A Marennes, les planches de surf qui sortent de l’atelier du Shapers Club s’exportent sur les océans du monde entier
savoir-faire•Pour faire face au succès de leurs planches de surf sur-mesure, Renaud et Thomas Cardinal, les deux fondateurs de la marque UWL, ont inauguré cet été un nouvel atelier atypique, le Shapers ClubMickaël Bosredon
L'essentiel
- Les planches de surf de Renaud et Thomas Cardinal s’arrachent dans le monde entier, et se retrouvent même dans des défilés de marques de luxe.
- Presque trente-cinq ans après s’être lancés dans la fabrication de planches, les deux frères viennent d’inaugurer un atelier de fabrication ultramoderne à Marennes.
- Le Shapers Club est également un site dédié aux surfeurs, où des shapers de renommée internationale s’installent en résidence.
Ils ont commencé à fabriquer leurs premières planches de surf dans une vieille bergerie, à l’arrière de la maison familiale à L’Houmeau, au pied du pont de l’île de Ré, alors qu’ils étaient à peine adolescents. Presque trente-cinq ans plus tard, Thomas et Renaud Cardinal continuent de créer des planches, qui s’arrachent désormais dans le monde entier. On les retrouve même dans des défilés chez Vuitton, Dior ou Hermès, ou lors de présentations de nouveaux véhicules de la marque Renault…
Pour accompagner le succès de leurs planches, les deux frères ont inauguré cet été un nouvel atelier à Marennes (Charente-Maritime), sur la côte Atlantique. Le Shapers Club se veut une petite usine ultramoderne entièrement consacrée à la fabrication sur-mesure de planches ultra-personnalisées. Mais c’est aussi un lieu dédié aux surfeurs, qui peuvent rencontrer ici les plus grands shapers venus des quatre coins du monde. « On a fait un lieu de vie autour de la culture du surf, avec de la musique, des photos, une boutique… », explique Thomas Cardinal.
Cinq à six shapers internationaux par an
« On invite cinq à six shapers de renommée internationale tous les ans », poursuit Thomas Cardinal. Ceux-ci viennent partager leur savoir-faire, et en profitent pour réaliser quelques planches à leur nom, numérotées et signées… Une tradition qui se perpétue depuis que les deux frères ont commencé à dessiner des planches. « Quand on a démarré ce métier, c’était très difficile de se former car il n’y a pas d’école de shapers, et il n’y avait pas YouTube non plus », raconte le plus jeune des deux frères, qui se souvient que « l’on achetait des cassettes vidéo qui venaient des Etats-Unis, mais on ne pouvait pas les lire à la bonne vitesse, si bien qu’on les regardait brouillées… »
Bref, « c’était une autre époque », c’est pourquoi « on a commencé à rencontrer, et faire venir des shapers étrangers. Ils se sont passé le mot en se disant entre eux que, lorsqu’ils venaient en France, ils pouvaient passer nous voir. »
Nous sommes alors au début des années 1990, les deux frères ont déjà quitté la bergerie de leurs débuts et monté leur entreprise, UWL. « Et en 2001, on crée notre premier bâtiment, à Angoulins, qui était déjà une référence en matière de modernité à cette époque », se souvient Thomas Cardinal. « Mais nous étions limités à une production de 1.000 planches par an, et surtout nous voulions créer un lieu de rencontres et d’échanges autour du surf. »
Baptisé Entreprise du Patrimoine Vivant
D’où le projet de Shapers Club qui naît en 2020. « A la sortie du Covid-19, le surf était un des rares sports autorisés, on s’est alors pris une vague de commandes incroyable, explique Thomas Cardinal. Avec l’évolution de notre chiffre d’affaires, nous nous sommes dit que c’était le moment d’investir dans un nouveau projet, que l’on a localisé à Marennes, sur la route du surf vers l’île d’Oléron. » Ici, l’équipe de 18 personnes sortira en moyenne 1.700 planches par an, et pourra même monter jusqu’à 3.000 si nécessaire.
Dans la foulée, l’entreprise décroche un gros contrat avec Dior, pour accompagner la présentation d’une collection dessinée par Shawn Stussy, considéré comme le fondateur du streetwear. Et dans le même temps, « nous sommes baptisés EPV, Entreprise du Patrimoine Vivant, parce qu’on remplit tous les critères d’un métier rare, au savoir-faire particulier, que l’on a acquis aux quatre coins du monde. » C’est ce qui vaut à l’entreprise d’être invitée à une présentation ce samedi à la préfecture de La Rochelle, pour les Journées du Patrimoine, et d’avoir été retenue pour La Grande exposition du fabriqué en France, qui se tiendra à l’Elysée les 26 et 27 octobre.
« Aucune limite dans la personnalisation »
Mais qu’est-ce qui explique un tel succès ? « Nous nous sommes spécialisés dans le sur-mesure, et nous n’avons aucune limite dans la personnalisation, avance Thomas Cardinal. Nous proposons ainsi 400 formats différents de planches, en fonction de votre taille, votre poids, votre niveau, de la vague que vous surfez… Ensuite, vous pouvez la personnaliser comme bon vous semble. »
Si le Shapers Club s’est équipé d’une machine à commande numérique de nouvelle génération qui vient découper le pain de mousse au plus proche de la forme finale, le « coup de main » final du shaper n’en reste pas moins essentiel pour réussir une planche. Formés par Renaud Cardinal - passé maître artisan - les shapers qui travaillent dans l’atelier de Marennes échangent par ailleurs régulièrement avec des professionnels du monde entier qui passent par ici. « Nous sommes devenus un lieu atypique, où se regroupe le savoir-faire des meilleurs Américains, Australiens, Sud-Africains », estime Thomas Cardinal.
Ces produits uniques, sont par ailleurs fabriqués avec de la matière première haut de gamme. « On va chercher le meilleur partout où il se trouve. Par exemple le pain de mousse qui va servir au gabarit de la planche, arrive des Etats-Unis ou d’Australie. »
Marqueterie et rails en or
Evidemment, tout cela a un coût. « Notre prix de départ est à 650 euros, mais on peut monter jusqu’à près de 3.000 euros selon la planche, notamment si vous voulez des éléments très spécifiques, je pense à de la marqueterie ou des rails en or, explique Thomas Cardinal. Tout est une question de temps : la planche la plus rapide que l’on peut fabriquer va nous prendre cinq à six heures hors temps de séchage, et cela peut aller jusqu’à quarante heures… Sur des projets très spécifiques, je pense à une planche transparente que l’on a faite, c’est même monté jusqu’à soixante heures de boulot. Mais ce sont des produits uniques. »
C’est ainsi qu’il se vend désormais des planches du Shapers Club partout dans le monde. « On vend au Canada, au Japon… La partie hors Europe représente 4 à 5 % de notre chiffre d’affaires, ensuite on a des revendeurs un peu partout en Europe (Espagne, Allemagne, Angleterre, Italie…) ainsi qu’en France. On fait aussi de la vente directe, réalisée sur notre site de Marennes. » Où le public peut aussi visiter l’usine de fabrication, avant de se poser pour boire un café, dans une ambiance décontractée.


















