu grandir. Ils ont traversé les mêmes galères que moi ». Et malgré les moments durs au collège, il garde une forme de lucidité : « J’avais déjà une mentalité qui disait : le mauvais temps finit toujours par passer. Le lycée, c’est que trois ans. »
Écrire pour guérir et relier en montrant de la profondeur
Pour lui, tout part d’une émotion sincère. « Je fais des sons quand j’ai un truc à dire. Et parfois, ça tient en une minute vingt. J’ai fini de parler, je n’ai rien de plus à ajouter. » Il refuse les contraintes de format. « Je n’ai pas envie de faire durer un son juste pour faire trois minutes. J’arrête d’écrire quand je n’ai plus rien à ajouter ». Sa ligne de conduite reste la même : atteindre l’autre avec justesse. « Quand tu fais de la musique, c’est pour toucher. »
Avec Pluie, montagnes et soleil, il laisse la bossa derrière lui. « Je ne veux pas faire de la musique que pour les streams, je veux surtout m’ouvrir. J’ai écrit suite à une peine de cœur, j’avais un mal-être profond et j’avais besoin de l’extérioriser. J’ai montré que j’avais de la profondeur. »
Il a commencé l’écriture de ce deuxième EP, Aupitape 2, en septembre 2023, pour le terminer en novembre 2024. Un projet longuement mûri, pensé comme un chemin. « La pluie, c’est quand tout est trouble. Les montagnes, c’est quand tu mets de l’énergie à aller mieux. Et le soleil, ce sont les petites éclaircies. Aujourd’hui, je suis un peu dans le soleil. »
« Il ne doit pas y avoir de normalité dans ce qu’on fait. »
Pourtant, son récit très personnel touche un public large. « Les sons qui m’ont le plus touché, ce sont des sons auxquels je m’identifiais et où je me sentais représenté. Moi, quand je dis : « je n’étais pas le renoi le plus stylé du lycée », je sais que plein de gens peuvent s’y reconnaître. »
Héritage d’une parole libérée
Si Aupinard assume aujourd’hui une écriture directe, sensible, c’est aussi grâce à ceux qui ont ouvert la voie avant lui. Et en premier lieu, Luidji. « Il a montré sa vulnérabilité. Il l’a fait et je me suis dit : moi aussi je peux le faire. Il s’est mouillé pour nous tous. J’ai eu moins de mal à le faire, parce que lui l’avait fait ». Cette liberté de dire, de montrer ses failles, il en mesure l’importance. « Avant lui, il n’y avait pas grand monde qui osait dire ses sentiments. »
À 19 ans, Aupinard assiste au concert de Luidji, à l’Olympia. C’est son premier vrai choc scénique. Quelques années plus tard, il se retrouve à sa place, devant un public conquis. « C’est comme mon grand frère ». Entre les deux, une transmission implicite : celle d’un droit à l’émotion, à la pudeur, à l’authenticité. Et cette filiation silencieuse continue d’irriguer sa musique aujourd’hui.
Trouver sa voie entre réseaux et professionnalisation
S’il a su tirer parti des réseaux pour faire connaître sa musique, Aupinard garde une distance critique. « TikTok, c’est un outil, mais faut pas que ce soit une fin en soi », souligne-t-il. Hors de question que l’algorithme dicte la création. « Si ça commence à t’influencer sur ta manière de créer, tu vas faire des choses éphémères, qui ne s’inscrivent pas dans le long terme ». Pour lui, la plateforme peut servir à amplifier un projet existant, mais ne doit jamais orienter l’écriture. « Oui, TikTok peut booster les streams, mais faut pas que ça prenne le pas sur l’artistique. »
Un moment charnière pour lui reste sa participation aux iNOUïS du Printemps de Bourges en 2023. « Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les rencontres, les discussions, les ateliers. » Un cadre plus exigeant, plus structurant aussi, qui lui a permis de prendre du recul sur son métier. Deux ans plus tard, il y revient, non plus comme jeune talent repéré, mais comme artiste pleinement affirmé.
Et coté exclu : son premier album est en préparation. « Le prochain album, c’est que du kiffe. » Pas de stratégie rigide en vue. « Je pense qu’il faut se laisser vivre, pas se mettre de pression. Juste faire du son, rencontrer des gens. Faut kiffer. »



















